Vue de Tolède, en Espagne
© VWpics / Hemis
Perchée sur une colline verdoyante, dans une boucle du Tage, l’impérieuse Tolède étend ses remparts et lance dans un ciel ténébreux ses hautes tours. Cette vision sensationnelle n’a que très peu changé depuis que le peintre Greco l’a fixée sur sa toile entre 1596 et 1600. Cette Vue de Tolède est un paysage iconique de l’Espagne, qui témoigne du riche passé de la cité alors considérée comme le cœur battant de la vie culturelle du pays et peuplée de nombreux artistes, d’intellectuels et de personnalités de haut rang.
Installé à Tolède de 1577 jusqu’à sa mort en 1614, le peintre crétois Greco – de son vrai nom Domínikos Theotokópoulos –, devenu maître de l’école espagnole, y fera une prestigieuse carrière, recevant d’importantes commandes, telles que L’Enterrement du comte d’Orgaz (1586–188), chef-d’œuvre aujourd’hui encore accroché dans l’église Santo Tomé. Si sa ville adoptive apparaît souvent en toile de fond de scènes religieuses ou même, de manière plus précise, dans une vue quasi aérienne accompagnée d’un plan, elle est dans Vue de Tolède magnifiée comme un sujet à part entière.
Greco, Vue de Tolède, 1596–1600
Huile sur toile • 121.2 × 108.5 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York, USA • © Bridgeman Images
Fidèle à son style maniériste, Greco s’attache moins à représenter la réalité topographique du lieu qu’à en saisir toute l’essence mystique et spirituelle avec ses formes étirées vers un ciel tempétueux déchiré de lueurs surnaturelles. Un paysage d’une intensité rare pour l’époque que le peintre conservera toute sa vie.
Joaquin Sorolla, Vue de Tolède, 1912
Huile sur toile • 31.4 cm × 24.0 cm • © Akg-images / Album / sfgp
Il sera plus tard acquis par le grand marchand des impressionnistes Paul Durand-Ruel à Paris avant d’intégrer les collections du Metropolitan Museum of Art à New York. « La meilleure toile de tout le musée et Dieu sait s’il y en a des bonnes ! », dira Ernest Hemingway. Dans les pas de Greco, nombreux seront par la suite les peintres à représenter la ville et ses remparts, du Valencien Joaquín Sorolla au Mexicain Diego Rivera en passant par le Viennois Oskar Kokoschka.
Cité romaine, capitale de l’Espagne wisigothique puis musulmane, siège temporaire du pouvoir suprême sous Charles Quint… Tolède était l’une des villes les plus importantes d’Espagne avant d’être quelque peu abandonnée au XVIe siècle au profit de Madrid. Reste de ces deux millénaires d’histoire un surnom – la « ville des trois cultures » (juifs, chrétiens et musulmans y cohabitaient) – et un patrimoine exceptionnel d’églises, palais, synagogues, mosquées, hammams… Qui lui a valu son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1986.
Située à 70 kilomètres seulement au sud-ouest de Madrid, il est très aisé de visiter la cité castillane le temps d’une journée, d’autant plus qu’un train vous amène directement depuis la gare d’Atocha jusqu’à la splendide gare de style néo-mudéjar de Tolède en une trentaine de minutes. Y rester la nuit permet toutefois de découvrir la ville sans touristes.
Impossible d’ignorer, en arrivant, que Greco est une véritable star locale : ses œuvres sont partout, dans les couvents, les églises, les chapelles, les musées, et sur les souvenirs. Ne manquez pas la majestueuse cathédrale de style gothique édifiées entre les XIIIe et XVe siècles, et qui conserve de nombreux chefs-d’œuvre du maître mais aussi de Gérard David, Titien, Caravage, Goya… Magnifiquement préservée, Tolède reste donc l’une des plus belles villes médiévales d’Espagne où l’on se perd avec bonheur dans un lacis de ruelles pavées à la découverte de ses mille et un trésors.
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