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Andy Warhol, Chris Evert, 1978
polymères synthétiques et encre sérigraphique sur toile • 101, 6 x 101,6 cm • Coll. particulière • © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris / Photo Christie's Images / Bridgeman Images
Il n’est pas rare que les athlètes servent de modèles. Surnommé « le peintre de Roland-Garros », Joël Blanc se rend chaque année au tournoi français représenter les champions en pleine action. Ses aquarelles envahissent ensuite les murs du restaurant Le Murat, institution de la porte d’Auteuil. L’artiste américain Gary Komarin aime tellement le tennis – il s’entraîne pratiquement tous les jours – qu’il l’inclut dans son travail, abordant le court comme une toile vierge, et vice versa. La réciproque est vraie : certains joueurs peignent. C’est le cas de Serena Williams, de Chris Evert ou encore de Marion Bartoli. D’autres, tels que John McEnroe, Andy Murray ou Ivan Lendl investissent dans l’art.
Cette relation entre le tennis et l’art n’est pas nouvelle. Déjà dans l’Antiquité, sportifs, comédiens et musiciens s’affrontaient dans des concours d’excellence, récompensant tant les traits d’esprit que les prouesses physiques. Conformément à ce modèle, cinq disciplines, de l’architecture à la littérature en passant par la sculpture, la peinture et la musique, rejoignent le programme des Jeux olympiques en 1906. L’idée est de Pierre de Coubertin, père de la manifestation en question, peintre amateur formé par un élève de David, et se concrétise en 1912, durant la Ve Olympiade de Stockholm.
Joël Blanc, Roland Garros 2019 : match Nadal/Nishikori, 2019
aquarelle et crayon sur papier • Coll. particulière • © Joël Blanc
Jusqu’en 1948, des médailles d’or, d’argent et de bronze se voient ainsi décernées à des œuvres d’art inspirées par le sport. Parmi les candidats et lauréats, on retrouve quelques champions, jugés par de grands noms, tels Jean Boucher, Émile Antoine Bourdelle, Aristide Maillol ou encore John Singer Sargent. L’année suivante, le Comité international olympique propose de remplacer ces concours par des expositions. Une décision officialisée en 1954, et justifiée par la médiocrité de certaines œuvres en lice.
Quelques tenniswomen célèbres se sont essayées à la peinture, avec plus ou moins de zèle. À commencer par l’Américaine Helen Wills, qui aurait soit dit en passant inspiré la figure centrale d’une fresque de Diego Rivera, une allégorie de la Californie. La plupart de ses autoportraits au crayon et au fusain reposent actuellement dans les réserves du musée de Wimbledon. Quant à Chris Evert, son portrait par Andy Warhol s’avère l’une des pièces maîtresses du musée de la Fédération française de tennis. La droitière au revers d’acier aurait été sollicitée, il y a quelques années, pour former un duo avec l’artiste slovaque Juraj Kralik. C’est pourtant Martina Navrátilová qui a répondu à cet appel.
Diego Rivera, Allégorie de la Californie, 1930–1931
fresque • Coll. The City Club, Stock Exchange Tower, San Francisco • © Detroit Institute of Arts / Bridgeman Images
« J’ai toujours eu besoin de créer. J’amenais des pinceaux et de la peinture dans les vestiaires. La veille de ma finale à Wimbledon, j’ai peint pendant quatre heures. »
Il était d’abord question que la championne tchéco-américaine passe quatre ans à viser une soixantaine de toiles vierges avec des balles enduites de couleurs – technique qu’elle a elle-même baptisée « tennising », en référence au « dripping » de Jackson Pollock. Cette collaboration de huit ans a finalement donné naissance à plus de 300 pièces de 1 700 à 14 380 livres. « Moi qui cherchais quelque chose de nouveau [depuis sa retraite, en 2006, NDLR], je ne suis pas déçue », dixit la reconvertie. « De toutes mes productions, Way of My Life est ma favorite. Elle représente deux cercles formés par des impacts de balles multicolores, qui symbolisent la trajectoire de ma propre carrière. »
Pour Marion Bartoli, il n’y a qu’un pas entre peinture et design. « J’ai toujours eu besoin de créer. J’amenais des pinceaux et de la peinture dans les vestiaires. La veille de ma finale à Wimbledon, j’ai peint pendant quatre heures. Ça me permettait de me déstresser, de me relaxer. » De même, Serena Williams, qui renie régulièrement sa vocation tennistique, s’illustre dans plusieurs domaines esthétiques, de la mode à la peinture sur ongles. C’est durant un stage entrepris à Paris, en 2013, qu’elle signe Xpressions, une toile « aux accents vangoghiens ». Dans son salon, décoré par l’agence de design de sa sœur Venus, cohabitent des œuvres de Kaws, Radcliffe Bailey et Lucio Fontana.
Maggi Hambling, Sir Andy Murray, 2019
huile sur toile • Coll. National Portrait gallery, Londres • © Maggi Hambling / Courtesy NPG, Londres
Nul besoin de le pratiquer pour trouver dans l’art un exutoire. Depuis qu’il a posé pour elle, en 2019 (le portrait appartient à la National Gallery de Londres), Andy Murray soutient activement le travail de l’artiste britannique Maggi Hambling. Milos Raonic ne manque jamais une occasion de visiter un musée, que ce soit la National Gallery de Victoria, à la rencontre des installations d’Ai Weiwei, la Queensland Gallery of Modern Art, à la chasse aux petits pois de Yayoi Kusama ou l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, à la découverte des icônes russes…
Georges de la Tour, Le tricheur à l’as de carreau, 1635–1640
huile sur toile • 106 × 146 cm • Coll. Musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
« J’en ai besoin entre deux matches (…) pour penser à autre chose. Autrement, gagner le jour suivant devient une idée fixe. » Rien d’étonnant, donc, à ce que l’athlète canadien apprécie les sérigraphies d’Andy Warhol, dont le caractère itératif, soit obsessionnel, ne se dément pas. Au-delà de sa participation à trois tournois du Grand Chelem – hormis l’Open d’Australie –, Pierre-Henri Landry est connu pour avoir cédé au Louvre un tableau de Georges de La Tour, le fameux Tricheur à l’as de carreau, en 1972.
De son côté, Ivan Lendl montre autant de rigueur dans son entraînement physique que dans ses ambitions artistiques. Titulaire de 94 titres en simple sur le circuit ATP, la star du tennis tchèque possède 116 des 119 originaux d’Alfons Mucha, affichiste phare de l’Art nouveau. Sa collection, la plus importante du monde, a fait l’objet d’une exposition à la Maison municipale de Prague, en 2013. Enfin, John McEnroe est allé encore plus loin, en ouvrant une galerie au cœur de SoHo, en 1993. Celle-ci n’était accessible que sur rendez-vous, pour dissuader ses fans de venir réclamer un autographe.
Vue de l’exposition Guston – Basquiat – Komarin dans la galerie de John McEnroe, New York
© Photo Gary Komarin
« Je veux essayer d’aider les artistes, surtout les jeunes talents émergents, dont je comprends, en tant qu’ancien champion, le besoin de solitude, et la peur de l’échec », explique celui que l’on surnommait Johnny le Rouge. Sa toute première toile provient de la Louis K. Meisel Gallery. Il s’agit d’un tableau réaliste d’Audrey Flack. « J’ai ensuite acquis un Renoir de seconde main que j’ai gardé pendant cinq ans. » Sans compter un Picasso, quelques Basquiat… « John n’écoute que ses émotions », confirme son ami Larry Gagosian. N’est-ce pas le propre de l’esthète ?
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