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Eduardo Chillida, El Peine del viento, 1976
Sculpture d’acier accrochée à la falaise • © AdobeStock
L’ arrivée à San Sebastián impressionne quiconque découvre pour la première fois cette baie unique au monde, surnommée « la Concha » (« la Coquille »). Coincée entre deux montagnes, la grande plage circulaire a vu naître et grandir Eduardo Chillida (1924–2002), dont on fête le centenaire cette année.
Il aurait dû devenir gardien de but professionnel, mais une blessure au genou en a décidé autrement. Chillida a produit des œuvres en pierre, acier, terre cuite et papier, autant de matières brutes emplies de la force de cette région tellurique et industrieuse qu’il aura finalement peu quittée. Partir à la découverte des monuments qu’il a disséminés dans ces paysages, c’est aller à la rencontre d’un pays à la beauté sauvage.
Le baptistère et l’œuvre « Gurutz IV » (Croix IV) d’Eduardo Chillida (1975) à la Basilique Sainte Marie du Chœur à San Sebastian
© Monnuage
Le voyage initiatique peut commencer au cœur de la vieille ville. Artiste en quête de spiritualité, Eduardo Chillida a offert au diocèse de San Sebastián deux sculptures en pierre qui se répondent: la Croix de la paix, en albâtre installée sous le porche de la cathédrale du Buen Pastor, et une autre croix au fond de la nef de la basilique Sainte-Marie du Chœur. À côté de la basilique, le San Telmo Museoa occupe un ancien couvent dont les pierres tombales antiques du cloître côtoient aujourd’hui des sculptures de Chillida.
Le musée accueillera cet été une exposition consacrée à l’artiste mort en 2002 et à ses contemporains. La visite de l’institution est aussi l’occasion d’en savoir plus sur l’histoire du Pays basque et de découvrir un ensemble de toiles peintes par José María Sert qui en commémorent les temps forts. Celles-ci sont présentées dans l’église de San Telmo.
À gauche, la “Croix de Paix” d’Edouardo Chillida installée à la cathédrale du Buen Pastor (1997). À droite, le “Monument à Flemming” d’Eduardo Chillida situé sur la plage de la Concha
© Gipuzkoa Turismo / © Cavan Images / Alamy / Hemis
En sortant du musée, l’ascension du mont Urgull permet d’admirer la ville depuis les hauteurs, où trône l’une des premières œuvres de Chillida, Torso, homenaje a Pedro Arana (1948). À 20 minutes de San Sebastián, dans la campagne, Chillida avait acquis dans les années 1980 une ancienne ferme typique de la région afin d’y réunir ses œuvres. Situé sur la commune d’Hernani, Chillida-Leku (« le lieu Chillida ») est devenu musée et parc de sculptures en 2000. L’endroit permet d’appréhender à grande échelle les concepts du sculpteur, son rapport à l’espace, à la matière.
Eduardo Chillida, Torse, hommage à Pedro Arana, 1948
Bronze • 63,5 × 32 × 20 cm • © San Telmo Museoa
Les œuvres installées sur les grandes surfaces herbeuses du parc se laissent observer et surtout toucher, rendant le rapport à la matière aussi intime que celui éprouvé par le créateur avec sa réalisation. L’ensemble exhale une quiétude méditative qu’il est difficile de quitter. Il faut pourtant regagner la cité. En soirée, une tournée des bars à pintxos, ces petites portions à grignoter plus ou moins élaborées, s’impose pour embrasser l’humeur détendue et festive des Donostiarra.
« Ma sculpture el Peine del viento (le Peigne du vent) est la solution à une équation qui remplace les chiffres par des éléments : la mer, le vent, les falaises, l’horizon et la lumière. »
Le lendemain, en repartant plus avant dans les terres, dans la vallée du Fer, les anciennes aciéries et papeteries s’enchaînent le long de la rivière bordant la voie de chemin de fer qui relie San Sebastián au centre du Pays basque. C’est dans l’une d’elles que Chillida faisait fondre ses pièces monumentales, notamment celle qui deviendra l’un des symboles de San Sebastián.
« Ma sculpture el Peine del viento (le Peigne du vent), écrit Chillida, est la solution à une équation qui remplace les chiffres par des éléments : la mer, le vent, les falaises, l’horizon et la lumière. Les formes en acier se mêlent aux forces et aux aspects de la nature, dialoguent avec eux ; ce sont des questions et des affirmations. Elles sont peut-être là pour symboliser les Basques et leur pays, situés entre deux extrêmes, le point où s’achèvent les Pyrénées et où commence l’océan. »
L’ancien corps de ferme où l’artiste conservait ses œuvres, Chillida-Leku, a été transformé en musée
© Eneko Santiago Saracho
De retour à San Sebastián, direction la falaise pour voir cette pièce emblématique. En route, empruntant à pied la promenade qui longe les plages de la Concha puis d’Ondarreta jusqu’aux rochers, il est possible d’admirer deux autres œuvres de l’artiste, posées face à la mer. C’est ensuite devant el Peine del viento [ill. en Une] que se joue le mystère d’un travail unique dont les racines plongent au plus profond de cette région à la « lumière noire » sans égale vantée par Chillida.
Préparer son voyage
Comment s’y rendre ?
En train depuis Paris, comptez 6h de voyage avec changement à Hendaye
Où dormir ?
Hôtel de Londres y de Inglaterra
Zubieta, 2 • +34 943 44 07 70 • Pour réserver
L’un des palaces historiques, construit en 1876 lors de l’essor de la ville. Les chambres qui donnent sur la baie ont une vue à couper le souffle (à partir de 105 € la nuit).
Hôtel Niza
Zubieta, 56 • +34 943 42 66 63 • Pour réserver
Parfait pour vivre l’expérience Chillida jusqu’au bout : cet hôtel était tenu par la grand-mère d’Eduardo. Il appartient toujours à la famille et est géré par l’un de ses enfants (à partir de 77 €)
Où se restaurer ?
Tamboril
Calle Pescadería, 2 • +34 943 42 35 07
Casa Urola
Fermín Calbetón, 20 • +34 943 44 13 71
Il existe plus de 160 bars à pintxos dans la ville, chacun avec ses spécialités. Dans la vieille ville, essayez Tamboril, ou Casa Urola, à l’offre plus travaillée (à partir de 2,50 € la pièce). Pour les restaurants, sachez que San Sebastián compte le plus d’étoilés Michelin par habitant en Europe.
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