Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.
Chapitre 2
Le sexe sublimé
Michel-Ange, Captif dit L’Esclave mourant, 1513–1515
Marbre • h. 2,28 m • Coll. Musée du Louvre, Paris / © Akg-images
Sans ménagement, le visiteur est ébloui par la lumière crue de la salle suivante, d’une blancheur immaculée. Plus question d’organes, de poils, de muqueuse ; ici, le sexe est idéalisé, sublimé, suggéré. L’art se plie aux interdits religieux et aux canons de la beauté tels qu’ils furent définis durant l’Antiquité, lorsque les sculpteurs grecs élaborèrent des règles anatomiques visant l’harmonie. La tête devait faire le septième de la totalité du corps mais pas le zizi, volontairement petit pour ne pas briser l’équilibre de l’ensemble – idéal auquel se plie Michel-Ange pour sculpter son Esclave à la sensualité troublante, soulignée par un micro-T-shirt mouillé. Le sexe est prié de se faire discret. Voire de disparaître.
Au premier abord en tout cas car, à bien y regarder, les œuvres réunies sont bien trop sages pour être honnêtes. Si la pudique Vénus sortie de son coquillage par la grâce de Botticelli vers 1484 prend soin de cacher son entrejambe, le génie de la Renaissance ne s’est pas privé de le représenter ailleurs. L’extrémité du drap replié qu’une Heure, fille de Zeus, tend à Vénus représente clairement une vulve, et le bout de chevelure censé la dissimuler en épouse également la forme – tout cela venant s’ajouter à la coquille Saint-Jacques, symbole du sexe féminin.
Goergia O’Keeffe, Grey Lines with Black, Blue and Yellow, Vers 1923
Entre abstraction organique et figuration en plantrès serré, l’artiste fait sensation avec ses images ambiguës suggérant des organes sexuels.
Huile sur toile • 74 × 94 cm • Coll. Museum of Fine Arts, Houston / © Georgia O’Keeffe / ADAGP Paris 2020
Quand des maîtres flamands tel Cornelisz Van Haarlem cachent l’objet du délit par de jolis insectes poétiques (donnant à un épisode mythologique un côté burlesque réjouissant), d’autres ont choisi la métaphore de la fleur, élément végétal assez obscène visuellement dès lors qu’on a l’esprit un peu mal tourné. Georgia O’Keeffe le sait bien, qui nous offre un bouquet de fleurs à rougir de plaisir. Fragonard [ill. plus haut] va encore plus loin dans le Verrou, scène galante où les plis du lit révèlent des formes explicites : jambes féminines écartées dans les draps défaits, pénis turgescent et vulve rougeoyante dans le rideau écarlate. So shocking ? Ce n’est rien à côté de ce qui nous attend…
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L’artiste a respecté ici l’idéal antique, où le petit pénis était associé à la vertu et à la modération quand les gros calibres étaient considérés comme laids et comiques.