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Reportage

Le Palais de Tokyo inaugure son Hamo, nouveau lieu inclusif et dédié à la médiation

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Publié le , mis à jour le
Installé au cœur du très chic 16e arrondissement de Paris, le Palais de Tokyo est l’un des centres d’art contemporain les plus célèbres au monde, l’un des plus exigeants aussi. Une institution snob, réservée à l’élite ? Pas si l’on en croit sa volonté constamment renouvelée de faire de la médiation culturelle un axe majeur de sa démarche… Au point d’inaugurer, ces 16 et 17 septembre, un espace entièrement dédié à l’exercice. Reportage sur place, où l’on parle aussi santé mentale et neurodiversité.
Hamo au Palais de Tokyo
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Hamo au Palais de Tokyo, 2023

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Photo Rachael Woodson

En ce jeudi 14 septembre, le Hamo est encore en chantier. Éparpillés entre différentes tables en désordre, ses employés s’affairent à la préparation des ateliers qui donneront au public des Journées européennes du patrimoine un aperçu de ses missions. Occupant différents postes tournant autour de la médiation, Aure Bergeret, Blandine Lehec et Marion Buchloh-Kollerbohm découpent en bavardant de petits bouts de matériel récupéré, qui seront bientôt proposés aux mains des visiteurs pour fabriquer des « poissons-chatouilleurs » (un projet pensé par le duo d’artistes invitées Les Femelles du Faisant). Pour le moment, la médiation semble donc plus affaire de plumes roses et de rouleaux de scotch que de grandes phrases… Pourtant, la mission du Hamo est immense.

Déjà, une nouveauté : jusqu’ici, l’entrée dans le Palais de Tokyo était immédiatement payante – à moins qu’on choisisse de ne se rendre qu’à la librairie ou au café. Désormais, le Hamo s’est emparé d’un vaste espace relié au hall d’entrée du centre d’art, où l’on peut circuler librement, zigzaguer entre les structures rondes, modulables et toutes douces (leurs parois sont faites de feutre), pensées par l’agence d’architecture Freaks.

« L’art doit-il vraiment être expliqué ? »

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Hamo au Palais de Tokyo, 2023

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Photo Rachael Woodson

Un espace qui entend être plus « poreux » avec la ville, nous glisse-t-on, lui permettant d’entrer facilement entre les murs du prestigieux centre d’art, et qui veut s’incarner en lieu de vie, avec des tables dotées de prises électriques (toujours utiles à l’ère de l’hyperconnexion !), de sièges et de livres à disposition.

Au mur, en guise d’introduction aux missions du Hamo, plusieurs BD signées Pauline Lecerf expliquent, questionnent et chatouillent un peu l’exercice de la médiation culturelle. Chaque planche répond à une interrogation plus ou moins sérieuse (« La médiation culturelle peut-elle nous empêcher de nous transformer en saucisson ? », « L’art doit-il vraiment être expliqué ? », « Le musée impose-t-il une culture légitime ? »), qui veut ouvrir la réflexion sur le rôle du centre d’art, de ses acteurs, de sa symbolique, de son fonctionnement, de sa réception par le public.

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Hamo au Palais de Tokyo, 2023

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Photo Rachael Woodson

Transformer le centre d’art, lieu d’exclusion sociale (où les amateurs se rendent pour « se distinguer de ceux qui n’y vont pas », selon le sociologue Pierre Bourdieu, cité ici), en lieu d’inclusion.

On y apprend par exemple, que lors d’un sondage réalisé en 2007, 66 % des répondants ont déclaré ne rien comprendre à l’art contemporain ; de quoi laisser songeuses les équipes chargées des publics, et leur donner envie de transformer le centre d’art, lieu d’exclusion sociale (où les amateurs se rendent pour « se distinguer de ceux qui n’y vont pas », selon le sociologue Pierre Bourdieu, cité ici), en lieu d’inclusion. En quelques planches humoristiques, le Hamo plante ainsi mille et une graines, toutes témoignant de sa volonté d’interroger constamment l’accès à l’art et la médiation culturelle, de ne pas envisager cette dernière comme un rapport ascendant entre personnes savantes et public ignorant mais comme un échange, une rencontre, un enrichissement.

S’adapter à tout type de publics en dehors des initiés

Au quotidien, cela se traduit par un agenda d’activités et d’ateliers orchestrés par une équipe de douze chargés de projet et d’une dizaine de médiateurs, qui font régulièrement appel à des intervenants artistes. Ces rendez-vous, autrefois réservés au seul temps d’ouverture des expositions, seront désormais programmés en continu toute l’année. Ils sont ouverts aux particuliers (pour lesquels ils sont payants) et aux groupes de scolaires ou de personnes fragiles (qui viennent gratuitement). Yoann Gourmel, directeur des publics et de la programmation culturelle précise : « Cela fait une dizaine d’années que nous avons commencé à nouer différents partenariats avec des structures du champ social et hospitalier, comme la CAF ou l’hôpital Robert-Debré, avec lesquelles nous co-construisons nos visites et nos ateliers, par exemple au fil de discussions avec les soignants. » Un partage des savoirs précieux pour que le Palais puisse s’adapter à tout type de publics en dehors des traditionnels amoureux d’art : jeunes, précaires, autistes, en situation de handicap physique…

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Hamo au Palais de Tokyo, 2023

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Photo Rachael Woodson

« Ici, on veut prendre la diversité de fonctionnements de nos visiteurs comme une richesse qui permet de nous soigner, nous l’institution. »

Yoann Gourmel

Le Hamo, qui vient tout simplement offrir un espace en dur à ces initiatives de longue date, a également été conçu en suivant les recommandations de ces structures spécialisées au sujet de son architecture, pour s’adapter au mieux à ces différents publics. Bien conscient du fonctionnement validiste du monde (qui favorise les personnes valides, sans handicap), Yoann Gourmel explique qu’« ici, on veut prendre la diversité de fonctionnements de nos visiteurs comme une richesse qui permet de nous soigner, nous l’institution. En tant que lieu de représentation, on doit réfléchir à ce qui constitue la norme et le hors norme. » L’intégration de perceptions différentes apparaît alors comme la possibilité, pour le centre d’art, d’être en mouvement, de repenser ses acquis, ses modes de fonctionnement, d’engager de nouvelles réflexions.

« Travailler avec la neurodiversité »

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Hamo au Palais de Tokyo, 2023

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Photo Rachael Woodson

On reconnaît là la patte de Guillaume Désanges, nouveau directeur de l’institution, qui tâche depuis son arrivée en 2022 de faire de la « permaculture institutionnelle » au cœur du Palais. Il passe nous voir entre deux rendez-vous, juste le temps de nous parler de ce qui lui tient à cœur : « travailler avec la neurodiversité », surtout depuis que la pandémie a bouleversé les âmes et « accéléré la reconnaissance des troubles mentaux et psychiques ». Une façon pour le centre d’art de prendre en compte l’actualité, un peu comme le font ses expositions et événements divers, mais qui ne le transforme pas pour autant en spécialiste de la santé mentale. « Le Palais de Tokyo ne peut aborder ces questions qu’à partir de ses missions, c’est-à-dire à partir du rôle actif de l’art dans le paysage social et culturel. » Formés pour certains à l’art-thérapie, les médiateurs ont ainsi pour mission d’accompagner les publics les plus fragiles, de leur montrer à quel point l’art peut participer à restaurer l’estime de soi. Une ambition qui touche déjà plus de 30 000 bénéficiaires par an, et qui entend s’ouvrir, encore et toujours, à de nouveaux publics.

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Inauguration du Hamo

Ouverture au public les 16 et 17 septembre 2023

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Palais de Tokyo

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