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Bernard Buffet, La Leçon d’anatomie, d’après Rembrandt, 1968
Huile sur toile • 200 x 300 cm • Coll. fonds de dotation Bernard Buffet, Paris. • © ADAGP Paris 2018
De tout temps, les peintres ont entretenu des liens privilégiés avec les maîtres qui les ont précédés. Modèles admirés, interrogés, ils instrumentalisent l’enseignement pérenne du métier où la technique et le regard, la connaissance et la nature renouvellent les créations esthétiques pour un humanisme permanent. L’école de peinture française s’est construite de ces paradigmes convergents et croisés, tournés autant vers les richesses du passé que vers celles d’un présent innovant dans la continuité d’une identité picturale. Bernard Buffet et Jean Couty s’inscrivent dans cette longue histoire de la peinture française. Classicisme, réalisme, naturalisme fécondent aujourd’hui encore les jeunes peintres.
Bernard Buffet n’a jamais fait mystère de ses admirations pour la grande peinture. Rembrandt (dont il reprend La Leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp en 1968), Gros, David, Géricault, Courbet dominent un panthéon dans lequel ces figures électives accompagnent son œuvre qui renoue avec les grandes suites historiques narratives. Leur monumentalité sert la dramaturgie du récit. Les Pestiférés de Jaffa, du baron Gros, qu’il découvre en 1949 à la réouverture du Louvre, ne l’ont jamais quitté.
Rembrandt, La Leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp, 1632
Huile sur toile • 170 × 216 cm • Coll. Mauritshuis, La Haye. • © Leemage
Il institue un procédé narratif : le récit en sept tableaux de grand format (dépassant les 2 mètres de hauteur et allant jusqu’à plus de 5 mètres de largeur) d’un épisode historique, mythique, littéraire, emblématique de l’histoire universelle. Du Christ à Jeanne d’Arc, de Don Quichotte à Dante et Virgile, de la Révolution à Jules Verne, ces théâtres convoquent la grande peinture de l’âge classique et celle de la réalité. Si les passions de l’homme renouvellent ce qu’il croit être son destin, l’enracinement de Bernard Buffet dans la figuration est constitutif d’un corpus qui scelle les grands moments de la culture occidentale. Fidèle aux valeurs plastiques comme moyen de mieux connaître la nature, il pratique l’analyse dans la discipline et l’ordre qui conduit au réalisme vécu. Le regard tourné vers les maîtres chers, constructeurs et stylistes inscrits dans la tradition dont l’artiste interroge les causes autant qu’il cherche à toucher du doigt la nouveauté essentielle à son évolution, Bernard Buffet revendique l’immensité sur grand écran, CinemaScope d’un homme de son temps.
Chardin et Bernard Buffet, “La Raie” et “Raie”, 1738 et 1958
Huile sur toile • 114 x 146 cm et 97 x 130 cm • Coll. musée du Louvre, Paris et Coll. musée de l’Abbaye, Saint-Claude, donation Guy Bardone 2008 • © Leemage / ADAGP Paris 2018
Jean Couty entretient un dialogue similaire avec les maîtres. Ses paysans, ses scènes rurales et ses repas de famille tendent au degré suprême d’harmonie entre l’expression et la forme produite qui caractérise la peinture du XVIIe siècle, et notamment les frères Le Nain, qu’il admire. Avec Bernard Buffet, il est l’héritier d’une pratique artistique, du goût et du métier, réalité vivante d’une tradition longue de quatre siècles, faite de données spirituelles, d’idéaux moraux et artisanaux, transmise de génération en génération, et d’une éthique qui oblige à pousser cette production à l’excellence. Le peintre citadin et celui de la ruralité se retrouvent dans la figure terrienne de Courbet. La sensualité imprègne respectivement leurs nus, et Bernard Buffet rend un hommage très spécifique au maître d’Ornans en reprenant Le Sommeil (1955).
Le Nain et Jean Couty, « Les Pèlerins d’Emmaüs » et « Le Partage du pain ou le Repas du déporté », vers 1645 et 1945
Jean Couty a retenu des frères Le Nain l’harmonie entre l’expression et la forme produite qui caractérise la peinture du XVIIe siècle.
Huile sur toile • 75 × 92 cm et 182 × 222 cm • Coll. musée Jean Couty • © Leemage / ADAGP Paris 2018
C’est en cela que Jean Couty et Bernard Buffet sont des grands classiques et les interprètes d’une modernité comme l’entendait Baudelaire. Retour au sujet, au portrait et au paysage, à la composition figurative, de Georges de La Tour à Manet, de Géricault à Derain, pour une priorité donnée à la construction plastique, au dessin, à la forme et à son rayonnement, sans renoncer à l’expression humaine et à la couleur, de plus en plus importante chez les deux peintres.
Le rôle du portrait dans la peinture de Bernard Buffet et de Jean Couty renvoie à une constante de la peinture française depuis le tout premier portrait, celui de Jean le Bon (1350), et ceux de François Clouet. Le classicisme n’est pas autre chose qu’un souci de vérité et un idéal qui constitue la particularité du génie français, même si chacun a expérimenté sous la violence d’un tempérament très spécifique. Un expressionnisme dont les origines sont à chercher du côté d’un romantisme qui constitue l’autre versant d’une tradition remontant à la Renaissance et au maniérisme, dont chacun a incarné les arcanes durant toute sa vie de peintre.
Bernard Buffet et Jean Couty. Parcours croisés
Du 12 octobre 2018 au 14 avril 2019
Musée Jean Couty • 1 Place Henri Barbusse • 69009 Lyon
www.museejeancouty.fr
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