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Artiste à suivre

Solène Rigou : jeux de mains, jeux de crayons

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Publié le , mis à jour le
En écho aux foires de dessin contemporain qui fleurissent en mars, lumière sur Solène Rigou, époustouflante dessinatrice de mains et de corps sans visage.
Solène Rigou produit de petits dessins sur bois au crayon de couleurs, et de grands pastels. Pour tous, l’artiste s’est concentrée sur des mains, tenant un beignet au glaçage rose, deux courges d’un orange gourmand, une pomme façon Blanche Neige, un verre d’eau, une tasse de café…
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Solène Rigou produit de petits dessins sur bois au crayon de couleurs, et de grands pastels. Pour tous, l’artiste s’est concentrée sur des mains, tenant un beignet au glaçage rose, deux courges d’un orange gourmand, une pomme façon Blanche Neige, un verre d’eau, une tasse de café…

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© Simon Lerat pour BeauxArts.com

Une petite rue humide du quartier du Marais. Des camions de livreurs, quelques magasins de vente en gros… Et une vitrine illuminée, largement ouverte sur les dessins de Solène Rigou (née en 1996). On tourne la tête… Éblouissement. On entre. Comme beaucoup – il suffit de demander la liste des prix, qui dès l’ouverture de l’exposition affichait d’insolentes pastilles rouges, tout ou presque étant déjà vendu –, on tombera tout de suite amoureux des œuvres de Solène Rigou. Celles-ci se présentent ici sous deux formats : de petits dessins sur bois, réalisés au crayon de couleurs, et de grands pastels. Pour tous, l’artiste s’est concentrée sur des mains, tenant un beignet au glaçage rose, deux courges d’un orange gourmand, une pomme façon Blanche Neige, un verre d’eau, une tasse de café. Ou juste une main posée, sophistiquée, parfaite, sur une robe à carreaux.

Solène Rigou dans son atelier d’Ivry-sur-Seine
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Solène Rigou dans son atelier d’Ivry-sur-Seine

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© Simon Lerat pour BeauxArts.com

Ses œuvres lui demandent des dizaines d’heures de travail, recroquevillée dans son atelier mal chauffé d’Ivry-sur-Seine.

Ce qui touche au cœur, c’est qu’à travers l’élégance et la beauté lumineuse de ces compositions perce le quotidien. Celui d’une artiste attentive, qui saisit des détails, des instants de grâce, et en capture la sève. « Ce sont des moments de vie, nous explique la jeune femme un matin de mars. Je prends des photos des mains de mes amis, si possible discrètement, sans qu’ils le sachent. Mais bon, maintenant tout le monde sait que je dessine des mains, alors ils prennent des poses exprès ! » Et elle éclate de rire. Solène Rigou est menue, rigolotte, volontiers blagueuse.

60 heures pour une œuvre de petit format

Cette belle énergie, elle la canalise chaque jour qui passe, penchée sur son ouvrage. Ses œuvres lui demandent des dizaines d’heures de travail, recroquevillée dans son atelier mal chauffé d’Ivry-sur-Seine (« comme tous les ateliers d’artistes »). S’il faut compter, et parce qu’on lui « demande tout le temps », elle dira 60 heures pour une œuvre de petit format. Un score d’autant plus bluffant qu’elle travaille sur des chutes de bois récupérées à la menuiserie d’à côté, auxquelles elle aime « redonner de la valeur » pour les transformer en objets précieux.

Solène Rigou donne des cours aux Beaux-Arts de Paris, où elle a fait ses études. Elle enseigne à des amateurs l’art du portrait – un comble pour celle qui ne représente que les mains !, Si dans sa pratique artistique n’apparaissent jamais les visages, c’est parce que Solène souhaite conserver une certaine distance avec ses sujets.
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Solène Rigou donne des cours aux Beaux-Arts de Paris, où elle a fait ses études. Elle enseigne à des amateurs l’art du portrait – un comble pour celle qui ne représente que les mains !, Si dans sa pratique artistique n’apparaissent jamais les visages, c’est parce que Solène souhaite conserver une certaine distance avec ses sujets.

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© Simon Lerat pour BeauxArts.com

C’est en voulant passer au grand format qu’elle s’est décidée à employer du pastel. « Cela me permet de couvrir une plus grande surface, car je peux étaler la poudre. » Mais elle ajoute vite qu’elle et les crayons de couleurs, c’est pour la vie. Même s’ils sont contraignants, même si au contraire du pastel ils ne lui permettent pas d’ajouter une teinte claire sur une couleur foncée. Sur sa table de travail, un iPad constamment allumé lui permet de garder la photographie sous les yeux, et d’y rester fidèle. Quitte à laisser apparents des détails qui, isolés dans l’œuvre, paraissent énigmatiques, mais qui ne l’étaient pas initialement. Tels ces couteaux posés sur une table, un peu menaçants. « On venait de couper une pizza, tout simplement. On ne le voit pas, mais derrière mon ami il restait une croûte, d’ailleurs. » Et sur le torse de celui-ci, une ombre dansante… Celle des boucles de ses cheveux, que Solène a choisi de garder même si, ici, elle prend des allures de flammes ou de tentacules en filigrane. C’est le charme mystérieux de « la partie pour le tout », dit-elle.

Des cours de portrait à des amateurs

« Les mains sont aussi très représentatives des gens auxquels elles appartiennent… » Elles disent leur âge, leur situation sociale, leur sens de l’élégance, leurs grigris…

Tous les samedis, pour mettre du beurre dans les épinards, Solène Rigou donne des cours aux Beaux-Arts de Paris, où elle a fait ses études. Elle enseigne à des amateurs l’art du portrait – un comble pour celle qui ne représente que les mains ! Elle rit, puis sourit : « C’est un sujet que je décortique au fur et à mesure, j’apprends en même temps qu’eux. » Et si dans sa pratique artistique n’apparaissent jamais les visages, c’est parce que Solène souhaite conserver une certaine distance avec ses sujets. Tout en songeant que « les mains sont aussi très représentatives des gens auxquels elles appartiennent… » Elles disent leur âge, leur situation sociale, leur sens de l’élégance, leurs grigris (tel bracelet, telle bague), leur soin d’eux-mêmes. Il est très beau d’imaginer, quand elle l’explique, la lenteur de son processus de travail, qui permet une « révélation » progressive : « Au fur et à mesure, il y a vraiment une apparition. » L’apparition d’une personne, donc.

Celle-ci peut s’avérer un casse-tête absolu lorsqu’il s’agit de représenter un tissu à carreaux. « J’ai eu du mal sur ce dessin (Chalisée, 2023, NDLR) car il fallait que je comprenne le système du motif. Mais maintenant, dans la rue, je regarde les carreaux avec beaucoup plus d’appétence ! » Car quoiqu’elle en dise, Solène Rigou ne s’épargne jamais. Même si elle réfléchit à des moyens d’aller plus vite, plus grand, elle revient toujours à ses mains, à ses tissus froissés, au temps long et à la concentration. Dans la réserve de la galerie C, elle nous montre quelques dessins faits à la pierre noire, toujours concentrés sur des mains – jouant de la trompette, tenant une bouteille de bière dans la pénombre. D’autres visions, une même obsession.

Solène Rigou dans son atelier d’Ivry-sur-Seine
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Solène Rigou dans son atelier d’Ivry-sur-Seine

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© Simon Lerat pour BeauxArts.com

Solène a toujours dessiné. Fille de parents « dans l’audiovisuel », elle a grandi à Paris, dans le 13ème arrondissement, avec un frère aussi créatif qu’elle. Avec lui, elle participait à des concours de dessin du festival d’Angoulême : « j’ai eu le prix régional, lui le prix national. » Très tôt, elle sait qu’elle deviendra artiste, entre dans un lycée d’arts appliqués, puis aux Beaux-Arts, dans l’atelier de Jean-Michel Alberola (elle expose actuellement avec lui et ses anciens étudiants à la Corderie royale de Rochefort). En 2019, elle gagne le prix de dessin contemporain de l’école, et en 2020, intègre son atelier collectif d’Ivry-sur-Seine.

C’est en voulant passer au grand format que Solène Rigou s’est décidée à employer du pastel. « Cela me permet de couvrir une plus grande surface, car je peux étaler la poudre. »
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C’est en voulant passer au grand format que Solène Rigou s’est décidée à employer du pastel. « Cela me permet de couvrir une plus grande surface, car je peux étaler la poudre. »

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© Simon Lerat pour BeauxArts.com

Un parcours en ligne droite ? Ce serait oublier de dire que Solène fait depuis toujours de la danse, qu’elle aime aussi la musique et s’est mis à la clarinette il y a peu de temps, et qu’elle a connu l’émerveillement d’apprendre une comptine Klezmer dès ses premières semaines d’apprentissage. D’ailleurs, dans la galerie, une dernière œuvre dénote : un veston de cuir sur lequel Solène a accroché des dizaines de petits bijoux faits maison, façonnés par elle comme de petits talismans. Un corail piqué à une peinture de Petrus Christus, une coquille Saint-Jacques en souvenir d’un voyage à Pampelune, une petite main synonyme d’une journée de travail. « Ce sont des choses qui m’obsèdent, des formes avec lesquelles j’ai envie de vivre. » Tous les jours, elle en accroche une ou plusieurs sur elle, à la ceinture de son jean, par exemple. Décidément, chez Solène Rigou, tout est affaire de détails.

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Ses actus

Retrouvez Solène Rigou au salon Drawing Now sur le stand de la galerie C

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Drawing Now Art Fair 2023

Du 23 mars 2023 au 26 mars 2023

www.drawingnowartfair.com

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Pierre Loti. Arpenter l'intervalle

Du 11 février 2023 au 7 janvier 2024

www.corderie-royale.com

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Habiter l'ordinaire

Du 9 mars 2023 au 15 avril 2023

www.galeriec.ch

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