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Artiste à suivre

Bianca Bondi : pièges de cristal

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Publié le , mis à jour le
Actuellement exposée à la fondation Louis Vuitton, Bianca Bondi crée, en collaboration avec des musiciens, parfumeurs et fleuristes, de sublimes environnements visuels, olfactifs et sonores… habités de magie. Portrait d’une artiste à suivre.
Bianca Bondi dans son atelier de l’immeuble POUSH Manifesto à Clichy
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Bianca Bondi dans son atelier de l’immeuble POUSH Manifesto à Clichy

Il y a fort à parier que, comme nous, les visiteurs de la dernière Biennale de Lyon en 2019 se souviennent parfaitement de l’installation de Bianca Bondi (née en 1986). Le cadre était pourtant complexe : une petite salle perdue dans un coin des immenses usines Fagor, dont le passé (avant la fermeture définitive, la production avait été petit à petit délocalisée, laissant des centaines d’ouvriers sans emploi) imprimait l’exposition d’un singulier décalage. Sensible, sortant elle-même d’épreuves douloureuses, Bianca Bondi avait fait la demande, en venant visiter le site, de rencontrer d’anciens ouvriers avant de se mettre au travail ; sans succès toutefois. Elle avait alors produit une pièce à l’aura protectrice palpable, en couvrant de sel les surfaces de cette ancienne salle de pause, installant par-ci par-là différents objets (une tasse, des bocaux), eux-mêmes emprisonnés dans une couche cristalline. « Le sel écarte les mauvaises ondes, protège, crée un espace et un air sacré. »

Bianca Bondi assemble des éléments qui semblent vivants mais comme pétrifiés. Ici, une œuvre de son atelier à POUSH Manifesto à Clichy
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Bianca Bondi assemble des éléments qui semblent vivants mais comme pétrifiés. Ici, une œuvre de son atelier à POUSH Manifesto à Clichy

L’artiste glane des éléments vivants, organiques, les assemble, et crée des univers habités de grâce qui placent le visiteur dans un état de calme et d’attention.

L’ensemble semblait pétrifié dans la glace, comme un morceau de vie gardé intact à travers les ans. Pétrifié, mais pas vraiment, puisqu’il apparaissait aussi évident que l’installation était en train de vivre, de se métamorphoser tout doucement, et d’agir… De fait, le sel, nous explique l’artiste qui le manie depuis l’enfance, absorbe l’humidité et les toxines. Dans un décor aussi nocif que ces anciennes usines – autour d’elles, l’eau ne peut être puisée dans un rayon de sept kilomètres ! –, une telle installation revêtait ainsi un rôle actif, purifiant l’air et le sol au fur et à mesure des jours. C’est ainsi que les anciens ouvriers, qu’elle avait tant voulu voir en amont, lui ont confié en venant visiter la Biennale que son installation leur faisait du bien, qu’elle faisait écho à leur vie en investissant la salle de pause où ils avaient l’habitude de prendre un bol d’air avant de retourner à la chaîne.

Bianca Bondi, The Daydream
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Bianca Bondi, The Daydream, 2021

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Fondation Louis Vuitton, Paris

Il en va de même pour son travail à la fondation Louis Vuitton, visible actuellement : un « jardin d’intérieur », explique-t-elle, où différents bassins sont superposés et laissent entrevoir des coquillages, de petits os d’oiseaux. Des végétaux (fougères, mousse, eucalyptus…) flottent au-dessus de cette composition de sel et d’eau salée qui évolue lentement ; l’odorat est sollicité grâce à une douce « ambiance olfactive » conçue par le parfumeur Yann Vasnier, tout autant que l’ouïe avec une bande sonore de Jennifer Eliz Hutt. Ici, Bondi a voulu explorer le « moment qui précède immédiatement le sommeil », le Daydream, « moment au cours duquel des rêves lucides peuvent avoir lieu »… Ainsi, a minima, on dira que l’artiste glane des éléments vivants, organiques, les assemble, et crée des univers habités de grâce qui placent le visiteur dans un état de calme et d’attention – encore récemment, on pouvait voir à la galerie Mor Charpentier The private lives of non-human entities (2020), soit deux chaises et une table dressée, saisies dans le sel, comme un dîner d’amoureux éternel… Une splendeur silencieuse.

Bianca Bondi dans son atelier à POUSH Manifesto à Clichy
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Bianca Bondi dans son atelier à POUSH Manifesto à Clichy

Mais il faut rencontrer Bianca Bondi pour saisir véritablement la dimension merveilleuse de son travail – et, plus encore, de sa personne. Il faut voir sa bibliothèque de livres, dont elle recommande certains ouvrages, notamment des compilations de rituels magiques à réaliser avec du sel. Sa collection de pierres, aussi, dont elle apprend à connaître les propriétés. Il faut sentir l’atmosphère délicieuse de son atelier à Châtenay-Malabry, vaste espace vitré à deux pas de la Vallée-aux-Loups : l’odeur envoûtante d’une bougie qui flotte dans l’air, un petit chat qui passe. Lorsqu’elle nous y reçoit un jour de grisaille, on reconnaît la musique ténébreuse d’Andy Stott en fond sonore.

Réparer les blessures…

Et, bien qu’elle doive travailler à une pièce ce soir, bien qu’elle parte dans quelques jours pour la Thaïlande où elle s’attellera durant dix jours à une installation (« Je pars avec une valise d’objets, mais je trouverai la plupart des éléments sur place, et du sel local »), Bondi ne laisse rien paraître de son stress, ni des soucis qui la hantent et dont elle se confiera un peu plus tard. Originaire d’Afrique du Sud, la jeune femme ne parle pas de son art sans évoquer sa vie personnelle, abordant décès et douleurs traumatiques comme des composantes essentielles de son état d’esprit au moment où elle crée ses stupéfiantes installations. Ainsi, l’œuvre de la Biennale de Lyon est venue, pour les ouvriers comme pour elle, réparer des blessures, fertiliser des projets. Un « avant/après » qui l’a vue rencontrer l’amour. Mais qui lui a aussi permis d’être mieux identifiée dans le monde de l’art.

Livres et rituels magiques habitent l’univers de Bianca Bondi
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Livres et rituels magiques habitent l’univers de Bianca Bondi

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Photo Maurine Tric

Bianca Bondi pratique la magie depuis longtemps : à six ans, elle a voulu communiquer avec son père disparu en faisant des rituels.

Retour en arrière. Bianca Bondi s’est d’abord formée en Afrique du Sud, à la Wits School of Arts, puis à l’école d’arts de Cergy ; à l’époque, elle a en tête de travailler dans le monde de l’art sans être artiste, et c’est pourquoi elle expérimente beaucoup, pour voir de l’intérieur ce que c’est qu’être plasticien. En sortant de l’école, elle se rend compte qu’elle passe le moindre temps libre à créer, malgré les petits boulots et ses aspirations initiales. Elle reprend alors des cours de sculpture avec les Ateliers de la Ville de Paris. Entre temps, un an avant son diplôme, elle part en résidence au Cameroun, où elle assiste à des pratiques rituelles qui la bouleversent, racontant aujourd’hui « les tas de sel avec des plumes et du sang » qu’elle y croise en pleine forêt. Elle-même pratique la magie depuis longtemps : à six ans, elle a voulu communiquer avec son père disparu en faisant des rituels. « J’avais onze ans quand j’ai créé mon premier coven » (un groupe de personnes pratiquant la magie) ; elle concocte des potions à partir de plantes, mélange son sang à celui de ses amies…

Dans l’atelier de Bianca Bondi à POUSH Manifesto
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Dans l’atelier de Bianca Bondi à POUSH Manifesto

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Photo Maurine Tric

De toutes ces pratiques, instinctives et intimes, elle a tiré la matière première de son art. La sorcellerie et les sciences occultes sont à la source de ses installations, et surtout du fait qu’elles soient agissantes : lors de son exposition à la galerie Mor Charpentier, l’artiste a organisé avec le sound therapist Pablo Urzola des sessions de sound bath (méditation par le son) dans l’espace, pour mieux l’activer, faire sentir à chacun la vie de ses installations, leur influence sur le corps et l’esprit. Souvent, aussi, Bianca Bondi vient « nourrir » ses œuvres, tout simplement en les hydratant. D’ailleurs, quand un collectionneur lui en achète une, elle lui donne des consignes pour qu’il puisse, à son tour, en prendre soin, quitte à ce que son aspect change, puisqu’elle utilise des matériaux organiques destinés à évoluer (elle lui conseille aussi de remercier l’œuvre). En bref : « Je ne cherche pas une ultime esthétique. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on ressent. L’œuvre est comme un talisman ».

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Open space #8 Bianca Bondi

Du 22 septembre 2021 au 24 janvier 2022

www.fondationlouisvuitton.fr

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Thaïland Biennale, Korat

Du 18 décembre 2021 au 31 mars 2022

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