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Il incarne le génie absolu, la liberté de créer sans limites et la connaissance universelle. Il est mort il y a un demi-millénaire, mais sa Mona Lisa, icône absolue, peinture la plus célèbre et célébrée qui ait jamais existé, continue de poser son regard énigmatique et son sourire légèrement narquois sur le monde. Peintre, sculpteur, ingénieur, inventeur, théoricien, anatomiste, architecte, Léonard de Vinci (1452–1519) a placé la peinture au dessus de toutes ses activités. C’est ce qu’entend démontrer la magistrale rétrospective que le Louvre lui consacre. Si la Joconde ne bougera pas des salles où elle vient d’être installée, les quatre autres chefs-d’œuvre que possède le musée – la Sainte Anne, la Belle Ferronnière, la Vierge au rocher et Saint Jean-Baptiste (ce qui en fait la plus importante collection au monde tant l’artiste a peu produit) – se retrouvent au cœur d’un parcours réunissant des prêts exceptionnels. Objectif : décrypter les procédés de l’artiste et sa fameuse technique du sfumato (qui donne aux contours du sujet un aspect évanescent), et préciser sa biographie en faisant la synthèse des diverses études menées.
Par Daphné Bétard
Léonard de Vinci, Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau, 1503–1519
Huile sur bois • 168 × 130 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda
« Dans cette peinture malade règne une énergie dépravée, une surexcitation fiévreuse qui surprend et fait pitié. C’est le délire, mais c’est le délire du génie », disait de lui Théophile Gautier en 1850, à l’époque où l’on redécouvrait l’étendue de son talent. Greco (1541–1614) l’atypique, le flamboyant, reconnaissable entre mille, avec ses figures extatiques aux formes allongées et ses couleurs vives presque fluos, bénéficie d’une première rétrospective française. Le Grand Palais retrace l’itinéraire du plus européen des artistes de la Renaissance. D’origine crétoise, formé en Italie, il choisit l’Espagne pour s’épanouir. Dès son arrivée à Tolède, il fait sensation avec sa composition l’Enterrement du comte d’Orgaz (1586–1588), où il semble avoir réussi à capter la lumière divine. La renommée de l’œuvre est telle qu’on parle à l’époque d’un « miracle ». Même s’il doit renoncer à son rêve de devenir peintre à la cour de Philippe II, il connaît la gloire en réalisant des commandes privées, portraits et tableaux dévotionnels, avec cette façon unique de transcender la peinture pour révéler la réalité de l’être. Une œuvre d’une étrange modernité, toujours aussi fascinante quatre siècles après sa mort.
Par Daphné Bétard
Domínikos Theotokópoulosa, dit El Greco, L’Ouverture du cinquième sceau, ou la Vision de saint Jean, vers 1609–1614
Coll. et © The Metropolitan Museum of Art, New York, Dist. RMNGrand Palais / image of the MMA.
Greco
Du 16 octobre 2019 au 10 février 2020
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
Mais pourquoi donc accrocher Mondrian dans l’antre de Monet ? « Le Kunstmuseum [ex-Gemeentemuseum] de La Haye voulait monter une exposition autour d’une Glycine de Monet qu’il conserve et nous a demandé les nôtres. C’était là une belle occasion d’obtenir en échange une partie de leurs Mondrian, dont ils possèdent le plus grand ensemble, issu de la collection Slijper léguée dans les années 1970… explique Marianne Mathieu, directrice scientifique du musée Marmottan Monet et commissaire de l’exposition. Nous avons obtenu ainsi des chefs-d’œuvre qui ne voyageront plus… » Plus de quinze ans après « Les chemins de l’abstraction » au musée d’Orsay, qui retraçait la période de jeunesse de Mondrian, voilà donc un accrochage inédit de près de 70 œuvres, multipliant les confrontations détonantes, tel le Lièvre mort, peint à 19 ans dans le plus pur style flamand, associé à Composition n°IV, premier tableau acquis par Salomon B. Slijper. Un événement tant Mondrian est rare à Paris ! L’occasion de découvrir une autre facette de l’intellectuel-philosophe, et un point commun avec Monet : un goût obsessionnel pour l’épure.
Par Sophie Flouquet
Piet Mondrian, Portrait d’une jeune fille, 1908
Naturalisme, impressionnisme, néopointillisme, fauvisme… et, cette fois-ci, symbolisme : l’œuvre figuratif de Mondrian a suivi tous les courants artistiques de son temps, en leur apportant sa touche luministe. Avant de trouver sa propre voie, à 40 ans.
Huile sur toile sur panneau • 49 × 41,5 cm • Coll. et © Kunstmuseum Den Haag.
Retrouvez le dossier complet consacré à l’exposition dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine.
Mondrian figuratif. Une histoire inconnue
Du 12 septembre 2019 au 26 janvier 2020
Musée Marmottan-Monet • 2 Rue Louis Boilly • 75016 Paris
www.marmottan.fr
Aussi confidentielle que précieuse, la collection Alana s’expose pour la première fois en tant que telle. L’événement a lieu au musée Jacquemart-André, où 75 pièces ont été sélectionnées avec soin. Y figurent des peintures de Lorenzo Monaco, Fra Angelico, Uccello, Tintoret, Véronèse et Bronzino, ainsi que des sculptures et objets d’art inédits de la Renaissance italienne. Les goûts du collectionneur, la présentation des œuvres dans cet hôtel particulier du XIXe siècle, en plein cœur de Paris, offrent les conditions idéales pour apprécier en toute intimité cette période immense de l’histoire de l’art.
Par Daphné Bétard
Lorenzo Monaco, L’Annonciation, vers 1420–1424
Chef-d’œuvre de la collection Alana, cet archange à l’air suave et aux ailes multicolores s’inscrit dans la plus pure tradition des retables florentins du Quattrocento.
Tempera et or sur panneau de bois • 136 × 98 cm • Coll. Alana, Newark / Photo Allison Chipak.
Retrouvez le dossier complet consacré à l’exposition dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine.
La collection Alana. Chefs-d'œuvre de la peinture italienne
Du 13 septembre 2019 au 20 janvier 2020
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
Ils étaient mineur de fond, plombier, cafetier. Et soudain, une porte s’est ouverte, et ils sont devenus peintres. Tous trois enfants des Hauts-de-France, Augustin Lesage (1876–1954), Victor Simon (1903–1976) et Fleury-Joseph Crépin (1875–1948) ont répondu à l’appel de forces surnaturelles. « Je sais bien que je ne puis rien peindre si je ne me mets pas sous l’influence des esprits, reconnaissait Lesage. Si je suis dans la solitude, j’entre dans une sorte d’extase. On dirait que tout vibre autour de moi. J’entends des cloches, un carillon harmonieux, tout le temps que je peins. » Ses images foisonnantes fourmillent d’ornementations, mêlant symboles ésotériques et iconographie égyptienne, de scarabées en dieu Horus. Même « vocation » pour Crépin, qui entend un jour une promesse : « Quand tu auras peint 300 tableaux, ce jour-là, la guerre finira. Après la guerre, tu feras 45 tableaux merveilleux et le monde sera pacifié. » Le plombier-zingueur perle ses toiles de centaines de gouttelettes, et vire guérisseur, tout comme Simon, le troisième de ces peintres-médiums. Le LaM ne se contente pas de les réunir autour d’une table (tournante ?). Il en profite pour écrire une histoire méconnue, où dialoguent sociétés spirites, socialisme et bassin minier, sur fond de guerre mondiale et d’exposition universelle.
Par Emmanuelle Lequeux
Victor Simon, Prophète, septembre 1975
Dépôt de l’Union spiritualiste phocéenne, Marseille / © DR / Photo N. Dewitte / LaM.
Lesage, Simon, Crépin. Peintres, spirites et guérisseurs
Du 4 octobre 2019 au 5 janvier 2020
LaM • 1, allée du Musée • 59650 Villeneuve-d'Ascq
www.musee-lam.fr
Encore un panorama de la scène artistique française ? Oui, mais pas comme les autres. Après « Notre histoire… » en 2006 et « Dynasty » en 2010, le Palais de Tokyo tire à nouveau le portrait à la création hexagonale, mais loin de la bête célébration du génie national. Pas question, cette fois-ci, d’aligner les artistes émergents : de Marc-Camille Chaimowicz à Julien Carreyn, de Laura Lamiel à Anne Le Troter, les généalogies ici se recomposent. Pas question non plus de suivre les sentiers battus : l’équipe du Palais a privilégié les affinités électives, retenant des artistes qui échappent aux modes, comme Carlotta Bailly-Borg, Maurice Blaussyld ou Corentin Grossmann. Avec son titre inspiré d’un roman d’Olivier Cadiot, « Futur, ancien, fugitif » revendique la subjectivité de ses choix, et, pour reprendre les mots des commissaires, « se présente comme l’énoncé de ce qui, dans la fragilité même de l’instant, doit autant aux aspirations sans cesse renouvelées d’un monde à venir qu’aux agitations encore vives du passé ». Bref, un panorama aussi pionnier que punk, truffé d’amours souterraines et de réalités alternatives.
Par Emmanuelle Lequeux
Anna Solal, Infusion camomille, 2017–2018
Courtesy Anna Solal et New Galerie, Paris / Photo Aurélien Mole.
Futur, ancien, fugitif
Du 16 octobre 2019 au 5 janvier 2020
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
Tout un pays, un continent même, sur le point de vaciller… Alors que les troupes de Mao approchent, Henri Cartier-Bresson est envoyé par le magazine Life pour saisir l’atmosphère des « derniers jours de Pékin ». Il devait rester deux semaines, il rentrera dix mois après. Fasciné par les ruelles de Shanghai, témoin de la chute de Nankin, il capture le quotidien d’un peuple à l’orée d’une nouvelle ère, au sein des tavernes ou au cœur de la Cité interdite. Plus qu’un simple reportage, c’est un monument de la photo que réalise le tout nouveau cofondateur de l’agence Magnum. Bousculade devant les banques, marché noir de pièces d’argent, célébrations militaires : ses images deviennent très vite des icônes, et font le tour du monde des magazines. Le photographe retourne dix ans après dans une contrée métamorphosée par la dictature. Cette fois, il est complètement « encadré ». Incité par le Parti à célébrer le « Grand Bond en avant », il parvient cependant à évoquer dans ses images le revers de la médaille. « L’instinct et la maîtrise des « images isolées » d’Henri Cartier-Bresson résument dans un déclic l’état d’une société, intuition poétique dans laquelle il a toujours excellé », écrivent les commissaires de l’exposition, Michel Frizot & Ying Lung Su.
Par Emmanuelle Lequeux
Henri Cartier-Bresson, Près de la Cité interdite, un simple d’esprit dont la fonction est d’accompagner les mariées en palanquin, Pékin, décembre 1948
Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos.
Henri Cartier-Bresson. Chine 1948-1949 / 1958
Du 15 octobre 2019 au 2 janvier 2020
Fondation Henri Cartier-Bresson • 79 Rue des Archives • 75003 Paris
www.henricartierbresson.org
Il était vénéré par Fernand Léger, Man Ray, André Breton. Première star du cinéma mondial, Charlot a inspiré Dada autant que Marcel Duchamp, les constructivistes russes aussi bien que la révolution situationniste autour de Guy Debord. Un clown impérial au royaume des avant-gardes. Des Temps modernes au Cirque, l’exposition retrace ce dialogue fécond. Le musée d’Arts de Nantes présente plus de 200 dessins, photographies, sculptures, documents et extraits de films évoquant la façon dont le clochard céleste du muet inspira František Kupka, Marc Chagall, Meret Oppenheim, John Heartfield ou Claude Cahun, sur fond d’avènement angoissant de la machine. À l’occasion de la célébration de son 130e anniversaire, Charlie Chaplin est également à l’honneur à la Philharmonie de Paris, qui rend hommage à l’homme-orchestre qui a fait de la musique l’âme de son cinéma.
Par Emmanuelle Lequeux
À gauche “Machine Comique” de František Kupka (1927-1928) et à droite “Les Temps modernes” de Charlie Chaplin (1936)
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat © ADAGP, Paris 2019 / © Roy Export S.A.S
Charlie Chaplin – Dans l'œil des avant-gardes
Du 18 octobre 2019 au 3 février 2020
Musée d'Arts de Nantes • 10 Rue Georges Clemenceau • 44000 Nantes
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr
Charlie Chaplin – L'homme-orchestre
Du 11 octobre 2019 au 26 janvier 2020
Cité de la musique - Philharmonie de Paris • 221, avenue Jean Jaurès • 75019 Paris
philharmoniedeparis.fr
Sa bibliothèque était riche de plus de 1 000 ouvrages : une source perpétuelle d’inspiration pour le peintre britannique, que le Centre Pompidou dissèque en six univers. Sa passion pour Eschyle, Nietzsche, Bataille, Leiris, Conrad et T.S. Eliot se reflète à travers une soixantaine de toiles, dont douze remarquables triptyques, et une série de textes lus à voix haute par des comédiens. À noter, le musée met en place pour la première fois une préréservation sur créneau horaire pour cette exposition qui promet d’être un blockbuster. Du 11 au 15 septembre, le festival Extra !, dévolu à la littérature vivante, se penche sur les textes que Bacon a inspirés aux écrivains français, pendant que le Bacon Book Club organise des lectures au sein même de l’exposition.
Par Emmanuelle Lequeux
Francis Bacon, Study for Bullfight No. 2, 1969
La toile comme une arène, lieu du combat entre le peintre et le réel… Ce motif récurrent chez Bacon lui a été soufflé par ses conversations avec son grand ami et fin exégète, Michel Leiris.
Huile sur toile • 198,3 × 147,5 cm • © The Estate of Francis Bacon / © The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, Londres /Artimage 2019 / Photo Olivier Guyaux, Atelier de l’Imagier.
Retrouvez le dossier complet consacré à l’exposition dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine.
Bacon en toutes lettres
Du 11 septembre 2019 au 20 janvier 2020
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Voilà le portrait d’une cheffe de bande visionnaire. Bande à part, bien sûr : Charlotte Perriand se dévoile dans cette exposition entourée des artistes qu’elle a aimés et défendus. Le Corbusier, Fernand Léger, Pablo Picasso apparaissent pour mettre en scène l’obsession de sa vie : la synthèse de tous les arts. Ne se contentant pas de rassembler les fauteuils, tables, bancs et autres dessertes dessinés par cette héroïne du modernisme, la fondation Louis Vuitton reconstitue cinq environnements clés de son parcours, de la « Maison du jeune homme » conçue avec Le Corbusier & consorts pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1935 à la « Maison au bord de l’eau » (1934) qu’elle n’a jamais pu réaliser, et qui se pose aujourd’hui sur le bassin de la fondation. Des period rooms que le visiteur pourra arpenter en liberté : le XXe siècle comme si on y était !
Par Emmanuelle Lequeux
Charlotte Perriand, Des façades en pente pour capter un maximum de soleil, tout en se camouflant dans la montagne pour ne pas perturber le paysage… Conçue à partir de 1960, la station des Arcs est un modèle d’architecture touristique.
© Photo Pernette Perriand / AChP.
Retrouvez le dossier complet consacré à l’exposition dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine.
Le monde nouveau de Charlotte Perriand
Du 2 octobre 2019 au 24 février 2020
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
Découvrez les 50 plus belles expositions de la rentrée dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine :
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