Thanks For Nothing, FOOD & POEMS, les mauraudes citoyennes, alimentaires et culturelles. Poème et repas chaud, 2024
© Thanks For Nothing
C’est une histoire qui a plusieurs débuts. Et plusieurs auteurs. On pourrait parler d’abord de l’association Thanks for Nothing, qui se mobilise pour permettre aux publics éloignés de l’art de faire de belles visites culturelles, et organise des maraudes. Celle-ci a rencontré Josiane Asmane, poète, artiste, autrice, esprit libre, qui a eu l’idée il y a deux ans et demi de distribuer de la nourriture et des poèmes aux sans-abri autour de chez elle – son association se nomme La poésie, ça sauve la vie. Ensemble, elles ont décidé d’unir leurs forces et d’organiser des maraudes « Food & Poems », dont les repas sont assurés par une troisième personne capitale : Manu Solidaire, cuisinier et influenceur à vélo, qui parcourt la ville pour distribuer des repas fait maison en se filmant pour les réseaux sociaux (les repas sont aussi parfois assurés par une association de Montreuil, Un mafé pour tous !).
Tous se réunissent donc depuis deux ans, deux mercredis par mois, place de la République, pour agir ensemble. Leurs maraudes ont la caractéristique de proposer aux sans-abri aussi bien des invendus de boulangerie, des produits d’hygiène, des petits plats en barquette, des vêtements… que des romans, des livres d’art, des crayons de couleurs, offerts par différents partenaires comme Caran d’Ache ou la très exigeante librairie Yvon Lambert. C’est justement ce qui nous a intéressés : pourquoi inclure dans les paniers ces produits culturels ? Qu’apportent-ils aux personnes à la rue ?
« Pour moi, c’est vital », nous dit d’emblée l’une des bénévoles, Sophie, professeure de littérature. « Parfois, il y a même des gens qui ne prennent que le poème, et refusent le repas chaud. » Le poème, c’est une petite feuille volante sur laquelle sont inscrites quelques rimes, écrites par Josiane Asmane ou empruntées à un auteur, et accompagnées d’un dessin. La jeune femme prend soin de le traduire en une dizaine de langues, pour s’adapter au public : dans son sac, elle nous montre les différentes impressions qu’elle a réalisées, en italien, anglais ou roumain. C’est elle aussi qui emballe de papier cadeau les livres récoltés auprès des librairies partenaires mais aussi dans les bibliothèques de ses amis.
Thanks For Nothing, FOOD & POEMS. Maraude avec Alexandra Fain et Colette Barbier, 31 janvier 2024
© Thanks For Nothing
« Au fond, la culture, c’est l’un des seuls bagages qu’ils peuvent emporter partout avec eux. »
Victoria Valette, bénévole et artiste, nous raconte qu’elle prend parfois le temps de confectionner des papiers cadeaux elle-même, couverts de sérigraphies : « Certaines personnes sont touchées que ce soit fait à la main. » Une fois, elle a ajouté un brin de mimosa séché dans ses emballages ; « une dame l’a gardé dans la poche, et maintenant, à chaque fois qu’on la revoit, elle nous le montre. » Petit à petit, on comprend que cette maraude tire sa générosité du bon vouloir des uns et des autres, grâce à leurs idées. Outre les prestigieux partenaires déjà cités, les dons sont composés d’habits récoltés auprès d’amis, de sucrettes collectionnées dans les cafés, de thé fait chez soi, où l’on ajoute une touche de miel, juste parce que le goût n’en sera que meilleur.
Thanks For Nothing, FOOD & POEMS. Biens culturels et poèmes rédigés par Josiane Asmane pour Les Maraudes, 2024
DR
On s’en rend compte en discutant avec les unes et les autres, la créativité que mettent les bénévoles dans leur mission fait aussi partie du soin qu’elles apportent aux personnes en difficulté. Un bon thé préparé avec différents ingrédients, voilà qui change du mauvais café… Et préparer un bon repas, en décrire avec gourmandise les ingrédients aux bénéficiaires, leur donner le choix (avec ou sans viande, par exemple) n’a rien d’un geste anodin. C’est un peu comme donner un livre : un don choisi, précis.
Voilà donc le supplément d’âme de cette maraude dont la plupart des bénévoles sont artistes ou issus du monde de la culture. Ce jour-là, alors qu’elle inaugure le soir-même son exposition dans l’église Saint-Eustache, la plasticienne Fanny Allié aide elle aussi, conviée par Thanks for Nothing. Gaëlle Porte, directrice des projets, nous explique ici que l’association n’hésite pas à convoquer son propre réseau, comme le galeriste Jérôme Poggi par exemple, pour faire entrer dans la danse différentes sensibilités (et puis, mine de rien, donner des idées, planter une graine : ce reportage nous aura donner envie de revenir, et d’à notre tour mettre la main à la pâte !).
Thanks For Nothing, FOOD & POEMS. Maraude avec Jérôme Poggi, 21 février 2024
Car si, ce matin-là, on a parlé de poésie et de sérigraphie, on a aussi appris qu’il valait mieux donner des petits gels douche d’hôtel que de grosses bouteilles aux sans-abri qui portent leur sac sur leur dos. Qu’un échantillon de parfum sera apprécié, tant il est pénible de voir quelqu’un se lever quand on s’assoit à côté de lui dans le métro. Qu’il faut prévoir des croquettes pour les animaux de compagnie. Qu’on peut prendre le numéro des gens, et revenir la fois suivante avec quelque chose qu’ils auront demandé.
« On ne s’en tient pas à leur souhaiter bon courage », précise Gaëlle Porte. La culture n’apparaît ainsi pas comme une posture, mais comme un petit plus qui peut résonner. « Beaucoup sont musiciens, notamment les personnes issues du continent africain. Au fond, la culture, c’est l’un des seuls bagages qu’ils peuvent emporter partout avec eux. »
Maraudes Food & Poems
Deux mercredis par mois
Si vous souhaitez participer à une maraude, contactez Thanks for Nothing
Si vous souhaitez faire un don pour une maraude, une cagnotte existe sur le site HelloAsso
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