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Exposition imaginaire

Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états

le 30 juillet 2020 à 19h07

Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.

Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.

Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt, Elle, une cathédrale
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Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt, Elle, une cathédrale, 1966

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Après des mois de secrets, les spectateurs du Moderna Museet de Stockholm pénètrent au coeur de la Nana-maison, labyrinthe de jeux arty.

Métal, grillage, tissu, peinture, toile encollée peinte sur grillage et objets divers • 23 × 13 × 14 m • © Nikki de Saint Phalle / ADAGP Paris 2020 / Hans Hammarskiöld Heritage

L’aventure de l’humanité commence dans une cavité, sombre, humide et mystérieuse. Le ventre de la mère, bien sûr, la grotte préhistorique où l’art pariétal s’est épanoui, mais aussi la matrice de toute œuvre à naître. Puisque la sculpture monumentale Elle, une cathédrale de Niki de Saint Phalle – une Nana enceinte, allongée au sol, jambes écartées – nous parle de tout cela sans encombres ni bienséance, c’est elle qui inaugure le parcours. On y pénètre en empruntant la porte d’entrée-vagin telle que l’avait conçue l’artiste il y a un demi-siècle. À l’intérieur, l’espace utérin remonte aux origines de la création, dans un rapport primitif à l’œuvre d’art. Une fois les yeux habitués à la semi-obscurité, apparaît l’une des premières œuvres connue de l’humanité, ces Vénus ancestrales aux visages flous, identifiables à leurs attributs sexuels – des fentes bien nettes, creusées à même la terre, l’ivoire ou la pierre. La nôtre, la Vénus de Willendorf, est une Autrichienne âgée de 30 000 ans et partage les lieux avec un phallus gravé sur un bâton, curiosité du musée d’Archéologie nationale dont on n’ose imaginer l’usage…

Vénus de Willendorf, vers 24 000–22 000 av. J.-C.

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Calcaire oolithique • h : 11 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Akg-images

Pénis de libation, 150-850 ap. J.-C

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Dans la civilisation Moches, au Pérou, sexe et mort étaient liés. Ce type de céramique servait pour les cultes funéraires et accompagnait le défunt dans l’au-delà.

Terre cuite orangée avec engobe beige • Coll. musée des Jacobins, Auch / © Akg-images / Bernard Bonnefon

Fresque anonyme découverte à Pompéi, dite <em>Priape au caducée</em> ou <em>Priape-Mercure</em>
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Fresque anonyme découverte à Pompéi, dite Priape au caducée ou Priape-Mercure, Entre 89 avant J.-C. et 79 après J.-C

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À Pompéi, les peintres ne manquaient pas d’humour : identifiable par son énorme membre en érection, Priape part en emportant avec lui le caducée et les sandales ailées de Mercure, dieu des voleurs.

Coll. Museo Nazionale Archeologico, Naples / © Akg-images / Erich les-sing

Figurer les parties génitales n’était visiblement pas un tabou pour nos lointains ancêtres. Au contraire, elles incarnaient la fécondité, la virilité, le pouvoir ou la puissance. De façon même parfois démesurée, comme chez les Moches (prononcer motché) [ill. ci-dessus], inventeurs de céramiques expressives dotés d’imposants phallus, moins destinés à exciter le spectateur qu’à invoquer la fertilité des terres. Face à cette verge moche toujours vaillante malgré ses 1 500 ans, le Priape de Pompéi exhibe crânement son phallus XXL. Et puis, bien sûr, impossible de faire sans elle, l’Origine du monde de Courbet, indétrônable vision du sexe féminin, trait de chair rose vif qui disparaît dans une touffe brune. Première œuvre qui vient à l’esprit quand on aborde le sujet, elle effleure la version malicieuse d’Orlan, son pendant masculin, pied de nez à la grande histoire de l’art et son écriture au masculin.

Gustave Courbet, “L’Origine du monde” (1866) et Orlan, “L’Origine de la guerre” (1898)
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Gustave Courbet, “L’Origine du monde” (1866) et Orlan, “L’Origine de la guerre” (1898)

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D’abord présenté sous un cache, passé par la demeure du psychanalyste Jacques Lacan avant d’atterrir à Orsay, le sexe féminin le plus célèbre de l’histoire de l’art est l’objet de nombreuses études qui tentent de lui redonner un visage et une identité. Réponse féministe à l’oeuvre de Courbet, le phallus incarne la domination masculine, à l’origine des conflits que se livrent les peuples depuis la nuit des temps. L’œuvre évoque aussi la guerre des sexes et les violences faites au corps féminin.

Coll. Musée d’Orsay, Paris / © Akg-images / Laurent Lecat. © Orlan / ADAGP Paris 2020.

Ici, dans ce lieu clos intemporel, l’acte de procréer et de créer se confondent. Judy Chicago par la force d’une broderie sur soie rouge sang et Ron Mueck avec ses sculptures hyperréalistes nous donnent à voir la vérité d’un accouchement. Sortir de l’utérus protecteur et enveloppant de Niki de Saint Phalle est une expérience intense qui ne laisse pas indemne.

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Image de Une

Rebecca Horn, Liebeschluf, Muschelschlaf (Refuge de l’amour, rêve de coquillage), 2009, présenté lors de l’exposition “Théâtre des métamorphoses” au Centre Pompidou-Metz, © Rebecca Horn / ADAGP, Paris 2020 / AFP, Jean-Christophe Verhaegen

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