Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.
Chapitre 6
Le sexe pour rire
Paul McCarthy, Apple Heads on Swiss Cheese, 1997–1999
Fibre de verre et silicone • 370×190×150 cm et 370×153×150 cm • Ursula Hauser Collection, Switzerland / Photo Stefan Altenburger Photography Zurich / © Paul McCarthy / Courtesy Paul McCarthy et Hauser & Wirth
Qu’elle soit trash, surprenante, hilarante, ridicule ou provocante, l’imagerie du sexe est un excellent exutoire pour lutter contre nos névroses, nos complexes et nos peurs. Démonstration avec les artistes réunis dans cet espace, auquel on accède en poussant le tourniquet de verges de Kasia Fudakowski. Où l’on tombe nez à nez avec une vulve fumant une cigarette (après l’amour ?) signée Sarah Lucas, des petites verges sorties d’objets du quotidien et de l’esprit surréaliste de Théo Mercier et un couple hétéro doté d’une tête de pomme (fruit du péché originel) et d’organes disproportionnés, marié par le trublion Paul McCarthy.
« Kris » de Sarah Lucas et « 4×4 » de Jamie McCartney, 2015 et 2012
S’en griller une après l’amour, voilà un cliché tenace. Débordante d’imagination, l’impertinente Sarah Lucas tourne en dérision les poncifs du sexe et de l’art.
Après son mur de moulages de vagins de femmes en 2008, l’artiste britannique Jamie McCartney en crée le pendant masculin avec un panel tout aussi varié de phallus.
Photo Andrea Rossetti, Milan / © Sarah Lucas / Courtesy Sadie Coles, Londres / © Jamie McCartney
Un peu plus loin, Dan Colen étalé par terre nu comme un ver (enfin, son clone de silicone plus vrai que nature) tente de reprendre son souffle après une course-poursuite effrénée l’ayant opposé à des personnages de cartoon. Comme dans un bon vieux Tex Avery, dans leur sprint, ils ont troué le mur qui se dressait sur leur chemin, sans toucher heureusement aux basreliefs accrochés non loin… Des alignements de phallus et de vulves de toutes les formes et de tous les âges, moulés sur des originaux – mesdames, messieurs, faites votre choix !
Dans une veine bien délirante également, les membres du collectif autrichien Gelitin baissent régulièrement leur pantalon, se font coudre de faux pénis sur leurs vêtements, dans des mises en scène absurdes et décalées, où le pénis se révèle isolé et perdu face à l’immensité du monde. Pour finir en beauté, place à la femme Fontaine d’Elsa Sahal, présentée cet été au Voyage à Nantes, équivalent féminin du fameux Manneken-Pis de Bruxelles. Certains observateurs y ont vu un clin d’œil aux pisseuses de Rembrandt et Picasso… À moins que ce ne soit une allusion plus directe à l’éjaculation féminine, phénomène déjà évoqué par le Kamasutra (VIe-VIIe siècle), mais longtemps resté tabou dans nos sociétés occidentales hétéro-normées.
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Il fait souvent scandale – le sapin en forme de plug anal installé en 2014 place Vendôme, c’était lui – et il nous a fait rire aussi avec ses sculptures obscènes, tel ce couple hétéro réduit à ses parties génitales.