Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.
Chapitre 4
Fantasmes et jeux interdits
Constantin Brancusi, « Princesse X » (1915–1916) et Louise Bourgeois, « Fillette » (1968)
© Constantin Brancusi / ADAGP Paris 2020 / Bridgeman Images. Coll. Museum of Modern Art, New York / Photo Allan Finkelman / © Louise Bourgeois / The Easton Foundation / ADAGP Paris 2020.
Objet de désir, de fantasme ou d’angoisse, le sexe se niche dans tous les méandres de notre inconscient. S’inspirant librement de la psychanalyse de Freud, les surréalistes en ont fait leur terrain de prédilection, imaginant toutes sortes de jeux visuels et littéraires censés révéler nos pulsions les plus coupables. J’appelle ici Giacometti pour son Objet désagréable à l’ambivalence évidente (et effrayante), la Princesse X de Brancusi, femme changée en phallus, symbole de l’androgynie comme figure idéale unissant les forces contraires, ainsi que Fillette de Louise Bourgeois, un pénis suspendu à un crochet par le gland, qui ici encore confond le masculin et le féminin pour les transcender et les mettre sur un pied d’égalité.
Fabrice Hyber, P.O.F. no 3 Balançoire, 1991–1995
L’artiste détourne les objets anodins pour en faire d’étranges Prototypes d’objets en fonctionnement stimulant l’imagination la plus débridée.
Acier, élastomère, nylon et résine synthétique • © Fabrice Hyber / ADAGP Paris 2020
Sont également réunis dans ces lieux troubles la Feuille de vigne femelle de Duchamp, moulage du sexe du modèle de son installation Étant donnés 1) la chute d’eau, 2) le gaz d’éclairage, le godemiché en bronze de Rebecca Horn [ill. en une de dossier], prêt à pénétrer le joli coquillage de nacre qui l’effleure, ainsi qu’un P.O.F. (Prototypes d’objet en fonctionnement) un peu spécial conçu par Fabrice Hyber, balançoire dotée de deux proéminences oblongues.
Toyen, Illustration pour Pybrac de Pierre Louÿs, 1932
De son vrai nom Marie Čerminová, la peintre tchèque surréaliste a mis en image ce recueil de quatrains pornographiques. Elle fut aussi l’auteur de dessins érotico-humoristiques et illustra Justine de Sade.
© Toyen / ADAGP Paris 2020 / Ed. Edice lotos
Entre décadence et jouissance, impossible de ne pas convier à cette partie fine Dalí, exhibitionniste obscène sous les traits de Guillaume Tell dans un tableau débordant de queues et de cons. Aux murs, les dessins sulfureux de la surréaliste Toyen et de Topor, traduisant directement nos obsessions sexuelles. On entendrait presque vibrer à l’unisson les mots interdits du marquis de Sade, d’Apollinaire, Anaïs Nin, Georges Bataille et Henry Miller.
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De forme phallique, cette bien nommée Princesse fit scandale au Salon des indépendants de 1920 après avoir été refusée au Salon d’Antin. Symbole d’une pulsion sexuelle et créatrice, fragment du corps à la fois puissant et fragile, la forme du pénis revient hanter l’œuvre de l’artiste de façon récurrente.