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Quand les peintres subliment notre vie quotidienne

le 3 mars 2021 à 15h03

Ils sont les fils de Bosch, Bruegel et des frères Le Nain. Leurs tableaux sont habités de ces détails qui nous rapprochent et révèlent des moments d’intimité, de joie, d’ennui ou de rêve en partage. De la jeune française Louise Sartor à la star américaine Dike Blair, Beaux Arts vous dit tout sur le style et les désirs d’une vingtaine d’artistes hors du commun.

Certains peintres ne rechignent pas à mettre la main à la pâte en se coltinant ce sujet ingrat que sont les tâches ménagères, ces basses œuvres dont on se passerait bien mais auxquelles on ne peut échapper. Il faut bien faire la vaisselle, récurer les plats, étendre le linge. Ce qui n’implique pas que la peinture soit aussi rébarbative que ce qu’elle figure. Du moins pas chez Henni Alftan qui portraiture de dos une femme devant son évier, dans une palette harmonieuse. Nulle dégoulinure, nulle fantaisie, le trait est raide et la surface sans accident.

La platitude de ces toiles, sans relief ni émotion affichée, est en soi une prise de position. Comme Gustave Caillebotte, qui rendait compte à la fois de la dureté et de la beauté du labeur des ouvriers rabotant un parquet (1875), ces peintres choisissent leur camp. Ils sont du côté de ceux qui s’affairent à la besogne. Quitte à livrer une image glaçante des outils de travail d’aujourd’hui, comme le fait Laurent Proux avec l’image d’une rotative broyant et démembrant sous ses rouleaux compresseurs le costume d’un arlequin, ou comme Konrad Klapheck avec ses tableaux de machines (à écrire, à coudre, à sécher les cheveux et, on en passe, des plus arides). Une évocation de la vie professionnelle que reprend à son compte Mathew Cerletty quand il dépeint… une simple imprimante.

Henni Alftan – La jeune fille au rideau de perles

Née en 1979 à Helsinki, vit et travaille à Paris.

Elle n’a pas le temps de se retourner pour vous regarder. Pas le temps de présenter à Henni Alftan son meilleur profil. Elle a les mains prises et mijote quelque chose. Vu le couteau et la planche posés sur le plan de travail, on parierait sur des légumes. La peinture domestique, selon l’artiste franco-finlandaise – qui vient d’enchaîner deux expositions à New York avec un beau succès critique –, sait se faire discrète.

Représentée par la galerie Karma (New York).

Henni Alftan, Beads
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Henni Alftan, Beads, 2017

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Courtesy Henni Alftan et Karma, New York. DR. © ADAGP Paris 2021

Mathew Cerletty – Sous le soleil de l’abstraction

Né en 1980 à Wauwatosa (Wisconsin), vit et travaille à New York. 

Photoréalistes, les tableaux de ce peintre américain saisissent en gros plan, et sous les feux d’une lumière crue, des objets de la vie quotidienne, dénués de toute sentimentalité. Qu’il figure un canard jaune dans le bain des enfants, un scooter des mers ou des enveloppes, Mathew Cerletty se moule dans la peau d’un observateur objectif, voire d’une notice technique. Sauf que la peinture reprend toujours le dessus. Ainsi cet homme sur son motoculteur tond-il, sans en voir le bout, sa pelouse vert tendre sous un soleil estival, mais son action change, dans le même temps, le genre du tableau, qui amorce un passage vers l’abstraction géométrique en se couvrant peu à peu de bandes alternées.

Représentée par la galerie Karma (New York).

Mathew Cerletty, Almost Done
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Mathew Cerletty, Almost Done, 2015

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Courtesy Mathew Cerletty et Karma, New York

Konrad Klaphec – Machine à écrire et à désir

Né en 1935 à Düsseldorf, où il vit et travaille. 

Dans les tableaux de Konrad Klapheck, les machines se tiennent coites, ni fières ni modestes. Elles sont dépeintes avec objectivité et dans une palette sobre qui ne cherche pas à leur prêter le moindre éclat. Toutefois, le trait, précis, cisèle les moindres rouages – pistons, touches de clavier, rouleau… Seules aux manettes, elles paraissent parfaites, toujours disponibles et opérationnelles, tout en figurant un monde sans l’homme. Cette machine à écrire, « idéale », ne se prendrait-elle pas pour une starlette ?

Représenté par la galerie Lelong & Co. (Paris-New York).

Konrad Klapheck, Le Dogmatiste / Der Dogmatiker
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Konrad Klapheck, Le Dogmatiste / Der Dogmatiker, 2016

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Courtesy Konrad Klapheck et galerie Lelong & Co., Paris-New York. Courtesy Konrad Klapheck et galerie Lelong & Co., Paris-New York © ADAGP Paris 2021

Laurent Proux – Au cœur de l’usine artistique

Né en 1980 à Versailles, il vit et travaille à Paris. 

Au boulot, au bureau ou comme ici à l’usine, à l’atelier, ça déraille. Les choses s’emballent et avalent le petit personnel, les ouvriers qu’on prend souvent pour des pantins. La peinture de Laurent Proux montre la dureté du monde du travail, sans verser dans le naturalisme à la Zola. Mais par sa composition chaotique, sa palette en costume d’arlequin et le dense réseau de lignes qu’elle tend dans tous les sens, ça saute aux yeux, elle répercute avec fougue la dureté grotesque du milieu professionnel.

Représenté par la galerie Semiose (Paris).

Laurent Proux, Thermophormeuse
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Laurent Proux, Thermophormeuse, 2018

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Courtesy Semiose, Paris / Photo A. Mole. DR.

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Laurent Proux

Du 13 mars 2021 au 15 avril 2021

semiose.com

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Histoire, histoires en peintures

Du 2 mars 2021 au 25 avril 2021
De Damien Cadio à Nina Childress, Claire Tabouret ou Julien Beneyton,
cette exposition regroupe une vingtaine d’artistes, pour la plupart français. Et montre comment la peinture contemporaine figure les événements historiques comme ceux, modestes, de la vie privée.

www.ville-gif.fr

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