Lyon, capitale des Gaules… et de l’art contemporain ? Grâce au rayonnement international de sa biennale et l’exigence de ses institutions (le macLyon, l’École nationale supérieure des beaux-arts mais aussi l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne ou le musée des Confluences), la cité gastronomique se découvre comme un vivier de jeunes artistes et d’adresses où dénicher des trésors.
Il y a d’abord Manifesta, lieu à part situé dans un ancien atelier de soyeux, en plein cœur de la ville et qui accueille tous les deux mois une galerie différente venue d’ailleurs (Semiose, Lelong, Anne de Villepoix, Anne-Sarah Bénichou…), créant ainsi un épicentre dynamique, capable de faire venir des grands noms de l’art à Lyon. On rendra ensuite visite aux galeries Ceysson & Bénétière, Slika, Houg, Tatiss et Françoise Besson, avant de regarder au-delà de la mer Méditerranée grâce à Regard Sud, et d’avoir un déclic photographique chez Vrais Rêves. Suivez le guide !
La scénographie de l’exposition « L’œil du coeur » à la galerie Françoise Besson, 2021
Courtesy Galerie Françoise Besson
Un tout petit escalier : quel joli logo pour cette galerie de la rue de Crimée, doublée depuis 2019 d’un deuxième espace, à quelques numéros de là, dédié aux artistes émergents. À l’origine, c’est-à-dire en 2004, Françoise Besson avait installé sa galerie dans son appartement, auquel on accédait après avoir gravi 150 marches ! En 2009, elle déménage dans cette ancienne ébénisterie réhabilitée par l’architecte Gilles Perraudin ; à l’étage, un appartement permet de recevoir les artistes en résidence durant 3 à 6 mois. Très proche de ses 17 plasticiens (Marine Joatton, Thaïva Ouaki, Alain Pouillet, Yveline Loiseur…), la galeriste précise attacher de l’importance au travail de la main : « Je défends le vivant. » Une adresse qui a du cœur, dans le quartier historique de la Croix-Rousse.
Les céramiques du duo Vertigo composé de Nitsa Meletopoulos et Victor Alarçon présentées à la galerie Tatiss dans l’exposition « Hahaha l’amour », 2022
Courtesy Galerie Tatiss
C’est un projet né du premier confinement, niché au fond d’une cour de la rue Auguste-Comte. Artistes toutes les deux, Sinem Sahin, la petite trentaine, et Béatrice Bréchignac, deux fois son âge, se sont rencontrées en travaillant à un projet de sculpture ; ensemble, elles ont pensé à transformer une partie de l’atelier sur cour de Béatrice en galerie d’art. Le fils Bréchignac, architecte, a repensé l’espace, dont le très beau parquet renforce l’atmosphère chaleureuse. Avec un goût certain pour la céramique dans ce qu’elle peut avoir de plus audacieux, le lieu multiplie les expositions en solo ou en duo, et se double d’une boutique en ligne, où l’on trouve de belles choses à prix tout doux, signées Georges Yassef, Victor Alarçon et Nitsa Meletopoulos ou Vincent Breed.
L’exposition « Antwan Horfee » à la galerie Ceysson & Bénétière à Lyon
Courtesy Ceysson & Bénétière / Photo Cyrille Cauvet
C’est une enfant de la région : fondée à Saint-Étienne – où elle dispose désormais d’un espace impressionnant de 1 200 mètres carrés –, la galerie Ceysson & Bénétière est également présente à Lyon, où elle a ouvert en 2021 une antenne de 300 mètres carrés sur la Presqu’île, non loin du musée des Beaux-Arts. Une présence importante pour le marché de l’art lyonnais, la galerie étant internationale (elle est implantée à Paris, Genève, New York, au Luxembourg…) et représentant des artistes de très grande importance, comme Tania Mouraud, Olivier Debré, ORLAN, mais aussi quelques jeunes pousses à suivre de près, comme la peintre Claire Chesnier. Sa spécialité : les membres du groupe Supports/Surfaces, que sont Daniel Dezeuze, Vincent Bioulès ou encore Noël Dolla. Cet automne, c’est le peintre Antwan Horfee (né en 1983) qui est à l’honneur d’un solo show.
L’exposition autour de l’artiste Nicola Vigilanti « Grainy America » à la galerie Regard Sud
Courtesy Galerie Regard Sud
À deux pas – littéralement – de la sortie du métro Croix-Rousse, la galerie Regard Sud a été ouverte en 2000 par Abdellah Zerguine. Son ambition ? Proposer aux Lyonnais de découvrir des artistes originaires du monde arabe et d’Afrique (récemment : Nasreddine Bennacer, Kacem Noua, Ibn El Farouk, Adama Sylla, Eva Diallo), entre autres noms de l’art contemporain. Actuellement, on peut par exemple y regarder les photographies du Lyonnais Nicola Vigilanti, « Grainy America », autour des vestiges de l’American Dream. Les trois salles ouvertes toutes l’année se complètent d’un festival de cinéma, les Cinémas du sud, coorganisé avec l’Institut Lumière au mois d’avril.
Vue de l’exposirion « Boiling Brain » à la galerie Slika
Courtesy Ghislain Mirat & Maite et Manuel et Galerie Slika / Photo Ghislain Mirat
Elle célèbre ses dix ans cette année ! Fondée par Jérémie Masurel et Félix Baezner en 2014, la galerie Slika veut représenter à la fois des noms établis de la création contemporaine (on a pu y voir Jean-Charles de Castelbajac et Yann Kebbi) et soutenir des artistes émergents ; avec des expositions, mais aussi des résidences d’artistes et différents projets d’ampleur, le tout dans un ancien atelier de 280 mètres carrés, disposant d’une très belle verrière. Installée, comme la galerie Tatiss, rue Auguste-Comte après avoir occupé durant ses premières années un petit local de 60 mètres carrés rue des Remparts-d’Ainay, la galerie Slika alterne les expositions monographiques et collectives, et dispose d’une boutique en ligne. Une belle adresse, avec une énergie incontestable !
L’exposition « Point de vue. Marie Bourget (1952 2016) » à la galerie Houg
Photo Jules Roeser
C’est l’histoire d’une aventure de famille. En 1996, Olivier Houg crée une galerie à son nom à Lyon, sur ses terres… Et laisse son fils Romain, 17 ans plus tard, ouvrir un espace à Paris, rue Saint-Claude, spécialement consacré à l’art émergent. En 2023, un nouveau chapitre s’ouvre pour cette galerie familiale avec un nouvel espace de 230 mètres carrés à Lyon, sur lequel les deux hommes décident de se concentrer désormais à temps plein. « La galerie à Paris m’a permis de définir une ligne éditoriale plus précise où le dessin a pris une place prépondérante, raconte le fils. Ligne que je défends également en participant à la foire Drawing Now depuis la création de la galerie. » On y suit quelques beaux noms, comme Lucien Roux ou Jeanne Révay.
Le hall de la galerie Vrais Rêves à Lyon
© Galerie Vrais rêves
Outre la galerie Le Réverbère, qui fermera ses portes à la fin de l’année 2024 (c’est pourquoi elle n’est pas dans cette sélection où elle aurait pourtant eu sa place), Lyon trouve dans la galerie Vrais Rêves un lieu privilégié pour aller à la rencontre de la photographie contemporaine. Son histoire remonte à la fin des années 1970, alors qu’un groupe de photographes nommé « Regards » se retrouve chaque mois rue Dumenge, dans le quartier de la Croix-Rousse ; une première exposition est organisée en 1990, dédiée à l’Américain Duane Michals (c’est lui qui a donné son nom à la galerie, emprunté au titre de son ouvrage Vrais rêves, Histoires photographiques publié en 1976), puis les autres s’enchaînent. Désormais dirigée par Rémy Mathieu, la galerie revendique aujourd’hui son ancienneté (elle est l’une des premières en France à s’être spécialisée en photographie) et son approche plasticienne du médium.
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