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Tendances

Ces peintres qui racontent des histoires…

le 24 janvier 2019 à 17h01

Après un long silence abstrait, les peintres contemporains reprennent la parole et le fil de la narration dans des oeuvres volontiers merveilleuses, mais jamais en rupture radicale avec le réel ou les maîtres du passé. Galerie de portraits.

Quelle secrète histoire (d’amour, d’affaire, de crime) réunit les deux hommes que Xinyi Cheng dépeint en laissant le haut de leur visage hors champ ? On n’est sûr de rien. C’est souvent comme cela. Pour connaître le fin mot de l’histoire qu’amorce une toile, on en est réduit à échafauder des hypothèses narratives à partir des indices laissées çà et là par les peintres. La peinture est une grande muette qui sait jouer avec nos nerfs. Les tableaux de Giorgio de Chirico ou ceux de Balthus tendent ainsi au spectateur des mises en scène énigmatiques malgré le foisonnement d’éléments qui participent à l’intrigue. C’est dans cette veine-là d’une peinture où le récit est à la fois donné et dissimulé, fermement esquissé mais laissé en friche, que se situent les toiles de Xinyi Cheng, celles aussi de Christian Hidaka, qui, plantant ses personnages aux allures de troubadours, d’aristocrates toscans ou d’arlequins dans des architectures labyrinthiques, multiplie avec bonheur les coins et les recoins, les zones d’ombres et les patios comme autant de chausse-trappes narratives.

Tout le monde y devient suspect, et la peinture, une mécanique à (se) raconter des histoires dont aucune ne paraît moins cohérente, moins possible qu’une autre. Les toiles ne cherchent pas à fixer un dénouement, mais, au contraire, à perpétuer ad libitum le travail de la fiction. Ce flou artistique dans lequel est tenu tout récit sur toile est enfin une manière de rivaliser avec le cinéma, qui, lui, a les moyens de raconter des récits de bout en bout et de dérouler les trajectoires des personnages. Or, pour narguer le septième art, des artistes comme Ed Ruscha ou Philippe Decrauzat ne vont en peindre que les bandes-amorces (le décompte sur la pellicule avant que le générique ne soit lancé) ou bien le pannonceau The End. Isabelle Cornaro pousse le vice un peu plus loin encore en choisissant d’agrandir des images de ses propres films jusqu’à ce que, noyé dans la brume des pixels, plus rien ne soit identifiable. La suite de tableaux, sprayés, accrochés bord à bord, reproduit le défilement des images mais ne représente que des halos colorés. La peinture ? Une lanterne magique.

Isabelle Cornaro, à double tour

Née en 1974 à Paris, vit entre Paris et Genève. Représentée par les galeries Balice Hertling (Paris) et Francesca Pia (Zurich).

Ce fond noir saupoudré de lueurs dorés, à la fois terreux et céleste, reproduit la teinte qu’a prise le sol de l’atelier de l’artiste en se maculant au fil du temps. Le tableau affiche donc la mémoire des moments passés au studio, la mémoire des tentatives, des réussites et des échecs. Il est en quelque sorte une archive. Il est aussi une amorce grâce à ce jeu de clés, objets brillants et métalliques mais sans valeur qui, s’accrochant à lui, en font un tableau à clés, à énigmes, à tiroirs.

Isabelle Cornaro, Golden Memories #8 (Miscellaneous Nickel Plated Objects)
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Isabelle Cornaro, Golden Memories #8 (Miscellaneous Nickel Plated Objects), 2018

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© Courtesy Isabelle Cornaro et Balice Hertling, Paris

Xinyi Cheng, en plein cœur de l’intrigue

Née en 1989 à Wuhan (Chine), vit à Amsterdam. Représentée par la galerie Balice Hertling (Paris).

Formée à la sculpture classique en Chine, son pays natal qu’elle quitte en 2012 pour étudier la peinture aux États-Unis, Xinyi Chang enchaîne avec le prestigieux post-diplôme de la Rijksakademie d’Amsterdam en 2016. La jeune artiste réalise le tour de force de poser avec douceur des rapports intrigants entre les protagonistes qu’elle met en scène dans des intérieurs banals. Sur fond de chambre à coucher ou de salle de restaurant, des rencontres ont lieu qui ont l’air d’être soit amoureuses, soit conflictuelles. À moins que ce ne soit les deux. L’art de la tension et de l’ambiguïté.

Xinyi Cheng, Apéritif
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Xinyi Cheng, Apéritif, 2017

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© Courtesy Xinyi Cheng et Balice Hertling, Paris

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