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Métier des coulisses

Illustratrice botanique au jardin des Plantes : à la découverte du métier d’Agathe Haevermans

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Publié le , mis à jour le
Son métier a de quoi en faire rêver plus d’un. Au Muséum national d’Histoire naturelle ou en voyages, Agathe Haevermans passe ses journées à dessiner des plantes, parfois des insectes et des fossiles. Ses dessins, précis et gracieux à la fois, sont actuellement exposés dans les Grandes Serres du jardin des Plantes. Rencontre.
Agathe Haevermans dessinant dans les Grandes Serres du jardin des Plantes
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Agathe Haevermans dessinant dans les Grandes Serres du jardin des Plantes, Octobre 2024

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Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com

Parcourir le jardin des Plantes un lundi d’automne, et sonner à l’interphone de la galerie de Botanique. En attendant la réponse grésillante, on lève les yeux. L’architecture date de 1930 ; l’ensemble a été rénové il y a une dizaine d’années, et c’est ici qu’est conservé l’Herbier national, soit plus de huit millions de plantes séchées, soigneusement rangées dans des tiroirs serrés les uns contre les autres sur pas moins de quatre étages. En quelques minutes, une évidence : le cadre de travail d’Agathe Haevermans (née en 1970) est l’un des plus étonnants (et charmants) que l’on n’ait jamais vus…

La dessinatrice nous reçoit dans son bureau, à deux minutes à peine des Grandes Serres, où ses dessins sont montrés entre les arbres et les plantes. Plus exactement, des reproductions de ses dessins, ceux-ci étant bien trop fragiles pour être montrés dans un cadre aussi chaud et humide. Elle travaille juste en face de son mari, botaniste rencontré ici-même. Il faut dire qu’Agathe Haevermans a passé la plus grande partie de sa vie au jardin des Plantes…

De soigneuse animalière à dessinatrice botanique

Elle y est entrée en 1993, sur concours, pour devenir soigneuse animalière après des études d’agriculture en Auvergne, où elle a grandi. Elle s’est occupée de lions, de singes, de bisons… avant de voir sa vie bouleversée par un accident du travail, une « blessure », nous dit-elle, sur laquelle elle reste discrète. Mais qui a en tout cas permis sa réorientation vers le dessin, dont elle rêvait depuis petite. Elle se forme au Muséum, et surtout rencontre la botaniste Lucile Boiteau-Allorge, laquelle lui commande des illustrations à l’aquarelle pour son ouvrage La Fabuleuse Odyssée des plantes (éd. JC Lattès, 2003) et soutient son reclassement. Une nouvelle vie commence avec le nouveau millénaire, en 2000.

Quand une espèce est découverte, une planche descriptive est créée, accompagnée d’un dessin à l’encre précis.
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Quand une espèce est découverte, une planche descriptive est créée, accompagnée d’un dessin à l’encre précis., Octobre 2024

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Maurine Tric pour BeauxArts.com

Mais alors, qu’est-ce qu’un bon dessin en botanique ? « Un visuel qui se passe de commentaires », nous éclaire Agathe Haevermans, c’est-à-dire qui peut être lu, décrypté, compris par un scientifique de n’importe quelle nationalité, sans aucun support textuel. Quand une espèce est découverte, une planche descriptive est créée, accompagnée d’un dessin à l’encre précis. Pour ce faire, soit l’artiste s’inspire de plantes qu’elle a sous les yeux – par exemple en voyage –, soit elle travaille avec les innombrables herbiers qu’elle a sous la main, dans les étages de la galerie de Botanique où elle a son bureau.

Le dessin plus exact que la photographie pour rendre les couleurs

« Si on observe bien, on comprend bien. Puis le dessin permet de faire comprendre aux autres. »

« Sur chaque dessin, il doit y avoir toutes les informations. » Elle doit ainsi observer la plante morceau par morceau. Conservée dans un herbier, celle-ci est déshydratée pour être conservée ; elle peut être aussi préservée dans de l’alcool – dans ce cas, sa forme et son volume restent intacts même si ses couleurs ont disparu. Agathe Haevermans peut également s’appuyer sur les croquis réalisés sur le terrain, parfois des photographies. Elle nous raconte partir deux à trois fois par an, durant trois semaines pendant lesquelles elle note avec précision les couleurs des spécimen rencontrés. C’est d’ailleurs tout l’avantage du dessin par rapport à la photographie, nous explique-t-elle, celui-ci permettant d’être beaucoup plus exact pour rendre les différentes teintes d’une plante (« surtout les rouges et les bleus »), qu’une photographie aura tendance à affadir ou exalter.

Agathe Haevermans doit ainsi observer la plante morceau par morceau.
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Agathe Haevermans doit ainsi observer la plante morceau par morceau., Octobre 2024

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Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com

Elle nous montre ainsi les nuanciers qu’elle réalise elle-même à l’aquarelle. Ceux-ci lui permettent de réaliser les prélèvements de couleurs sur place, tandis qu’elle pourra s’attarder dans son atelier sur les détails anatomiques de la plante (pistils, tige, racines, feuilles…). L’autre avantage du dessin est de pouvoir « mettre l’accent sur certaines informations », avance-t-elle, en s’inspirant des observations de multiples spécimens, tandis qu’une photographie ne peut saisir qu’un « seul individu ».

La meilleure qualité ? L’observation

On le comprend alors : pour bien dessiner une plante, pour la faire comprendre au mieux, Agathe Haevermans doit avant tout être une excellente observatrice. C’est elle qui doit détailler l’architecture de la plante. « Si on observe bien, on comprend bien. Puis le dessin permet de faire comprendre aux autres. » Si elle réalise ses croquis sur place, elle le met « au propre » à Paris, dans son bureau ; « de toute façon, les dessins s’abîmeraient trop durant le transport, et il y a toujours des crottes de mouches sur les feuilles. »

Si Agathe Haevermans réalise ses croquis sur le vif, elle fait « le propre » à Paris, dans son bureau au Jardin des Plantes.
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Si Agathe Haevermans réalise ses croquis sur le vif, elle fait « le propre » à Paris, dans son bureau au Jardin des Plantes., Octobre 2024

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Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com

Au fil des années, Agathe Haevermans s’est spécialisée dans les bananiers, les gingembres, les euphorbes et les bambous.

Au fil des années, elle nous révèle s’être spécialisée dans les bananiers, les gingembres, les euphorbes et les bambous. Dernier grand voyage ? En Équateur, pour des dessins d’heliconias, réalisés dans une forêt protégée, fermée au public. Il faut préciser ici que le Muséum collabore systématiquement avec le pays qui l’accueille, et travaille main dans la main avec une université ou un muséum local. Chacun rentre chez lui avec un prélèvement, permettant de multiplier les endroits de conservation (une précaution utile en cas d’incendie…).

L’amour de la transmission

Elle travaille à l’encre ou à l’aquarelle, sur papier Fabriano, sur vélin ou sur des feuilles de calque. Quand elle doit accompagner la publication d’un scientifique pour une revue, le dessin est fait à l’encre de Chine, pour être reproduit en noir et blanc (« pour que le dessin soit mieux imprimé », qu’il ne perde pas de détails au passage). Si certains dessins ne lui prennent que quelques heures de travail, d’autres lui demanderont des semaines entières. Photoshop ? Elle l’utilise juste pour « nettoyer » ses œuvres, rien de plus.

Agathe Haevermans travaille à l’encre ou à l’aquarelle, sur papier Fabriano, sur vélin ou sur des feuilles de calque
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Agathe Haevermans travaille à l’encre ou à l’aquarelle, sur papier Fabriano, sur vélin ou sur des feuilles de calque, Octobre 2024

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Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com

Reste à évoquer l’amour d’Agathe Haevermans pour la transmission, elle qui a donné des cours de dessin botanique durant onze ans pour le service de formation du Muséum national d’Histoire naturelle, et qui, surtout, a publié de nombreux livres didactiques, tels que S’initier au dessin botanique (éd. Dessain et Tolra, 2017). Un travail précieux, alors qu’il est urgent d’ouvrir les yeux sur la beauté et la fragilité du vivant.

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Automne tropical – Dessiner la botanique

Du 17 octobre 2024 au 25 novembre 2024

www.jardindesplantesdeparis.fr

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