Thomas Nast, Saint Nicolas dans son traîneau publié dans “Harper’s Weekly magazine”, 1862
© RTRO / Alamy / hémis
Il était une fois des immigrés hollandais qui, en débarquant en Amérique au XVIIIe siècle pour fuir des persécutions religieuses, apportèrent dans leurs bagages la légende de saint Nicolas. Protecteur des enfants et faiseur de miracle, cet évêque de Myre qui vécut au IVe siècle, dans l’actuelle Turquie, et que l’on fête encore de nos jours le 6 décembre, est très populaire.
À Nieuw Amsterdam, future New York, « Sinterklaas » (en néerlandais) va devenir « Santa Claus ». Durant la Guerre d’indépendance américaine (1775–1783), visant à s’émanciper de l’Empire britannique, Santa Claus est érigé en symbole contre les Anglais et la monarchie, très attachés à célébrer Noël.
Thomas Nast, Merry Old Santa Claus publié dans « Harper’s Weekly magazine » », 1881
The History Collection / Alamy / hémis
C’est là que la magie de la littérature s’en mêle. D’abord sous la plume de l’écrivain Washington Irving qui publie en 1809 une Histoire de New York où ce Santa Claus tient un rôle clé. À la fin de l’histoire, il promet de revenir chaque année avec son char céleste pour livrer des cadeaux aux enfants en passant par la cheminée — tiens, tiens.
Quelques années plus tard, en décembre 1823, Clement Clark Moore, professeur à New York, rédige pour le journal The Sentinel, un poème intitulé La Nuit avant Noël. Destinée à l’origine à ses propres enfants, cette prose fera date ! On y découvre, pour la première fois, un personnage inédit, doté d’un caractère jovial, les joues rubicondes.
Thomas Nast, Autoportrait. « Continue That I Broached In Jest » dans Harpers Weekly Magazine, 24 juin 1876
Le père Noël existe ! Reste à figer son apparence. Souhait exaucé par le caricaturiste Thomas Nast (1840–1902). Son nom ne vous dit peut-être rien mais aux États-Unis, ce natif de Bavière est considéré comme le père du dessin humoristique (cartoon). Thomas Nast est une sorte d’Honoré Daumier, pourfendeur des travers politiques, notamment pour avoir fait des républicains un troupeau d’éléphants et des démocrates, des ânes ! On lui doit aussi la populaire figure de l’Oncle Sam.
La métamorphose s’achève avec le passage à la couleur. À la fin du XIXe siècle, lorsque les premières cartes postales montrant le père Noël sont éditées, apparaît le célèbre costume rouge…
Curieusement, de 1862 à 1886, c’est ce dessinateur engagé qui va parfaire la légende du père Noël. Au magazine Harper’s Weekly, Thomas Nast offre au total trente-trois dessins qui, au fil des années, donnent chair à Santa Claus. Sur les premières planches, le caricaturiste l’érige en héros de l’Union anti-esclavagiste (Nordistes) durant la guerre de Sécession, colportant les couleurs du drapeau américain ou des cadeaux aux soldats unionistes. Nous sommes alors encore loin du type bonhomme !
Publicité pour Coca-Cola dans les années 1940
© Stefano Bianchetti / Bridgeman Images
Thomas Nast lui donne de l’embonpoint, lui fait pousser la barbe et ajoute un peu de fourrure. Parfois, le caricaturiste se met même en scène, ainsi que ses propres enfants, dans la maison familiale du New Jersey. En décembre 1884, alliant tradition et modernité, Thomas Nast affuble Santa Claus d’une pipe dans une main et, dans l’autre, d’un téléphone, nouvelle invention de l’époque !
La métamorphose s’achève avec le passage à la couleur [ill. plus haut]. À la fin du XIXe siècle, lorsque les premières cartes postales montrant le père Noël sont éditées, apparaît le célèbre costume rouge. Ce stéréotype est repris dans les années 1930 par la firme de boisson Coca-Cola qui cherche alors à séduire les enfants. Miracle de Noël, c’est cette image marketée qui a fait le tour du monde.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique