Si au Brésil, son pays natal, Tarsila do Amaral (1886–1973) est considérée comme une artiste incontournable de la scène culturelle, elle est en revanche très peu – voire pas du tout – connue en France. Un comble pour cette peintre qui a pourtant fait ses armes sur les bancs de l’honorable Académie Julian avant de fréquenter tout le gratin des avant-gardes parisiennes ! Le musée du Luxembourg à Paris lui rend justice en lui consacrant, jusqu’au 2 février, sa première rétrospective française, plus de 50 ans après sa disparition…
Si la capitale française l’a éveillée à la modernité, c’est bien au Brésil que Tarsila do Amaral s’est imposée comme l’une des peintres les plus influentes de sa génération, d’abord en cofondant en 1922 le groupe des Cinq, qui réunit d’autres artistes d’avant-garde comme elle, puis en œuvrant à une profonde révolution des arts dans son pays. Celle qui s’est familiarisée, auprès d’André Lhote et d’Albert Gleizes, au cubisme réinvente alors sur la toile les paysages brésiliens à grand renfort de formes simplifiées et de couleurs chatoyantes.
Après avoir cofondé le mouvement Pau-Brasil avec son mari, l’essayiste Oswald de Andrade, Tarsila do Amaral initie en 1928, toujours avec ce dernier, le mouvement anthropophage, inspiré métaphoriquement du cannibalisme rituel du peuple autochtone tupi. Il s’agit alors pour les artistes de se « nourrir » des styles européens pour mieux s’en affranchir et ainsi affirmer l’identité d’un « art brésilien ».
Toutefois, le krach de 1929 et l’instabilité politique au Brésil fragilisent la carrière de Tarsila do Amaral qui, issue d’une famille de riches producteurs de café, vivait jusque-là sur ses rentes. Brièvement emprisonnée en 1932 en raison de ses sympathies communistes, elle se tourne vers un style réaliste socialiste, qu’elle finit par abandonner dans les années 1950. Malgré son succès (elle représente le Brésil aux prestigieuses biennales de São Paulo et de Venise), elle décède en 1973 dans la solitude sans laisser d’héritier direct. Près de 50 ans plus tard au musée du Luxembourg, sa peinture révolutionnaire redonne des couleurs au morne hiver parisien !
Texte : Inès Boittiaux
Tarsila do Amaral. Peindre le Brésil moderne
Du 9 octobre 2024 au 2 février 2025
Musée du Luxembourg • 19, rue de Vaugirard • 75006 Paris
museeduluxembourg.fr
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