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Petit tour de France des joyaux de l’Art nouveau

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Publié le , mis à jour le
Cap sur l’Art nouveau et ses courbes envoûtantes, qui se sont déployées de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle sur d’impressionnantes façades, dans les intérieurs de grands restaurants et au sein de riches demeures particulières. So chic !

1. Visite gourmande dans les brasseries parisiennes

Au numéro 142 du boulevard Saint-Germain, une fine devanture et un auvent turquoise contemporains ne laissent rien deviner du patrimoine exceptionnel qui s’y cache… Mais dès la porte passée, l’extravagance du décor de la brasserie Vagenende se savoure à la loupe : ouvert en 1905 (il portait alors le célèbre nom de Bouillon Chartier, qui a ensuite essaimé dans Paris) et restauré en 2011, l’endroit entoure ses tables en enfilades d’immenses miroirs encadrés de fines boiseries de style nouille, petit nom affectueux de l’Art nouveau, ainsi que de frises de fruits colorées et de coquets paysages peints. Autres classiques du genre : le restaurant Maxim’s et son musée de l’Art nouveau (hors de prix tous les deux), le Bouillon Julien (adresse très abordable du 10e arrondissement, avec de beaux plafonds lumineux), le chic mais accessible Bouillon Racine au cœur du Quartier latin ou encore La Belle Époque, à deux pas de l’Opéra Garnier. Bon appétit.

La Brasserie Julien à Paris
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La Brasserie Julien à Paris

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© Brasserie Julien

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Brasserie Vagenende

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Maxim's

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Bouillon Julien

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La Belle Époque

2. Éblouissante villa Lumière à Lyon

« Mon père avait la maladie de la pierre invétérée » : la phrase est d’Auguste Lumière (1862–1954), inventeur du cinématographe et fils d’Antoine Lumière (1840–1911), photographe et homme d’affaires – surtout, un homme formidablement dépensier en matière de villas et de palais, achetés ou construits à La Ciotat, à Évian-les-Bains, au Cap-d’Ail… et à Lyon, bien sûr, à deux pas de leurs usines. Ex-demeure familiale, le chef-d’œuvre colossal accueille aujourd’hui le musée Lumière, dédié à l’histoire étonnante de cette famille de visionnaires. Le bâtiment a été commandé par le père aux architectes Paul Boucher et Charles-Joseph Alex d’après des plans qu’il avait lui-même dessinés, et a été construit entre 1899 et 1902. Les lignes de l’Art nouveau s’invitent notamment sur les vitres ouvragées des immenses verrières, sur les frises en céramique et sur les cheminées aux motifs floraux. On notera l’élégance du parquet en marqueterie de la salle à manger et l’étonnante modernité de la maison, qui possédait un ascenseur, le téléphone et le chauffage central, sans compter les nombreuses salles de bain. Luxe, confort et volupté !

Intérieur de la Villa Lumière à Lyon
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Intérieur de la Villa Lumière à Lyon

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© Institut Lumière

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Villa Lumière

3. Chanter tout l’été dans la brasserie La Cigale à Nantes

Inaugurée en 1895, cantine d’André Breton et de Jacques Prévert, lieu du tournage du Lola (1961) de Jacques Demy, la brasserie La Cigale a une histoire aussi riche que son décor. Celui-ci, ultra chargé, est signé Émile Libaudière (1853–1923), architecte et céramiste nantais qui s’est entouré pour l’occasion du sculpteur Émile Gaucher (1858–1909) et du peintre Georges Levreau (1867–1930). Frises florales, cigales en robes blanches, buffets ouvragés – nul détail qui ne soit orné, sculpté, émaillé. Idéalement placée sur la célèbre place Graslin à Nantes, l’adresse accueille les bourses bien dotées sous d’insolents palmiers qui ajoutent une touche de superbe à l’ensemble…

Intérieur de la Brasserie La Cigale à Nantes
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Intérieur de la Brasserie La Cigale à Nantes

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© Brasserie La Cigale

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Brasserie La Cigale

4. Beauté retrouvée de la villa Majorelle à Nancy

Commandée par l’ébéniste Louis Majorelle (1859–1926), co-fondateur de l’École de Nancy, pour en faire sa maison familiale, la villa éponyme est une œuvre collective, image fidèle de l’émulation de l’Art nouveau nancéen qui voyait les disciplines dialoguer joyeusement à la fin du XIXe siècle. L’architecture est signée par un jeune homme de 26 ans, Henri Sauvage (1873–1932), en collaboration avec un auteur confirmé, Louis Weissenburger (1860–1929). C’est Louis Majorelle lui-même qui conçoit l’escalier aux formes douces, et le maître-verrier Jacques Gruber (1870–1936) qui l’orne d’un vitrail à la poésie végétale, verte et rose. Majorelle signe également le mobilier et s’inspire de libellules, de pommes de pin, de fleurs et de feuilles pour peupler cet intérieur prodigieux, qu’il habitera jusqu’à sa mort et qui vient tout juste de sortir de quatre années de restauration. Un petit saut au musée de l’École de Nancy s’impose pour poursuivre ce délicieux voyage dans le temps.

Salle à manger, cheminée d’Alexandre Bigot, Villa Majorelle, Nancy
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Salle à manger, cheminée d’Alexandre Bigot, Villa Majorelle, Nancy

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Villa Majorelle, Nancy / © MEN - Photo de Siméon Leveillant

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Villa Majorelle

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Musée de l’École de Nancy

5. Avec Hector Guimard en personne au Castel Béranger à Paris

Bien sûr, il y a les édicules d’accès au métro parisien, œuvres incontournables et accessibles à tous pensées par Hector Guimard (1867–1942) au tout début du XXe siècle (rendez-vous par exemple, aux arrêts Châtelet, Denfert-Rochereau et Père-Lachaise). Mais il y a aussi le Castel Béranger, immeuble de trente-six logements installé dans le 16arrondissement de Paris depuis 1898. Il est la première œuvre Art nouveau de Guimard, l’architecte venant tout juste de faire la connaissance du Belge Victor Horta (ce dernier a fait de Bruxelles la capitale incontestée de l’Art nouveau !) : l’immeuble a tout d’un manifeste puisque Guimard s’est pris au jeu de l’œuvre totale et a choisi de tout dessiner lui-même, de la structure au mobilier en passant par la décoration intérieure, la vitrerie et les sols. On observera notamment la folie douce des éléments en fer forgé (balcons, portail), peuplés de courbes « coup de fouet » et de créatures hybrides… Non loin et du même auteur, ne manquez pas l’hôtel Guimard au 122 avenue Mozart et l’hôtel Mezzara au 60 rue Jean de La Fontaine.

Le Castel Béranger à Paris, construit par l’architecte Hector Guimard entre 1895 et 1898 pour la veuve Fournier
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Le Castel Béranger à Paris, construit par l’architecte Hector Guimard entre 1895 et 1898 pour la veuve Fournier

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Castel Beranger, Paris / © Photo de gauche par Étienne Taburet / © Photo de droite par Bertrand Riger / Hemis

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Castel Béranger

6. La villa Demoiselle à Reims, où dialoguent l’Art nouveau et l’Art déco

Construite dans la période de transition entre les courbes sensuelles de l’Art nouveau et les formes géométriques de l’Art déco – c’est-à-dire entre 1904 et 1908 –, la villa Demoiselle, signée par l’architecte Louis Sorel (1880–1943), est remarquable à bien des égards. L’extérieur est construit avec sobriété selon les tout nouveaux préceptes de l’Art déco, sur une structure en béton – un choix particulièrement précoce, qui protégea, des années plus tard, la villa du souffle des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. L’intérieur déploie quant à lui toute la richesse de l’Art nouveau, grâce à la collaboration du célèbre ébéniste et maître-verrier Émile Gallé (1846–1904) et, probablement, de Louis Majorelle. La richesse décorative des cheminées, des encadrements de miroirs et des vitraux est aujourd’hui visible grâce à une importante restauration entreprise par la famille Vranken, propriétaire de la maison de champagne Pommery dont le domaine, qui accueille régulièrement d’excellentes expositions d’art contemporain, se visite de l’autre côté du boulevard. Étourdissant !

La Villa Demoiselle à Reims
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La Villa Demoiselle à Reims

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La Villa Demoiselle, Reims / © C. Manquillet, Coll. ADT/ © Bertrand Rigier / Hemis

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Villa Demoiselle

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