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William Bouguereau, Dante et Virgile, 1850
Huile sur toile • 280,5 x 225,3 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Jean-François Millet, L’Angélus, 1857 et 1859
Le plus recueilli
Debout dans un champ de pommes de terre, un couple de paysans a posé ses outils pour prier la Vierge Marie à la tombée du jour. C’est la prière de l’Angélus, qu’on imagine sonnée au loin par le clocher de l’église qui apparaît à l’horizon. Le réalisme de cette scène située dans la plaine de la Bière, en Île-de-France, impressionne autant que la délicatesse du moment capturé, tant dans les poses des personnages que dans la façon qu’a le peintre de représenter les lueurs mordorées du crépuscule qui se déposent sur les sillons. Une toile audacieuse à une époque où les travailleurs de la terre et leur quotidien ne sont pas considérés comme dignes d’être peints !
Huile sur toile • 55,5 x 66 cm. • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Edouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863
Le plus moqué
Cette scène de pique-nique peinte par Édouard Manet (1832–1883) a déclenché un tonnerre de rires et d’exclamations outrées au « Salon des Refusés », où elle fut exposée après son rejet du Salon de 1863. Les causes du scandale ? La trivialité du sujet (auquel le public, nourri aux sujets religieux, historiques ou mythologiques, n’était pas encore habitué), la présence surréaliste et obscène (pour cette société très prude) d’une femme nue au milieu d’hommes habillés, et la modernité de sa facture : des contrastes brutaux d’ombre et de lumière, de simples aplats de couleur parfois apposés lestement, et un décor dans lequel les personnages se découpent comme dans un collage. L’emblème du début de la remise en cause des conventions picturales au XIXe siècle !
Huile sur toile • 207 x 265 cm • Musée d'Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Benoît Touchard, Mathieu Rabeau
Gustave Courbet, L’Origine du monde, 1866
Le plus osé
C’est l’une des toiles les plus sulfureuses du musée… et de l’histoire de l’art ! Sans doute commandé par le diplomate turco-égyptien Khalil-Bey, puis acquis par le psychanalyste Jacques Lacan, ce tableau audacieux de Gustave Courbet (1819–1877) représente un sexe féminin en gros plan avec un réalisme quasi-photographique, sans pudeur ni artifice de séduction, avec sa toison pubienne. Ce qui, à l’époque, hérissait le public habitué aux pubis lisses et glabres des Vénus académiques : jamais l’anatomie d’une femme réelle n’avait été représentée aussi crûment ! Un monument de l’histoire du réalisme.
Huile sur toile • 46,3 x 55,4 cm • Musée d'Orsay • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Hervé Lewandowski
Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875
Le plus réaliste
En dépeignant ces raboteurs de parquet dans un appartement haussmannien, Gustave Caillebotte (1848–1894) innove en signant l’une des toutes premières représentations du prolétariat urbain. S’il porte les traces de la formation académique de son auteur, ce tableau interpelle par son réalisme novateur et son cadrage photographique, ainsi que par son superbe effet de contre-jour qui met en valeur les silhouettes des travailleurs et les copeaux de bois. Son sujet étant jugé « trop vulgaire » par le jury, la toile est refusée au Salon de 1875. Ce qui décide Caillebotte à rejoindre le groupe des impressionnistes !
Huile sur toile • 102 x 147 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Auguste Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876
Le plus léger
Ce joyeux instantané de vie parisienne est l’un des chefs-d’œuvre d’Auguste Renoir (1841–1919). Et des débuts de l’impressionnisme, dont elle concentre les principes, révolutionnaires pour l’époque : un sujet du quotidien saisi en plein air, avec une attention particulière portée aux effets de lumière et d’atmosphère. La scène se déroule à Paris, un dimanche, dans une guinguette située sur la butte Montmartre, entre deux moulins à vent. Des artistes et modèles habitués du lieu y dansent, discutent, fument et boivent. Le peintre saisit la façon dont la lumière traverse le feuillage, mouchetant le tableau de taches claires qui plongent l’ensemble dans un flou très doux. En accord avec la légèreté de ce moment suspendu !
Huile sur toile • 131,5 x 176,5 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Auguste Rodin, Porte de l’Enfer, 1880 - 1917
Le plus foisonnant
D’une expressivité inouïe, ce chef-d’œuvre du sculpteur Auguste Rodin (1840–1917) (dont cette version en plâtre de 1917 occupe depuis mai une place d’honneur sous la nef du musée) est un manifeste de son style révolutionnaire. Suite à une commande pour un futur musée des Arts décoratifs, qui devait être érigé à l’emplacement du musée d’Orsay (projet finalement annulé en 1889), l’artiste, pris dans une furieuse spirale créatrice, n’a jamais lâché cette Porte de l’Enfer de quatre mètres de large et six mètres de haut, double inversé en bronze de la Porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti (1425–1452). Inspiré par Dante, Michel-Ange et Baudelaire, Rodin n’a cessé de l’étoffer et de la recomposer en l’animant de plus de 200 figures et groupes sculptés, qui semblent parfois vouloir s’arracher de sa surface, lui donnant un aspect vivant et fourmillant. Certains, comme Le Penseur et Le Baiser, en ont même été extraits pour devenir des œuvres cultes!
Haut-relief en plâtre • 635 (hauteur totale) x 400 x 94 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Sophie Crépy
Paul Cézanne, Les Joueurs de cartes, 1890 - 1895
Le plus brut
Dans des tons terreux empruntés aux scènes de genre hollandaises, Cézanne (1839–1906) reprend ici un thème prisé au XVIIe siècle : la partie de cartes. Mais les volumes massifs des silhouettes de ces deux paysans provençaux, d’une simplicité brute qui exprime parfaitement la solidité de leur affrontement, rappellent les figures compactes des arts premiers. En avance sur son temps, l’artiste voyait souvent ses œuvres refusées au Salon, mais s’impose aujourd’hui comme un précurseur du cubisme, des années avant que Picasso ne lance le mouvement en 1907 !
Huile sur toile • 47 x 56,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Vincent Van Gogh, Portrait de l’artiste, 1889
Le plus halluciné
Sa Chambre à Arles, sa Nuit étoilée, l’Église d’Auvers-sur-Oise… Le musée d’Orsay est une mine d’or pour les inconditionnels de Vincent Van Gogh (1853–1890). Parmi les pièces maîtresses du peintre qui y sont exposées, figure cet autoportrait mythique. Dominée par des tons vibrants de bleu turquoise et de vert absinthe qui font ressortir la barbe et la chevelure rousse du peintre au visage émacié, la toile est animée par ses fameuses touches ondulées, hallucinatoires. Le regard concentré et interrogateur de l’artiste (qui s’est représenté lui-même plus de 43 fois) nous révèle toute l’importance qu’il accordait aux autoportraits en tant qu’exercices de style et d’introspection.
Huile sur toile • 65 x 54,2 cm • Musée d'Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Georges Seurat, Le Cirque, 1891
Le plus festif
Une danseuse en tutu jaune vole presque sous un chapiteau de cirque, en équilibre sur le dos d’un cheval au galop, entourée de clowns et d’acrobates ! Manifeste du divisionnisme, dit pointillisme – un courant néo-impressionniste consistant à juxtaposer savamment de petites miettes de couleur pure afin que le mélange se fasse dans l’œil du spectateur (une méthode s’appuyant sur de sérieux traités scientifiques) –, cette scène de près de deux mètres de haut met en joie quiconque la regarde grâce au mouvement et aux vibrations de couleur qui l’animent. Une véritable fête !
Huile sur toile • 186 x 152 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Paul Gauguin, Arearea dit aussi Joyeusetés, 1892
La plus exotique
Voici l’une des plus belles peintures réalisées par Paul Gauguin (1848–1903) lors de ses séjours à Tahiti, où il se rend une première fois en avril 1891 avant de s’y installer pour toujours dans une simple paillote. Deux femmes, un arbre, un chien rouge et, au loin, des personnages féminins rendant un culte à une statue maorie : la scène, simple et apaisante, se présente comme une imbrication de plages et de formes décoratives aux couleurs vives. L’artiste dépeint un paradis onirique, harmonieux et mélancolique. Mais la toile est moquée lors de son exposition à Paris en 1893. La considérant lui-même comme l’une de ses meilleures, Gauguin la rachète en 1895 avant de repartir définitivement pour la Polynésie.
Huile sur toile • 74,5 x 93,5 cm • Musée d'Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Félix Vallotton, Le Ballon, 1899
Le plus graphique
Dans un jardin public, une petite fille court après un ballon rouge. La surface uniforme de l’allée, représentée par une vaste plage ocre clair, délimitée par une courbe qui suit la trajectoire de la fillette, contraste avec la végétation sombre qui occupe l’autre moitié du tableau, où se tiennent deux petits personnages féminins. Découpé comme l’élément d’un décor de théâtre, le feuillage et les ombres qu’il projette au sol fonctionnent comme des motifs décoratifs. Il s’agit de l’œuvre la plus connue du peintre suisse Félix Vallotton (1865–1925), proche des Nabis. Audacieuse et graphique, cette composition révolutionnaire – une perspective plongeante, bien avant l’invention des drones ! – exprime un sentiment de liberté et de sérénité, teinté d’une pointe d’étrangeté…
Huile sur carton marouflé sur bois • 49,2 x 62 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Claude Monet, Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard, 1904
Le plus féérique
Des meules de foin aux fameux coquelicots, le musée d’Orsay recèle de nombreux chefs-d’œuvre de Claude Monet (1840–1926)… dont cette vue enchanteresse du Parlement de Londres. Depuis une terrasse située au bord de la Tamise, le célèbre père de l’impressionnisme, fidèle à sa méthode de travail en série et à ses vues saisies en plein air par touches vives, a observé ce monument par tous les temps et à tous les moments de la journée pour capturer la façon dont les effets d’atmosphère et de lumière agissent et modifient notre perception. Le bâtiment, dilué dans un brouillard irisé, n’est plus qu’une silhouette bleutée, irréelle, tandis que des papillotements de rose et d’orangé font vibrer le ciel et la surface de l’eau… Magique !
Huile sur toile • 81,5 x 92,5 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Henri Rousseau, La Charmeuse de serpents, 1907
Le plus mystérieux
En tant qu’artiste « naïf », qui n’avait cure des règles régissant le dessin et l’utilisation de la couleur, Henri Rousseau (1844–1910) fut cruellement moqué de son vivant. Pourtant, cette mystérieuse et inquiétante charmeuse de serpents, qui joue de la flûte dans une jungle imaginaire nimbée par la lueur pâle et irréelle de la pleine lune, est une fantastique invitation au rêve. Inspiré par des livres illustrés et ses visites au Jardin des Plantes, le peintre détaille soigneusement chaque feuille de ce paysage inventé. Dans un sublime camaïeu de verts, les silhouettes sombres des serpents ondulent comme des points d’interrogation… Surréaliste avant l’heure !
Huile sur toile • 167 x 189,5 cm • Musée d'Orsay, Paris • © DR
Edgar Degas, Petite danseuse de quatorze ans, entre 1921 et 1931
Le plus incompris
Célèbre pour ses peintures et ses pastels représentant des petits rats de l’opéra, l’artiste Edgar Degas (1834–1917) a aussi réalisé au moins 150 sculptures, parmi lesquelles cette danseuse de quatorze ans, dont il présenta une version en cire à l’exposition impressionniste de 1881. Celle-ci en est une réplique réalisée en bronze après sa mort. L’œuvre surprend par son souci de réalisme (la jeune fille porte un vrai tutu en tulle et un ruban véritable noué dans ses cheveux) ainsi que par le naturel du modèle, qui pose les mains derrière le dos et le nez en l’air. Malheureusement considérée en son temps comme une prostituée débutante aux traits simiesques, représentée par un artiste vicieux, cette ballerine apparaît au contraire touchante aux yeux des spectateurs contemporains, qui ne se lassent pas de l’admirer !
Statue en bronze patiné, tutu en tulle, ruban de satin, socle en bois • 98 x 35,2 x 24,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
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Le plus brûlant
Hanté par un monstre ailé qui s’avance dans le ciel rougeoyant, ce tableau spectaculaire du peintre académique William Bouguereau (1825–1905) s’inspire d’un épisode de L’Enfer du poète italien Dante. Ce dernier, accompagné de Virgile, y assiste au combat féroce de deux damnés : un alchimiste hérétique, mordu au cou par un usurpateur d’héritage ! Afin de provoquer un sentiment d’horreur, le peintre accentue à l’extrême les postures de ces deux hommes nus, faisant saillir chaque muscle et nerf pour mieux retranscrire leur lutte furieuse… signant ainsi, plus ou moins consciemment, l’une des visions homoérotiques les plus célèbres de l’histoire de l’art !