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Sur Prime Video, un sublime documentaire redonne voix et couleurs à Frida Kahlo

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Lucienne Bloch, Frida mordant son collier
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Lucienne Bloch, Frida mordant son collier, 1933

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Tirage argentique • Coll. particulière • © Courtesy Sundance Institute, Utah / Amazon MGM Studio / © Lucienne Bloch

Entendre les mots de Frida Kahlo (1907–1954) par la voix de la comédienne Fernanda Echevarría Del Rivero ; ceux de ses lettres, de ses confidences, de ses journaux. Entendre, aussi, ceux de ses proches, de son amie Lucienne Bloch (1909–1999), de son grand amour Diego Rivera (1886–1957), de son infirmière, qui parlent d’elle. Le pari de Carla Gutierrez, réalisatrice du documentaire Frida (2024), disponible sur Prime Vidéo, est simple et radical : bâtir un film sans invité contemporain, sans historien de l’art, sans analyse, en se concentrant sur les photographies et les films d’archive, les mots des principaux intéressés, et puis, bien sûr, les œuvres.

Celles-ci s’animent, voient leurs nuages bouger dans le ciel, leurs plantes pousser, la pluie tomber. Rien n’y demeure statique, comme pour témoigner de l’actualité de ces peintures, du mouvement qui leur est inhérent et qui continue de palpiter. Les photographies d’archives, elles aussi, vivent et respirent : noir et blanc, elles se colorisent petit à petit, faisant vibrer le regard perçant de Frida Kahlo.

Les dessous d’un style

Ces images permettent de comprendre, en partie, pourquoi et comment Frida est devenue une telle icône : avec ses robes traditionnelles Tehuana, ses lourds bijoux, ses ongles peints et ses cheveux soigneusement coiffés, l’artiste a toujours su que son style était l’une de ses forces – quitte à, sans paradoxe, se moquer de ces Américains qui accumulent les vêtements et « restent bouche bée » devant son allure lorsqu’elle les rencontre au bras de Diego Rivera en 1931 : « Ce sont des idiots qui s’enflamment pour n’importe quoi. » On s’enflamme un peu, nous aussi : voir défiler ces photographies est un réel plaisir, qu’augmente la réalisatrice en leur accordant du temps, en les faisant vivre et danser.

Face-à-face avec une icône

Frida Kahlo, Autoportrait aux cheveux coupés (Self-Portrait with Cropped Hair) (détail)
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Frida Kahlo, Autoportrait aux cheveux coupés (Self-Portrait with Cropped Hair) (détail), 1940

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Huile sur toile • 40 × 27.9 cm • Coll. MoMA, New York • © Courtesy Sundance Institute, Utah / Amazon MGM Studio / © Lucienne Bloch

Alors, disons-le, le documentaire n’apportera aucune information inédite à qui connaît bien cette icône de l’art du XXe siècle : l’accident de bus qui blesse à jamais son corps, l’installation bricolée par sa mère pour que Frida puisse peindre depuis son lit, sa liberté sexuelle, ses aventures avec des hommes (le dessinateur Josep Bartolí, le photographe Nickolas Muray) et des femmes (les peintres Georgia O’Keeffe et Jacqueline Lamba), les infidélités de Diego, ses fausses couches, sa haine des riches, son rejet des surréalistes lors de son séjour à Paris, son exposition, enfin, sur le sol mexicain qu’elle visite radieuse, mais très diminuée, quasi silencieuse et allongée.

L’évocation est toutefois brillante, particulièrement émouvante. L’esprit de l’artiste habite tout entier ce documentaire, qui opère un zoom en avant jusqu’à donner l’impression d’un face-à-face – d’où son titre, un prénom, Frida, comme un tutoiement. Sa vie explique son œuvre, sous-entend Carla Gutierrez, qui, finalement, ne montre d’ailleurs qu’une poignée de peintures, choisies car réalisées à des moments clés de sa vie, et tâche de les faire comprendre intimement. D’autres films seraient à faire (sur son art à proprement parler, sur le pourquoi de sa renommée mondiale et aujourd’hui très marketée…), plus critiques, plus sérieux peut-être. Mais celui-ci est tendre, habité, amoureux. Il nous laisse en larmes. Une beauté.

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Frida

Un documentaire réalisé par Carla Gutierrez

Retrouvez dans l’Encyclo : Frida Kahlo

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