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Grand Palais

Gauguin l’ensorceleur et ses figures obsédantes

le 6 octobre 2017 à 16h10

Jeune femme au visage animal, double maléfique ou divinité polynésienne androgyne, des figures récurrentes hantent l’œuvre du peintre aventurier. Du Pouldu aux Marquises, une exposition au Grand Palais tente d’en percer le mystère, tous médiums confondus. Décryptage.

Paul Gauguin, La Vie et la Mort
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Paul Gauguin, La Vie et la Mort, 1889

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Cette toile représente aux côtés de « l’Ève noyée », allégorie de la Mort, une femme rousse, incarnation de la Vie. Sur une autre toile, peinte en pendant, Gauguin l’a figurée nue, de dos, dans les vagues, telle une héroïne wagnérienne romantique.

Huile sur toile • 92 × 73 cm • © Aurimages

À l’automne 1888, depuis Pont-Aven, Gauguin rejoint à Arles Van Gogh pour travailler avec lui. Avant que leur cohabitation ne tourne mal – lors de la célèbre nuit du 23 décembre 1888, au cours de laquelle Van Gogh se coupe l’oreille – ils peignent ensemble, à l’extérieur ou dans l’atelier de la fameuse maison jaune. Un soir de la fin d’octobre, ils partagent un moment de grâce, ainsi décrit par Vincent Van Gogh à son frère Théo : « Nous avons vu une vigne rouge, toute rouge comme du vin rouge. Dans le lointain elle devenait jaune, et puis un ciel vert avec un soleil, des terrains, après la pluie, violets et scintillant jaune par-ci, par-là où se reflétait le soleil couchant. » Gauguin en tirera ses Vendanges à Arles (Misère humaine), paysage provençal incandescent habité de Bretonnes en costume et d’une étonnante figure féminine mélancolique aux yeux de chat. La même que celle qu’il avait déjà installée en bout de table trois mois auparavant à Pont-Aven, dans la Nature morte aux fruits dédicacée à son ami le peintre Charles Laval.

Paul Gauguin, Vendanges à Arles ou Misère humaine
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Paul Gauguin, Vendanges à Arles ou Misère humaine, 1888

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Cette vendangeuse éreintée au visage étrange hante les créations de l’artiste. Avec une poignée d’autres revenants, elle fait partie des figures clés qui permettent de s’immiscer dans l’esprit génial et tourmenté de Gauguin, et de mieux appréhender son œuvre.

Huile sur toile • 73,5 × 92 cm • © Ordrupgaard Museum, Charlottelund

« Très dérangeante, cette fillette a un visage animal, du même genre que celui de la petite danseuse de 14 ans de Degas, qui 
a dû marquer Gauguin. En lisant les commentaires de l’époque, on s’aperçoit d’ailleurs que tout le monde a remarqué ce visage, « presque vicieux  » pour certains », souligne Ophélie Ferlier-Bouat. Ce visage étrange réapparaît ensuite dans son œuvre gravé, notamment dans la Suite Volpini, première série sur zinc (1889), et dans les xylographies de style primitif exécutées pour le marchand Ambroise Vollard dix ans plus tard.

L’Ève bretonne, dite aussi l’Ève noyée

Dans son attitude repliée sur elle-même, elle est proche d’une autre figure gauguinienne omniprésente, personnifiant la douleur et la souffrance : une femme aux longs cheveux bruns, qui apparaît pour la première fois dans les œuvres 
du Pouldu (près de Pont-Aven), en 1889. Prostrée, la tête entre les mains, elle est inspirée d’une momie péruvienne que Gauguin a découverte au musée d’Ethnographie du Trocadéro. Adossée à l’arbre du péché, elle est l’Ève bretonne d’un pastel aquarellé de 1889. Elle est encore et surtout l’incarnation de la Mort dans la Vie et la Mort [ill. plus haut]. Le visage déformé par la douleur et la peau bleu-vert, elle est assise sur la plage aux côtés d’une jeune femme 
nue, incarnant la Vie. Symbole complexe de déréliction
 fatale et d’irrémédiable culpabilité, cette « Ève bretonne », que l’artiste qualifie aussi d’« Ève noyée », hante ses œuvres pour dire la perte de l’innocence.

Retrouvez dans l’Encyclo : Paul Gauguin

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