Extrait du documentaire “Tim Burton, un monstre de cinéma” réalisé par Sophie Peyrard
© Geffen / Warner Bros / Kobal / Shutterstock
« Je déteste montrer mes films. J’ai l’impression d’être mis à nu. » Dès les premières minutes du documentaire « Tim Burton, un monstre de cinéma », le ton est donné. Pour la réalisatrice Sophie Peyrard [collaboratrice occasionnelle de Beaux Arts], le cinéma de Burton est d’abord une galerie de miroirs : chaque œuvre, de Vincent (1982) à Beetlejuice Beetlejuice (2024), porte la marque d’un homme solitaire, habité par sa différence, qui a trouvé dans l’imaginaire gothique une façon de se dire au monde.
Pendant 52 minutes, extraits de films, interviews rares et dessins de jeunesse composent le puzzle d’un créateur aussi excentrique que poétique.
« Le dessin, chez lui, c’est une manière de communiquer avec les autres et de gérer ses angoisses. C’est quelque chose d’incontournable. »
Sophie Peyrard
« C’est en regardant Mercredi, la série qu’il a réalisée pour Netflix, que j’ai eu le déclic, nous confie Sophie Peyrard au téléphone. J’ai eu le sentiment qu’il renouait avec ses premiers amours : l’univers de la Famille Addams, les freaks. » Pour la réalisatrice, qui a fait ses armes chez « Tracks » – l’émission mythique d’Arte qui documentait les marges de la culture –, Tim Burton s’imposait comme une évidence : « C’est un personnage que je trouve très touchant. Il a gardé une sorte de maladresse enfantine, même au sommet de sa carrière. »
Jenna Ortega et Tim Burton sur le tournage de la série Netflix « Mercredi »
© Parisa Taghizadeh / Warner Bros. / Collection ChristopheL
De son enfance à Burbank, banlieue sans éclat de Los Angeles, à sa reconnaissance mondiale, le documentaire suit une ligne claire : celle d’un cinéaste qui, depuis toujours, dessine pour s’exprimer, se protéger, comprendre. « Le dessin, chez lui, c’est une manière de communiquer avec les autres et de gérer ses angoisses. C’est quelque chose d’incontournable », observe Sophie Peyrard. Tim Burton ne s’est jamais vraiment senti à sa place ; ni chez Disney, où il débute en animant des renardeaux trop sages avec Rox et Rouky (1981), ni à Hollywood, qu’il secoue avec Beetlejuice (1988) ou Batman (1989).
C’est dans Edward aux mains d’argent (1990) que l’autoportrait se fait le plus évident. Le héros aux ciseaux à la place des doigts, maladroit et inadapté, que Burton dessine depuis l’enfance, devient l’emblème d’un cinéma de la marge. « J’ai compris très tôt que les gens aiment catégoriser les autres », confie le réalisateur dans une archive. À contre-courant du conformisme social, ses personnages – qu’il s’agisse du roi d’Halloween Jack, de l’ado gothique Lydia ou du cinéaste maudit Ed Wood – révèlent la beauté du bizarre et l’humanité des monstres.
Michael Keaton, Jack Nicholson et Tim Burton sur le tournage de « Batman » (1989)
Ce documentaire brosse ainsi un portrait sensible d’un artiste resté fidèle à son monde intérieur. « Il est resté simple, un peu maladroit. Ça le rend attachant », conclut Sophie Peyrard qui nous rappelle combien Tim Burton parle à tous ceux qui ne rentrent dans aucune case. C’est peut-être ça, le plus beau : faire du monstre, un miroir.
Soirée spéciale Tim Burton sur Arte
Dimanche 17 août 2025
Arte consacre sa soirée à Tim Burton : à 21h, place à Dark Shadows (2012), suivi à 22h50 du documentaire “Tim Burton, un monstre de cinéma”.
Tim Burton, un monstre de cinéma
Réalisé par Sophie Peyrard
2025 • 52 min
Diffusé le 17 août à 22h50 sur Arte et disponible sur arte.tv du 10 août au 20 novembre 2025
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