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Métiers des coulisses

Artiste pour des films de science-fiction et des jeux vidéo : rencontre avec Gaëlle Seguillon

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Publié le , mis à jour le
Son métier a de quoi faire briller les yeux des ados comme des geeks : Gaëlle Seguillon a travaillé sur les univers visuels des Gardiens de la galaxie, de Ready Player One, de Jurassic World: Fallen Kingdom ou encore du jeu vidéo Star Wars Eclipse. La Française est passée du matte painting au concept art, et connaît tous les secrets des décors les plus fous des films de science-fiction comme des jeux vidéo. Rencontre.
Gaëlle Seguillon dans son atelier près de Rouen
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Gaëlle Seguillon dans son atelier près de Rouen, 2024

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Photo Arthur Monfrais pour BeauxArts.com

C’est bien simple : elle dessine depuis qu’elle a « l’âge de tenir un crayon ». Gaëlle Seguillon (née en 1989) n’est pourtant pas née dans le sérail. D’ailleurs, elle a mis un certain temps à accepter l’idée de poursuivre une carrière dans la création. « Je ne connaissais que le métier d’artiste avec un grand A, qui fait des toiles, les expose… » Son petit truc à elle, c’était plutôt de personnaliser au maximum les interfaces des jeux vidéo auxquels elle jouait sur l’ordinateur familial, partagé avec ses frères. Pas exactement le profil beaux-arts, donc… Mais c’est en regardant des making of de longs-métrages durant ses années lycée que Gaëlle Seguillon découvre qu’il existe une kyrielle de métiers dans et autour du cinéma. « Ça m’a permis de comprendre qu’il pouvait y avoir des métiers créatifs sans être artiste peintre. » Banco !

Au lycée, toujours, un forum des métiers l’oriente vers différentes écoles ; elle postule et obtient Supinfocom, à Arles, où elle apprend durant trois ans à utiliser différents logiciels, comme Photoshop, en même temps qu’elle révise le b.a.-ba du dessin, de la peinture ou de l’anatomie. « J’ai assez vite pris conscience que ce n’était pas tout à fait le type de cursus qui me correspondait, se souvient-elle. Mon rêve, c’était de travailler sur des films en prise de vue réelle [pas des films d’animation, donc, ndlr]. Je voulais créer des environnements pour ces films. » Elle déménage alors et intègre ARTFX à Montpellier, où elle approfondit ses connaissances en effets spéciaux, via les logiciels Maya ou Nuke. « Au fur et à mesure de cet apprentissage, j’ai choisi de me spécialiser en matte painting, qui consiste à créer des environnements. »

Le matte painting, une discipline aussi ancienne que le cinéma

Gaëlle travaille entourée de ses livres de science-fiction et de quelques accessoires fétiches
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Gaëlle travaille entourée de ses livres de science-fiction et de quelques accessoires fétiches

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Photo Arthur Monfrais pour BeauxArts.com

Amis déconnectés, ne zappez pas : malgré son nom anglais aux inquiétantes consonances high-tech, le matte painting (ou peinture de cache) est un effet extrêmement ancien du cinéma. Il consiste tout simplement à créer des paysages extraordinaires (ou difficiles à filmer) en les peignant, ou en les créant à l’ordinateur. Georges Méliès (1861–1938), qui fabriquait lui-même les décors de ses films, en est l’un des plus illustres représentants. Alfred Hitchcock (1899–1980) aussi, d’ailleurs ; selon le dessinateur et spécialiste du sujet Jonathan Case, « il excellait dans ce domaine. À moins d’étudier très attentivement ses films, il est impossible d’y déceler des peintures. Il faisait appel à des spécialistes de la peinture à l’huile pour réaliser des toiles gigantesques qu’il plaçait à l’arrière-plan. »

Grande lectrice de J. R. R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux), de J.K. Rowling (Harry Potter) ou de Philip Pullman (À la croisée des mondes), Gaëlle visionne aussi en boucle des films de science-fiction comme Alien, Star Wars, Retour vers le futur, Blade Runner… Dont les décors ont pour point commun d’être absolument ahurissants de technicité. Observe-t-elle alors les mécanismes des effets spéciaux ? « Pas du tout ! Je me laissais prendre par l’histoire, sans être dans l’analyse. »

Gaëlle Seguillon crée de stupéfiants matte paintings
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Gaëlle Seguillon crée de stupéfiants matte paintings

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Photo Arthur Monfrais pour BeauxArts.com

Après ses six années d’études, la voici en tout cas prête à créer à son tour de stupéfiants matte paintings. Sa première expérience significative a lieu à Londres, chez MPC, où elle travaille sur le film de super-héros des studios Marvel Les Gardiens de la galaxie (2014), un film de super-héros emblématique des studios Marvel.

Un ensemble de métiers au service de l’extraordinaire

Gaëlle Seguillon, Une tour de Xandar City dans les « Gardiens de la galaxie »
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Gaëlle Seguillon, Une tour de Xandar City dans les « Gardiens de la galaxie »

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© MPC

Là, elle explique : son travail intervient après le tournage avec les acteurs, dont les images sont appelées « plates » et lui permettent de connaître le point de vue et la perspective à adopter. « Parfois, on travaille sur un plan complètement virtuel, pour lequel on nous donne des informations de lumière et de focale. » De manière générale, les matte painters sont des exécutants : pour donner vie aux environnements du film, ils suivent des instructions strictes, émanant de la réalisation comme des concept artists (qui eux conçoivent « l’identité visuelle » du film). Mais MPC, la société pour laquelle elle travaille, est organisée de façon à ce que chacun puisse déborder un peu de son cadre pour toucher à d’autres disciplines. Et les départements sont nombreux ! Gaëlle Seguillon énumère : la prévisualisation, l’animation, la modélisation, le texturing, le lay out (« qui permet de créer la scène en assemblant tous les éléments »), le lighting (« qui donne l’ambiance »), le FX (« pour créer les effets d’eau, de feu, d’explosion… »), le compositing (« qui prend tout ça et qui compose l’image finale »), et après, l’étalonnage, le montage…

C’est donc chez MPC qu’elle goûte au concept art… Et adore ça. « Sur Les Gardiens de la galaxie, j’ai eu l’opportunité de faire des concepts de buildings pour la ville de Xandar. L’exercice est beaucoup plus du côté de la création. C’est à partir de ce moment-là que je me suis dit que je pourrais me tourner vers le concept, et que j’ai commencé à élaborer, de mon côté, un portfolio d’idées. »

Concept et matte painting pour Xandar City dans les « Gardiens de la galaxie »
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Concept et matte painting pour Xandar City dans les « Gardiens de la galaxie »

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© MPC

Dès lors, elle signale à chaque entreprise pour laquelle elle travaille (car ses contrats sont courts, dédiés chacun à un film) qu’elle souhaite se rediriger vers le concept, et s’y exerce de plus en plus… Jusqu’à en faire officiellement son métier – après une courte expérience à Sydney en Australie –, chez Industrial Light & Magic à Londres, à nouveau, où elle travaille sur Ready Player One (2018). « Ils étaient intéressés par mon expérience dans le matte painting car ils avaient besoin d’un environnement réaliste », dont il est difficile de voir qu’il est fait sur ordinateur.

Un environnement virtuel qui ne prend pas une ride

La photographie nourrit constamment le travail de Gaëlle Seguillon
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La photographie nourrit constamment le travail de Gaëlle Seguillon

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Photo Arthur Monfrais pour BeauxArts.com

Mais, question : les univers virtuels ne vieillissent-ils pas très vite ? Les effets des matte paintings d’aujourd’hui ne jureront-ils pas dès demain ? « Non, au contraire ! Il y a dans les anciens Star Wars des matte paintings à l’acrylique dont on ne se rend même pas compte… Si c’est bien fait, ce n’est pas forcément soumis au vieillissement. Alors, oui, l’œil des spectateurs est de plus en plus entraîné, mais c’est plutôt la 3D qui vieillit plus vite que le matte painting. » Aussi, la photographie nourrit beaucoup son travail. Sportive, voyageuse, Gaëlle Seguillon grimpe avec son appareil tout en haut des plus belles montagnes du monde, observe des volcans en activités, s’émerveille pour les nuances de bleu de plages paradisiaques comme pour les paysages rocailleux de l’Oregon et les plaines désertiques d’Islande. Cette nature spectaculaire, que l’on pourrait croire fabriquée de toutes pièces sur un ordinateur, est sa première source d’inspiration, son répertoire de formes. « Je ne prends jamais de photos dans un but professionnel mais il y a toujours une part de moi qui, quand je vois un paysage, pense ‘ce genre de lumière serait super dans un concept’ ou ‘ce rocher est intéressant’… Tout ce que je vois, je peux le retranscrire dans mes images. »

Gaëlle Seguillon, Un mosasaurus attaque un elsamosaurus pour la saison 2 de « Prehistoric Planet »
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Gaëlle Seguillon, Un mosasaurus attaque un elsamosaurus pour la saison 2 de « Prehistoric Planet »

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© BBC/Apple TV+

Parmi ses différentes expériences, citons encore celle chez Jellyfish Pictures, où Gaëlle travaille en 2019 sur le documentaire Prehistoric Planet, et concrétise un rêve d’enfant : s’approcher au plus près de dinosaures. « Il fallait qu’on se mette dans la situation d’un réalisateur qui tourne un documentaire animalier… Comme si les dinosaures étaient de véritables animaux. On s’interrogeait : comment on les filmerait ? Avec quelle focale ? J’aimais cette dimension photographique de l’image. » Indépendante depuis 2020, la jeune femme en profite pour explorer de nouveaux champs de création, tel que le jeu vidéo : « Si ça reste du concept art, l’approche est tout de même un peu différente car il faut penser à l’expérience du joueur. Dans un film, l’image ne va être regardée que quelques secondes, alors que dans un jeu, on conçoit un environnement dans lesquels les joueurs vont rester. » Gaëlle continue ainsi de « cocher les cases », nous dit-elle, de tout ce dont elle rêvait ado : « travailler sur un blockbuster, faire du concept art, aller vers le jeu vidéo… » Au point de se demander aujourd’hui : quelle sera sa prochaine aventure ? À suivre.

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