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AVIGNON

Dan Flavin à la Collection Lambert : et la lumière fut

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Publié le , mis à jour le
Géant du minimalisme américain (bien qu’il ait toujours refusé cette étiquette), Dan Flavin rayonne en Avignon. Son œuvre incandescente et radicale se déploie en majesté à la Collection Lambert, où le visiteur navigue dans un océan de couleurs.
Dan Flavin, Sans titre (à Sonja)
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Dan Flavin, Sans titre (à Sonja), 1969

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Courtesy David Zwirner, exposition « Épiphanies » à la Collection Lambert © ADAGP, Paris 2022 / photo David Giancatarina

C’est un néon, tout ce qu’il y a de plus banal. Un grand tube fluorescent, acheté dans un commerce quelconque et accroché en diagonale dans l’atelier d’un jeune artiste. Par ce geste simple, Dan Flavin (1933–1996) secoue, en 1963, le petit monde des avant-gardes new-yorkaises. À mille lieues de ses premiers collages vaguement expressionnistes abstraits, exposés deux ans plus tôt à la Judson gallery, The Diagonal of May 25 (to Constantin Brancusi) marque un tournant dans la pratique de l’artiste. Dès lors, le tube néon s’impose comme son médium de prédilection. Pour ne pas dire l’unique. Bien qu’il ait toujours refusé catégoriquement refusé l’étiquette « art minimal », Flavin fait partie de cette génération d’artistes qui, à l’instar de Donald Judd, Carl Andre ou Frank Stella, vont développer à partir des années 1960 une nouvelle grammaire visuelle, en réaction à l’expressionnisme abstrait. Less is more : leur vocabulaire esthétique radical, qui porte aux nues la ligne droite, le monochrome et l’espace, repose sur une économie de moyens absolue.

Dan Flavin, « Monument » for V. Tatlin
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Dan Flavin, « Monument » for V. Tatlin, 1974

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Collection du musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne, exposition « Épiphanies » à la Collection Lambert • © Dan Flavin, ADAGP, Paris 2022 / photo David Giancatarina

Blanc, vert, jaune, bleu, rouge… En diagonale, à l’horizontale, en grille ou en croix… Dan Flavin travaille à pleins tubes. L’artiste se fournit principalement dans les quincailleries de son quartier, le reste est une affaire d’installation. Car si l’accrochage de ses néons parait de fait anodin, rien n’est laissé au hasard, surtout pas les angles d’inclinaison, précisément définis par ses soins. Généralement sans titre, ses assemblages lumineux portent en revanche bien souvent une dédicace, indiquée entre parenthèses. Son art se lit comme une suite d’hommages incandescents à des artistes, des amis, des philosophes ou des politiques, à l’image de son premier néon dédié au sculpteur roumain Constantin Brancusi et à sa célèbre Colonne sans fin (1937). Parmi ses dédicaces célèbres demeure la fameuse série consacrée à Vladimir Tatlin et à son Monument à la IIIe Internationale, commandé par Lénine en 1920 au sculpteur constructiviste et resté inachevé. Flavin met ainsi en lumière, au sens propre, ses affinités comme ses filiations artistiques.

Dan Flavin, À gauche (to Barnett Newman), 1971 ; à droite vue de l’exposition « Épiphanies », à la Collection Lambert
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Dan Flavin, À gauche (to Barnett Newman), 1971 ; à droite vue de l’exposition « Épiphanies », à la Collection Lambert

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Courtesy David Zwirner, © Dan Flavin, ADAGP, Paris 2022 / photo David Giancatarina

À la cité des Papes, « Épiphanies » offre aux visiteurs une immersion sensible, hors du tumulte du monde.

« La lumière fait exister les espaces » appuie Stéphane Ibars, commissaire de cette exposition à la Collection Lambert, qui veut réactiver la mémoire de celle présentée en 1974 à la galerie Yvon Lambert et rappeler la collaboration féconde entre l’artiste et son galeriste. Telles des présences fantomatiques, les œuvres de Flavin irradient. Leur halo fait fondre la sculpture dans l’architecture. Les angles des murs sont gommés. Le spectateur est comme pris dans un tout. Une expérience sensorielle quasi mystique, et pourtant…

Pour l’artiste, la lumière est avant tout un « phénomène objectif ». Il refusera donc, toute sa carrière durant, toute interprétation spiritualiste de son travail (et ce même s’il a pu employer le terme d’« icône » pour désigner ses œuvres). La tentation, il est vrai, est grande : chantre de l’art minimal, Dan Flavin a d’abord failli être prêtre avant de quitter brusquement le séminaire pour faire son service militaire puis des études d’art… À la cité des Papes, « Épiphanies » cultive cette ambivalence, offrant aux visiteurs une immersion sensible hors du tumulte du monde. Où la présence de l’artiste, disparu il y a plus de 25 ans, irradie de toutes parts.

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Dan Flavin. Epiphanies

Du 2 juillet 2022 au 9 octobre 2022

collectionlambert.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Minimalisme Dan Flavin

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