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Grand Palais

Gauguin l’ensorceleur et ses figures obsédantes

le 6 octobre 2017 à 16h10

Jeune femme au visage animal, double maléfique ou divinité polynésienne androgyne, des figures récurrentes hantent l’œuvre du peintre aventurier. Du Pouldu aux Marquises, une exposition au Grand Palais tente d’en percer le mystère, tous médiums confondus. Décryptage.

Paul Gauguin, Portrait de Jacob Meyer De Haan
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Paul Gauguin, Portrait de Jacob Meyer De Haan, 1889

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Dans cette première représentation de son ami, Gauguin lui confère un air renfrogné et maléfique. Les yeux dans le vide, le menton posé sur sa main déformée, il médite sur sa condition d’artiste incompris.

Huile sur bois • 79,6 × 51,7 cm • © Adagp 2017

Gauguin a surtout représenté des femmes, mais quelques figures masculines apparaissent dans sa production.
 Un homme revient ainsi régulièrement : l’artiste Néerlandais Meyer de Haan, son seul véritable élève, qui l’a entretenu au Pouldu, petit hameau côtier du Finistère, en 1889 et 1890 contre des leçons de dessin et de peinture. Leur amitié a été forte, faite de respect et d’apports mutuels. Gauguin a aidé Meyer de Haan à se défaire de l’enseignement académique. En retour, celui-ci l’a ouvert à une culture philosophique et mystique, juive notamment. Durant plusieurs mois, ils ont vécu et travaillé côte à côte à la Buvette de la plage du Pouldu. Pour le décor de la salle à manger qu’ils ont conçu 
à quatre mains, Gauguin a peint leurs deux effigies satyriques sur une armoire : lui en artiste-saint déchu, auréolé et armé du serpent, et son alter ego en démon sceptique et fiévreux, méditant devant deux de ses livres de chevet (Sartor Resartus de Thomas Carlyle et le Paradis perdu de John Milton).

L’artiste a fait de Meyer de Haan une sorte de double artistique, témoin de sa propre désillusion.

Peu après, Gauguin a sculpté dans un bloc de chêne un buste plus grand que nature de son comparse, qu’il a ensuite installé sur la cheminée. Il a su tirer parti du physique souffreteux de Meyer de Haan au corps probablement déformé depuis l’enfance par la tuberculose osseuse. Accentuant les traits de son visage, il lui étire les oreilles et lui bride les yeux à la manière du satyre ou du renard, « symbole indien
 de la perversité » selon Gauguin. Et voilà le Hollandais mû en allégorie de la perversion et de la corruption ! Mais pas seulement… Avec son air pensif et sa tête au grand front bombé rentrée dans les épaules, il incarne aussi l’intelligence. Toutes les données formelles, l’artiste va 
les conserver et les accentuer par la suite pour développer des images qui deviendront icônes.

Paul Gauguin, Nirvana (Portrait de Jacob Meyer De Haan)
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Paul Gauguin, Nirvana (Portrait de Jacob Meyer De Haan), 1890

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Dans cette première représentation de son ami, Gauguin lui confère un air renfrogné et maléfique. Les yeux dans le vide, le menton posé sur sa main déformée, il médite sur sa condition d’artiste incompris.

Huile sur toile • 28,5 × 22 cm • © akg-images

Meyer de Haan apparaissait aussi dans une peinture, ironiquement intitulée Nirvana, avec dans son dos, les deux figures féminines de l’innocence et du péché. Gauguin décline dix ans plus tard cette composition en gravure, après la mort de son compagnon en 1895. Quelques mois avant sa propre disparition, il portraiturera une dernière fois son ami pour ses Contes barbares, mais dans le style des caricatures antisémites de l’époque, en fantôme songeur aux pieds griffus… accroupi derrière deux femmes, dont la belle rousse Tohotaua. En plus de personnifier la métaphysique judéo-chrétienne
 au sein du panthéon syncrétique gauguinien, cette figure vaut toujours en tant qu’incarnation du Mal introduit dans l’Éden. L’artiste a fait de Meyer de Haan une sorte de double artistique, témoin de sa propre désillusion.

Retrouvez dans l’Encyclo : Paul Gauguin

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