40 ans, 40 trésors des musées de France à voir (au moins) une fois dans sa vie
40 ans, 40 trésors des musées de France à voir (au moins) une fois dans sa vie
À l’occasion de ses 40 ans, Beaux Arts Magazine met en lumière 40 œuvres des plus grands musées de France. 40 pépites de l’histoire de l’art allant de Georges de La Tour à Zanele Muholi, à découvrir sur les cimaises de Caen, Bordeaux, Avignon ou Clermont-Ferrand. Bon voyage !
40 ANS, 40 PÉPITES
Nos coups de cœur dans le Sud-Est
Les papiers découpés de Matisse à Nice, une ode à l’émancipation féminine à Villefranche-sur-Saône, une toile d’Anna-Eva Bergman au musée des Beaux-Arts de Lyon… Voici neuf chefs-d’œuvre du Sud-Est de la France, à découvrir de Nice à Avignon.
Au musée des Beaux-Arts de Chambéry : supplice et délivrance
Jacquelin de Montluçon, Martyre de Sainte Catherine, , 1496–1497
huile sur bois • 79 × 97 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Chambéry • © Musées de la Ville de Chambéry / Didier Gourbin
Ce panneau double-face est un volet de retable provenant de la chapelle consacrée au Saint-Sépulcre et à sainte Catherine dans l’église du couvent des Antonins de Chambéry, détruit en 1863. Il constitue un remarquable exemple de la peinture savoyarde et de ses influences au XVe siècle.
L’œuvre présente sur une première face le supplice de sainte Catherine d’Alexandrie. La sainte impassible, agenouillée au premier plan, observe les roues miraculeusement brisées par la foudre, déchiquetant ses bourreaux. L’empereur assistant à la scène avec ses soldats, déchire ses vêtements de rage. À droite, un personnage vêtu de noir peut être identifié comme le peintre, Jacquelin de Montluçon (1463–1505). De l’autre côté du panneau, le Christ ressuscité, portant l’oriflamme ornée de la croix, vient délivrer Adam et Ève ainsi que les Justes de la gueule du Léviathan.
Jacquelin de Montluçon, Le Christ aux limbes, 1496–1497
huile sur bois • 79 × 97 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Chambéry • © Bridgeman Images
Jacquelin de Montluçon s’est formé au contact de Jean Colombe à Bourges, où il collabore vers 1485–1490 au Bréviaire Monypenny. Il succède en 1494 à son père à Bourges pour les travaux municipaux. Entre 1496 et 1498, il séjourne à Chambéry où, recommandé par son maître Jean Colombe, il travaille pour les Antonins. La technique fluide et nerveuse de ces panneaux trahit sa formation d’enlumineur. Seuls trois autres panneaux double-face de Jacquelin de Montluçon sont aujourd’hui connus.
Textes : musée des Beaux-Arts de Chambéry
Au musée d’Art Roger-Quilliot à Clermont-Ferrand : une renommée bien difficile
Joseph Chinard, Trophée d’armes : La Renommée au milieu des armes, vers 1806–1808
marbre de Carrare • 155 × 264 × 55 cm • Coll. musée d’Art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand • © Clermont Auvergne Métropole, MARQ / Photo Florent Giffard
Le général Desaix, auvergnat de naissance, meurt en héros sur le champ de bataille de Marengo, en 1800. La municipalité de Clermont-Ferrand lance rapidement après sa disparition le projet d’un monument commémoratif à la mémoire de ce grand général des guerres révolutionnaires et consulaires, proche de Bonaparte.
Confié à Joseph Laurent, architecte et professeur de Dessin à l’École centrale du département, il se compose d’un bassin octogonal et d’un obélisque surmonté d’une urne, destinée à l’origine à recevoir le cœur de Desaix. Le décor est confié à Joseph Chinard (1756–1813), sculpteur néoclassique moins attendu dans ce registre monumental. Chinard doit réaliser quatre trophées en stuc – qui seront finalement en marbre de Carrare, plus coûteux et plus difficile à mettre en œuvre – pour les quatre faces de la base de l’obélisque. L’inauguration du monument encore dépourvu de son décor a lieu en 1803. Mais la mort de Chinard en 1813 met fin au projet et la chute de Napoléon en 1814 plonge le monument dans l’oubli. Ce haut-relief, resté longtemps en mains privées, a été préempté en mars 2023 pour le musée d’Art Roger-Quillot, où il rejoint l’un de ses pendants, La Mort du Général Desaix.
Textes : MARQ — musée d’Art Roger-Quillot
MARQ - Musée d'art Roger-Quilliot
Place Louis Deteix • 63100 Clermont-Ferrand
www.clermontmetropole.eu
À la Collection Lambert à Avignon : le manifeste d’une époque
Lawrence Weiner, RUPTURED, 1969
Œuvre à protocole • dimensions variables • Coll. Collection Lambert, Avignon • © Adagp, Paris, 2023 / Cnap / Photo David Giancatarina
Cette œuvre présentée sous la forme d’un statement (un énoncé dans un langage neutre) date de 1969 et fut exposée la première fois en 1970. Elle a été installée dans le grand escalier de la Collection Lambert, en 2011, à l’occasion de l’exposition monographique consacrée à l’artiste américain Lawrence Weiner (1942–2021), figure majeure de l’art conceptuel alors encore en vie. « On ne peut pas symboliquement trouver plus juste témoignage de cette époque pour évoquer ce climat artistique que j’aimais tant : celui des prises de position, des grands bouleversements de la pensée, des manifestes et engagements artistiques dont ma galerie se faisait l’écho au cœur d’un Saint-Germain-des-Prés qui avait été le théâtre de toutes les ruptures sociales et idéologiques », raconte Yvon Lambert, dont la grande donation est à l’origine de la création de la Collection Lambert en Avignon.
Texte : Collection Lambert
Au musée des Beaux-Arts de Lyon : le feu d’or d’Anna-Eva Bergman
Anna-Eva Bergman, N°18–1963 Feu, 1963
tempera sur métal • 73 × 50 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Lyon • © Anna-Eva Bergman / Adagp, Paris, 2023 / © Lyon MBA – Photo Martial Couderette
L’art d’Anna-Eva Bergman (1909–1987) relève d’une abstraction singulière. Formée à Oslo puis Vienne et Paris, où elle rencontre le peintre Hans Hartung, qu’elle épousera, l’artiste a vécu en Allemagne, en Espagne et en France. C’est en 1946 qu’elle s’engage dans une voie non figurative pour créer un univers autour de la ligne et du rythme, puis elle développe, quelques années après, une technique très personnelle à partir de feuilles d’or ou d’argent qui se superposent à un fond pictural appliqué au préalable sur la surface de la toile.
Le plus souvent, les feuilles métalliques disparaissent recouvertes d’une couche de couleur ocre, rouge ou bleu outremer pour réapparaître par grattage ou par incision. Le paysage et la mythologie norvégienne inspirent ses peintures, ainsi que le cosmos et l’astronomie. Ses tableaux témoignent de réminiscences d’œuvres du passé comme l’art byzantin et la peinture italienne du Trecento et du Quattrocento comme elle le confie : « l’art byzantin et l’art directement après Giotto me passionnent de plus en plus. Leur force d’expression extraordinaire avec un tel minimum de moyens et leur grand respect de la technique picturale. »
Texte : musée des Beaux-Arts de Lyon
Au musée Fabre à Montpellier : un ange démoniaque signé Cabanel
Alexandre Cabanel, L’Ange déchu, 1847
huile sur toile • 121 × 189,7 cm • Coll. Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole • © musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / Photo Frédéric Jaulmes
Alexandre Cabanel (1823–1889) remporte en 1845 le second prix de Rome qui lui ouvre les portes de la Villa Médicis. Il doit se soumettre comme ses camarades à des exercices obligatoires – les fameux envois de Rome –, afin que les académiciens à Paris puissent juger des progrès accomplis par le jeune pensionnaire. Cabanel se tourne là vers un sujet rarement abordé par les peintres, tiré de la Bible mais repris à l’époque moderne par le poète John Milton dans son Paradis perdu (1667). Il commente lui-même le sujet dans une lettre adressée à son ami et mécène montpelliérain Alfred Bruyas : « Je mets en scène deux natures, deux races, l’une inexorablement vouée, prédestinée au mal et au malheur, enfin à tomber ; tandis que l’autre chaste et pure s’élève radieusement vers Dieu en le glorifiant. Or, le principal motif de mon tableau est le génie du mal, Satan ! »
Fidèle à la leçon de l’antique et des grands maîtres de la Renaissance, Cabanel installe sa figure de grandeur naturelle tout près du rebord de la toile et l’immerge par contraste dans un paysage éthéré, presque abstrait, tout en harmonies de gris et de bleu lilas. L’effet est saisissant. Le maniérisme de la pose, la recherche obstinée d’originalité, le pathos fiévreux déplurent aux membres de l’Académie qui se montrèrent quelque peu effarouchés par l’esprit d’indépendance du peintre. Juste retournement des choses, ce tableau de jeunesse compte aujourd’hui parmi les créations les plus fascinantes et populaires du musée Fabre, largement diffusée via les réseaux sociaux.
Texte : musée Fabre
Au musée Matisse à Nice : papiers gouachés, papiers d’éternité
Henri Matisse, Fleurs et fruits, 1952–1953
papiers gouachés découpés, collés sur papier Canson blanc, marouflé sur toile • 410 × 870 cm • Coll. Musée Matisse Nice • © Succession Henri Matisse
Elle est la plus grande composition en papiers gouachés découpés (plus de huit mètres de long et quatre de hauteur) conservée dans les collections françaises, témoignage exceptionnel de ce qui est considéré comme l’apothéose de l’œuvre d’Henri Matisse (1869–1954). Fleurs et fruits, créée en 1952–1953, fait partie d’un ensemble de quatre projets menés par Matisse – ici le premier – autour de la commande d’un panneau de céramique destiné au patio de la villa californienne du couple de collectionneurs Sidney et Frances Brody. À la manière des couleurs sur une palette, Matisse dispose des formes découpées dans des papiers gouachés de couleurs vives, qu’il place et déplace au fur et à mesure de son inspiration, sur les murs de son appartement-atelier du Régina à Nice. Formes libres et mobiles par nature, les papiers découpés lui permettent de suivre son inspiration et conduisent à une grande porosité entre les différents projets qu’il élabore en même temps ou successivement. Réalisée deux ans avant la mort de l’artiste, elle inscrit son art dans une forme d’éternité.
Texte : musée Matisse
Musée Matisse - Nice
Ouvert de 10h00 à 18h00
164, avenue des Arènes de Cimiez • 06000 Nice
www.musee-matisse-nice.org
Au musée Masséna : Nice sous le pinceau d’un enfant du pays
Hippolyte Cais de Pierlas, Vue de Nice depuis les collines de la Conque, 1830
huile sur toile • 53 × 75 cm • Coll. musée Masséna, Nice
Difficile aujourd’hui d’identifier en un coup d’œil ce paysage. Saisie vers 1830, cette vue panoramique aux accents bucoliques figure la baie des Anges depuis les collines de la Conque, et, dans le vallon, la ville de Nice, vue depuis le nord-est. Elle est signée Hippolyte Caïs de Pierlas (1787–1868), artiste niçois connu pour ses paysages et ses scènes de genre inspirés par sa région natale, appartenant encore à l’époque au royaume de Piémont-Sardaigne (jusqu’en 1860).
Caïs de Pierlas n’a pas hésité à y introduire une dose de pittoresque, avec ces personnages en costume traditionnel niçois semblant vaquer à leurs occupations quotidiennes. D’une très belle qualité, ce tableau témoigne de son talent de paysagiste, dans le traitement de l’atmosphère et du ciel méditerranéen. Le ciel bleu et nuageux et la lumière du soleil créent des contrastes entre les zones d’ombre et de clarté. Ce tableau est aussi la seule représentation connue de ce quartier rural de Nice, à cette période.
Texte : musée Masséna
Au MAMAC de Nice : les brûlures de Klein
Yves Klein, Peinture de feu sans titre (F 55), 1961
papier brûlé marouflé sur toile • 158 × 220 cm • Coll. Mamac, Nice • © Succession Yves Klein c/o ADAGP Paris, 2023
En 1957, Yves Klein (1928–1962) réalise sa première « Peinture de feu » dans le jardin de la galerie Colette Allendy, à Paris, le soir du vernissage de son exposition « Propositions monochromes ». L’artiste allume alors seize feux de Bengale fixés sur un monochrome bleu. Il poursuivra ensuite son exploration du feu comme élément plastique quelques années plus tard lors d’une exposition monographique au Museum Haus Lange de Krefeld (Allemagne), en 1961.
Klein dispose alors d’une structure de cinquante doubles becs Bunsen à basse combustion et d’une fontaine de feu. Dans la nuit du 26 février, date de clôture de l’exposition, l’artiste enregistre sur papier les traces des brûleurs et de la flamme de la fontaine. Parallèlement à ses « anthropométries » et « monochromes », Klein recourt ainsi à la puissance créatrice du feu, capte les énergies primordiales et expérimente un mode d’apparition archaïque de la forme.
Texte : musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice
MAMAC - Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice
Place Yves Klein • 06000 Nice
www.mamac-nice.org
Au musée municipal Paul-Dini à Villefranche-sur-Saône : une ode à l’émancipation féminine
Jacqueline Marval, Baigneuse au bonnet rose, 1923
huile sur toile • 98 × 124 cm • Coll. musée municipal Paul-Dini, Villefranche-sur-Saône • Photo Martial Couderette
Indépendance et liberté ! D’abord institutrice, ensuite giletière puis artiste, la Grenobloise Jacqueline Marval (1866–1932) a côtoyé maints artistes à Paris, dont Jules Flandrin, qui devint son compagnon, mais aussi Henri Matisse, Albert Marquet et Georges Rouault qui l’ont encouragée et conseillée, tout comme le couturier d’avant-garde Paul Poiret. Ses œuvres se caractérisent par la clarté de leurs couleurs pastel qui irradient la lumière. Jacqueline Marval livre ici un témoignage de l’émancipation progressive des femmes, notamment à travers les représentations des vêtements.
La Baigneuse au bonnet rose s’inscrit dans une série revisitant et modernisant ce thème traditionnel de l’histoire de l’art. Étendue sur la plage, les yeux fermés, la baigneuse affiche une expression rêveuse. Son maillot de bain noir et ses cheveux sont, avec ses lèvres rouges, les seuls éléments de couleur foncée qui tranchent avec la palette claire de l’œuvre. Ils attirent notre regard sur le corps allongé de la baigneuse. Une représentation sensuelle du corps féminin aussi traditionnelle que moderne.
Texte : musée municipal Paul-Dini
Musée Municipal Paul-Dini
Place Marcel Michaud • 69400 Villefranche-sur-Saône
www.musee-paul-dini.com
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