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Reportage

BNF Richelieu : dans les coulisses d’une mue spectaculaire

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Dix mille visiteurs sont venus découvrir les locaux historiques de la Bibliothèque nationale de France pour les Journées du Patrimoine. Ouverte à tous depuis le mardi 20 septembre, celle-ci sort juste de douze années de travaux. Entre ses salles de lecture, ses collections et sa galerie dédiée aux expositions temporaires, mais aussi son café et sa librairie, la bibliothèque nous happe volontiers durant une journée entière… Et révèle un patrimoine stupéfiant, dans un écrin historique entièrement restauré. Visite.
La Salle Ovale totalement rénovée
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La Salle Ovale totalement rénovée

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© Takuji Shimmura

La salle ovale, avant rénovation
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La salle ovale, avant rénovation

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© Jean-Christophe Ballot / OPPIC – BNF

Rue de Richelieu, Paris. À quelques minutes à pied du musée du Louvre, de la Comédie Française et de l’Opéra Garnier, le site historique de la Bibliothèque nationale de France revit. Jusqu’à récemment, il avait été tranquillement oublié du grand public, l’ouverture en 1995 du site de Tolbiac, projet présidentiel de François Mitterrand et colosse de verre signé de l’architecte Dominique Perrault, l’ayant éclipsé – non sans polémique. En 2007, événement : un concours est lancé pour refaire une beauté aux bâtiments du 2e arrondissement, en activité depuis 1721 – année de l’installation de la bibliothèque dans l’hôtel de Nevers grâce à la volonté de l’abbé Bignon, bibliothécaire de Louis XIV. Mais l’état des lieux est terrible. Au fil des décennies, les architectes se sont succédés, multipliant les ajouts et les strates…

Le résultat est un véritable imbroglio, avec ses pièces emblématiques (comme la salle Labrouste ou la salle Ovale), mais aussi son labyrinthe de couloirs et de mezzanines – certes, non dénués de charme. Virginie Brégal, architecte en charge du projet avec Bruno Gaudin, se souvient : « On a erré pendant une semaine : l’ensemble était illisible parce que la construction avait été étalée sur trois siècles, avec des bâtiments qui s’étaient faits indépendamment les uns des autres. » Quinze pompiers vivent alors sur place, pour surveiller 24 heures sur 24 des installations électriques vétustes. Certains bureaux trônent dans les couloirs, et les employés manquent d’espace, d’air et de lumière. Mais c’est aussi ce qui permet à l’Oppic, le maître d’ouvrage, de défendre ce grand projet de rénovation auprès d’un État frileux – à peine dix ans après la livraison de la Bibliothèque François-Mitterrand, la dépense apparaissait bien grande.

La galerie Mazarin, avant et après restauration
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La galerie Mazarin, avant et après restauration

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Jean-Christophe Ballot / EMOC

Le concours, Virginie Brégal et Bruno Gaudin ne l’ont pas gagné avec des dessins et un projet ferme, mais avec une note d’intention, une « vision d’architecte ». Il était impératif d’être ouvert aux discussions, et de pouvoir travailler main dans la main avec les équipes de la BNF. Et si deux confrères des Monuments historiques les ont accompagnés pour la restauration des pièces maîtresses du bâtiment (comme la salle Labrouste, la galerie Mansart ou la galerie Mazarin), celles-ci ne représentent qu’une petite partie du projet global, soit 2 400 mètres carrés sur 69 000 en tout. Leur mission était donc immense.

Travaux de restauration dans la galerie Mansart
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Travaux de restauration dans la galerie Mansart

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© Jean-Christophe Ballot

Le grand geste, le plus instagrammable dira-t-on et surtout celui qui « qui exprime le renouveau de la bibliothèque Richelieu » comme le résume le dossier de presse, c’est le remplacement de l’escalier de Jean-Louis Pascal (1875–1912), inscrit à l’inventaire des Monuments historiques (il a été déconstruit, non détruit !), par un escalier d’honneur suspendu, en métal [ill. ci-dessous]. D’une beauté folle, à la fois spectaculaire et discret dans ce décor si dense, celui-ci a provoqué l’ire de certains historiens de l’art au fur et à mesure du chantier, qui ont été jusqu’à solliciter différents ministres de la Culture. Aujourd’hui, Virginie Brégal se réjouit : « ça a été un combat difficile, mais on a toujours pensé que c’était important de maintenir le cap. »

L’escalier d’honneur suspendu
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L’escalier d’honneur suspendu

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© Takuji Shimmura

Il a fallu faire entrer de l’air dans le bâtiment.

L’escalier ne saurait toutefois dissimuler l’immense travail accompli. Les pièces minuscules, les mezzanines, les 75 niveaux de plancher différents… « Le Quadrilatère était sursaturé. Nous avons enlevé environ 2 000 mètres carrés de plancher, car on ne respirait plus. » Il a fallu faire entrer de l’air dans le bâtiment, démolir les couloirs minuscules, désencombrer les pièces, créer des ouvertures vitrées – notamment sur la salle Ovale [ill. en Une], percées d’ouvertures aux quatre points cardinaux pour pouvoir l’observer de haut –, faciliter les circulations entre les espaces de travail autrefois très cloisonnés (les employés ne se croisaient guère)… « Aujourd’hui, le personnel nous dit : ‘c’est extraordinaire, on se rencontre et on se parle !’ ».

Les architectes ont également tenu à mettre en valeur et en évidence le travail de leurs prédécesseurs, y compris les magasins pensés dans les années 1950 par Michel Roux-Spitz, promis à la destruction. « Qu’est-ce que conserver un bâtiment existant ?, interroge Virginie Brégal. Soit on le muséifie, soit on le transforme, soit on le rénove et on l’adapte, soit on casse. On a tout fait, tout en conservant l’identité du bâtiment, pour raconter son histoire. »

Salon Louis XV, avant et après restauration
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Salon Louis XV, avant et après restauration

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© Jean-Christophe Ballot / OPPIC / © Takuji Shimmura

On peut choisir de se rendre au café pour déguster une pâtisserie ou d’entrer dans la majestueuse salle Ovale désormais ouverte gratuitement au public.

Le résultat pour le visiteur est une réussite absolue. S’il choisit d’entrer par la rue Vivienne (l’autre accès se trouve rue de Richelieu), il tombe d’abord nez à nez avec un jardin papyrifère (dont les plantes servent à produire du papier) de 1 900 mètres carrés, signé de l’artiste-jardinier Gilles Clément et des paysagistes de l’agence Tout se transforme. Puis, il entre dans l’aile XIXe et peut choisir de se rendre au café Rose Bakery pour déguster une pâtisserie, ou d’entrer tout de suite dans la salle Ovale, majestueuse et désormais ouverte gratuitement au public (160 places de lecture), pour étudier, lire une bande dessinée (le fonds en compte 9 000 !) ou simplement se réchauffer à la lumière des lampes aux célèbres globes de verre couleur sapin.

Les 1 900 mètres carrés de jardins ont été revus par l’artiste-jardinier Gilles Clément et par des paysagistes de l’agence Tout se transforme.
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Les 1 900 mètres carrés de jardins ont été revus par l’artiste-jardinier Gilles Clément et par des paysagistes de l’agence Tout se transforme.

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© Takuji Shimmura

Toujours au rez-de-chaussée, la galerie Mansart, chef-d’œuvre du XVIIe, accueille des expositions temporaires (la première, « Molière, le jeu du vrai et du faux », ouvrira le 27 septembre). Dans les étages, après avoir emprunté l’escalier tout neuf, on vagabonde entre les salles richement ornées et dédiées aux collections, 900 trésors appelés à changer régulièrement (vases antiques, manuscrits de Proust ou de Casanova, affiche de Toulouse-Lautrec, œuvres récentes de Robert Capa ou d’Aurélie Nemours…).

On peut aussi jeter un œil indiscret aux salles de lecture réservées aux chercheurs de l’Institut national d’histoire de l’art ou de l’École des chartes (comme l’emblématique salle Labrouste), ou encore aux magasins, où sont conservées les collections de cartes et d’estampes, offerts à la vue grâce à des ouvertures vitrées. En deux mots : la visite est exceptionnelle, et donne envie de revenir, encore et encore. Ce même si nos années d’études sont loin derrière nous !

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Bnf Richelieu

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