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Grand Palais

Gauguin l’ensorceleur et ses figures obsédantes

le 16 octobre 2017 à 15h10

Jeune femme au visage animal, double maléfique ou divinité polynésienne androgyne, des figures récurrentes hantent l’œuvre du peintre aventurier. Du Pouldu aux Marquises, une exposition au Grand Palais tente d’en percer le mystère, tous médiums confondus. Décryptage.

Paul Gauguin, Rave te hiti ramu (l’Idole)
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Paul Gauguin, Rave te hiti ramu (l’Idole), 1898

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Cette idole, qui emprunte autant à la divinité Oviri qu’à Hina, la déesse de la Lune, est le fruit de l’imagination mystique de l’artiste.

Huile sur toile • 73,5 × 92 cm • © The Art Institute of Chicago

Avant de partir à Tahiti pour la première fois en 1891, Gauguin a confié son besoin « de ne voir que des sauvages, de vivre leur vie, sans autre préoccupation que de rendre, comme 
le ferait un enfant, les conceptions de [son] cerveau avec l’aide seulement des moyens d’art primitifs, les seuls bons, les seuls vrais ». De retour à Paris en 1893, il accouche d’une incroyable créature qu’il nomme Oviri, signifiant « sauvage » en tahitien. Il s’est alors mis en tête de donner forme à l’état de nature, exact opposé de la civilisation occidentale. Son matériau, l’argile, s’est imposé à la faveur de ses qualités plastiques et sensuelles, et évidemment parce qu’elle est 
le médium originel, celui avec lequel Dieu a créé le monde. Pour composer cette silhouette androgyne, l’artiste s’est inspiré des tikis maoris et des masques momifiés de Marquisiens aux yeux de nacre qu’il a vus dans les musées et les revues spécialisées.

Une tueuse veillant sur sa tombe

En concevant cette créature à la fois terrifiante et magnifique dérivée de la divinité Oviri-mœ-aihere (« le sauvage qui dort dans la forêt »), Gauguin pousse à leurs limites ses recherches sur le primitif. Sa « tueuse », comme il l’appelle, est unique dans sa production. Au-delà de son style, fruste et puissant, cette sculpture en céramique incarne tout à la fois l’anéantissement du moi civilisé et la régénération issue de cette destruction. Soit la victoire de l’artiste sauvage sur le civilisé. Une véritable profession de foi existentielle ! À la grande déception de l’artiste, sa chère « tueuse » n’intéresse personne de son vivant. Elle demeure pourtant pour lui son testament artistique, la statue qu’il réclamera en octobre 1900 à son ami George-Daniel de Monfreid pour orner sa tombe. Auparavant, il reprend Oviri pour la représenter dans une série d’estampes réalisées à Tahiti à partir de 1895. Une des premières est la xylographie 
qui la montre en pied, flanquée d’un palmier, dont Gauguin envoie un tirage dédicacé à Stéphane Mallarmé.

Paul Gauguin, Manao Tupapau (L’esprit des morts veille)
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Paul Gauguin, Manao Tupapau (L’esprit des morts veille), 1892

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La silhouette encapuchonnée et les fleurs phosphorescentes de l’arrière-plan évoquent les tupapau, ces esprits des morts ou des revenants que craignent les Tahitiens dans l’obscurité totale.

Huile sur toile de jute • 73 × 92 cm • © Albright-Knox Art Gallery

Depuis sa case tahitienne de Punaaiua, il continuera ensuite 
de dessiner, peindre et graver Oviri. En 1898, elle se transformera en idole, femme au corps bleu-vert, au buste dénudé et au visage recouvert d’un grand masque aux yeux écarquillés, assise dans un paysage tropical. Depuis 1973, un tirage en bronze d’Oviri veille sur la tombe de l’artiste, à Hiva Oa, aux Marquises. Et Dario Gamboni 
de conclure : « Ce n’est pas le moindre intérêt de son œuvre, en notre temps de « globalisation », que d’obliger à étendre
le champ d’investigation dans l’espace comme dans le temps et d’interroger les conditions de l’écologie des cultures 
à l’époque coloniale. » C’est à cela que nous invite aussi l’œuvre de Gauguin.

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Idolâtrer Gauguin au Grand Palais

Le Grand Palais s’est lancé un défi ambitieux : nous faire pénétrer à l’intérieur du processus créatif de Paul Gauguin. À cette fin, il a rassemblé pas moins de 200 œuvres, peintures, céramiques, sculptures, objets, dessins, estampes et leurs matrices en bois. La manifestation entend bien affirmer l’incroyable diversité d’une production foisonnante et polymorphe. L’ampleur et la qualité des œuvres rassemblées sont le fruit d’une collaboration avec l’Institute of Art de Chicago, prestigieuse institution à laquelle le Grand Palais s’était déjà associé pour la rétrospective de 1989. L’intention de ce vaste panorama est d’expliquer les différentes techniques mises en oeuvre par Gauguin et la manière dont il a su les renouveler, à la faveur de petits films et d’une scénographie proposant des rapprochements entre disciplines et périodes. Une plongée passionnante dans la matière et dans l’esprit d’un peintre aussi insolent que génial.

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Gauguin l'alchimiste

Du 11 octobre 2017 au 22 janvier 2018

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Pour aller plus loin

Catalogue

éd. RMN-Grand Palais / musée d’Orsay

320 p. 45 €

Hors-série Beaux Arts éditions

108 p. 7,90 €

Gauguin – D’art et de liberté

par Armelle Fémelat, coéd. Beaux Arts éditions / Michel Lafon

224 p. 29,95 €

Livre Noa Noa – Voyage de Tahiti

par Paul Gauguin, éd. L’Aube

164 p. 9,90 €

Retrouvez dans l’Encyclo : Paul Gauguin

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