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RENCONTRE

Dans l’atelier de Jean Fusaro, maître lyonnais bientôt centenaire, cofondateur du sanzisme

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Publié le , mis à jour le
En 2025, Lyon célèbre le centenaire d’une grande figure méconnue, le peintre Jean Fusaro : des expositions sont déjà prévues, notamment à la galerie Estades. Nous avons rencontré l’artiste dans son atelier. De sa formation à l’École des beaux-arts à la création du mouvement du sanzisme (lire « sans-isme ») avec ses camarades lyonnais, il revient sur presque cent ans de création.
Jean Fusaro dans son atelier
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Jean Fusaro dans son atelier, 2025

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Photo Nicolas Bousser

Quelques jours avant Noël, au nord de Lyon, sur le plateau de la Dombes. Le brouillard ne s’est pas encore dissipé. Sur le pas de la porte d’une maison cossue des années 1970–1980, un peintre nous attend. L’homme fêtera dans quelques mois ses 100 ans. Nous pénétrons dans son atelier largement ouvert sur l’extérieur grâce à de grandes baies vitrées.

Des dizaines de tableaux, dessins et affiches d’anciennes expositions grimpent sur les murs ou jonchent le sol. Le peintre s’installe devant un grand Christ en Croix sur fond jaune qu’il a entrepris seulement quelques jours auparavant.

Un peintre lyonnais à l’identité affirmée

Né en 1925 à Marseille, Jean Fusaro est une figure de la création lyonnaise d’après-guerre. Dans ses jeunes années, il réside sur les pentes de la Croix-Rousse, dessinant copieusement, « pour s’occuper » comme il se plaît à le souligner. Élève à partir de 1941 puis professeur à l’École des beaux-arts de la ville, il se lie d’amitié avec Jean Couty, Jacques Truphémus, André Cottavoz ou encore Paul Philibert-Charrin. Il se souvient de ses années de formation avec ses camarades comme d’une époque dorée.

La palette de Jean Fusaro
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La palette de Jean Fusaro, 2025

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Photo Nicolas Bousser

« Nous dessinions toute la journée », se remémore-t-il. Sur les bancs de l’École des beaux-arts, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa première épouse, la mère de ses trois enfants, Hélène. Un portrait d’elle, à demi allongée sur une banquette, émerge à côté de l’artiste tandis qu’il raconte.

En 1947, il expose pour la première fois, dans un contexte de débat entre figuration et abstraction auquel il prend part ; puis l’année suivante, dans la chapelle de la Trinité du lycée Ampère, avec André Cottavoz, James Bansac, Jacques Truphémus, Paul Philibert-Charrin et Pierre Coquet, lors de l’exposition fondatrice du mouvement sanziste. Comme une provocation et pour ne se définir d’aucun mouvement, Fusaro explique : « Il y avait tous ces mouvements se terminant en -isme, cubisme, fauvisme… Nous voulions quelque chose sans -isme, voilà comment est né le sanzisme, tout simplement ».

Aujourd’hui, Jean Fusaro produit encore, entouré de sa fille Ève et de ses petits-enfants
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Aujourd’hui, Jean Fusaro produit encore, entouré de sa fille Ève et de ses petits-enfants, 2025

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Photo Nicolas Bousser / © Adagp, Paris 2025

Adepte d’une matière brute, déployant un style enlevé, aérien, et laissant une place primordiale à la couleur, Fusaro voit sa notoriété croître au début des années 1950. Il peint Lyon sous toutes les coutures, voyage souvent en direction de Paris à la rencontre de galeristes, d’artistes, et forge son identité singulière. En 1953, il reçoit le prestigieux prix Fénéon, créé en 1949 dans le but de récompenser chaque année un jeune artiste dans une situation modeste.

Vers la reconnaissance

« Il y avait à une époque un type qui faisait des faux et signait de mon nom. Il m’avait même proposé de l’argent pour dire que ces toiles étaient bien de moi… »

Quatre ans plus tard, c’est au tour de sa ville natale, Marseille, de le récompenser. Les œuvres de Fusaro traversent au fil des ans les frontières et connaissent notamment un grand succès au Japon – où l’artiste est aujourd’hui encore très apprécié.

La reconnaissance est là. Tellement que certains cherchent à imiter son style. « Il y avait à une époque un type qui faisait des faux et signait de mon nom. J’en vois encore passer aujourd’hui ! Il m’avait même proposé de l’argent pour dire que ces toiles étaient bien de moi… », se rappelle-t-il, le sourire aux lèvres.

Adepte d’une matière brute, déployant un style enlevé, aérien, Jean Fusaro laisse une place primordiale à la couleur
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Adepte d’une matière brute, déployant un style enlevé, aérien, Jean Fusaro laisse une place primordiale à la couleur, 2025

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Photo Nicolas Bousser / © Adagp, Paris 2025

À la fin des années 1960, il rencontre celle qui deviendra sa seconde épouse, sa muse, et s’occupera d’une main de fer de sa carrière, Jacky-Cécile. Convaincue du talent de son mari, elle déploie une énergie sans pareille pour accroître sa notoriété et graver son nom dans l’histoire de l’art, allant jusqu’à dessiner des cadres pour ses toiles et réaliser quelques lithographies. Elle joue un rôle central dans l’un des grands projets de la carrière du peintre : la réalisation en 1990 et 2010 du décor de l’église de Saint-Jacques-des-Arrêts (Rhône).

Plusieurs études préparatoires pour le décor de l’église de Saint-Jacques-des-Arrêts
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Plusieurs études préparatoires pour le décor de l’église de Saint-Jacques-des-Arrêts, 2025

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Photo Nicolas Bousser / © Adagp, Paris 2025

En repensant à ce vaste chantier, Jean Fusaro se lève et, dans un coin de la pièce, exhume une large plaque de bois sur laquelle sont punaisées plusieurs études préparatoires pour ce décor, l’un de ses rares sur un thème religieux. « Allez le voir, je me suis bien plu à le faire ! ». Jean et Jacky resteront inséparables jusqu’au décès de cette dernière, en 2021, après un long combat contre la maladie. Le peintre, les yeux plein de pudeur, ne s’étend que très peu sur sa vie intime. Seul un petit dessin encadré dans un coin de la pièce, la représentant dans ses derniers instants, montre le grand vide laissé.

Un centenaire marqué par plusieurs événements

Aujourd’hui, Jean Fusaro produit encore, entouré de sa fille Ève et de ses petits-enfants, qui rachètent parfois sur le marché de l’art certaines de ses toiles à haute valeur sentimentale. L’une des dernières en date : un portrait de son ami Roland-Rolland, qui fut exposé au Salon du Sud-Est de 1953–1954. Attaché à la terre lyonnaise, il a réalisé en 2023 une série de dessins et de toiles à La Sablière, demeure historique bâtie au XIXe siècle par Didier Petit de Meurville sur les hauteurs de Caluire-et-Cuire. Un site en danger que Maxime Dehan et sa famille, les propriétaires, tentent de sauver de la gloutonnerie des promoteurs immobiliers.

L’année 2025 sera marquée par le centenaire de Jean Fusaro. Plusieurs manifestations s’ouvrent déjà, entre autres à la galerie Estades à Lyon, qui lui consacre une rétrospective jusqu’au 15 mars. Nul doute que le musée consacré à l’œuvre de son ami Jean Couty, créé en 2017 au bord de la Saône par son fils Charles Couty, prendra également part aux festivités.

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Jean Fusaro

Du 25 janvier 2025 au 15 mars 2025

www.estades.com

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