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Portraitiste majeur du règne de Louis XV, Maurice-Quentin de La Tour (1704–1788) est le maître du pastel, cet art si fragile. Artiste très recherché, habitué des Salons et ami des encyclopédistes, il fait poser les femmes de la société et les personnalités de la cour. Son œuvre, d’une grande finesse psychologique, est une ode à la spontanéité, à la quête de vérité. Maurice-Quentin de La Tour incarne la nouvelle conception du portrait qui émerge au XVIIIe siècle.
Maurice-Quentin de La Tour, Autoportrait au jabot de dentelle, 1750
Pastel sur papier • 64 × 53 cm • Coll. musée de Picardie, Amiens • © Bridgeman Images
« Ils croient que je ne saisis que les traits de leurs visages, mais je descends au fond d’eux-mêmes à leur insu et je les remporte tout entiers. »
Une famille bourgeoise de l’Aisne
Maurice-Quentin de La Tour naît le 5 septembre 1704 à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Il est issu d’une famille de la bourgeoisie moyenne. La Tour entreprend son premier voyage à Paris en 1719, dans le but d’être introduit dans le milieu artistique. Il trouve pour professeurs le peintre Jean-Jacques Spoede, ami d’Antoine Watteau, puis Claude Dupouch, deux artistes membres de l’Académie de Saint-Luc. Dès ses années de jeunesse, La Tour est fasciné par le pastel, en particulier les portraits exécutés par l’artiste vénitienne Rosalba Carriera.
Excellent pastelliste
La Tour se spécialise ainsi dans l’art du pastel, qui connaît un engouement parmi les artistes de son temps. Cette technique, très subtile, est tout indiquée pour composer les portraits de la bonne société, rendre la beauté des soies, des dentelles et des velours qui composent le vestiaire des élégantes. Maurice-Quentin de La Tour se consacre exclusivement à cette technique qu’il parvient à maîtriser remarquablement, comme le souligne Denis Diderot qui le qualifie de « machiniste merveilleux ».
De Cambrai à Paris
Après un séjour à Cambrai, en 1724–1725, où il exécute ses premiers portraits, Maurice-Quentin de La Tour s’établit à Paris en 1727. Il y demeure toute sa vie, hormis un séjour en Angleterre qui lui permet très certainement d’apprécier les œuvres de William Hogarth. Dès ses débuts à Paris, l’artiste se présente comme portraitiste spécialisé dans le pastel. Très travailleur, La Tour reçoit sa première commande importante en 1735. Il s’agit d’un portrait de Voltaire, d’une parfaite ressemblance, à l’expression intense. Cette œuvre, hélas perdue, connaît un succès immédiat.
À l’Académie royale
En 1737, Maurice-Quentin de La Tour est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Il expose alors au Salon deux pastels : le portrait de Madame François Boucher et son autoportrait dit « à l’index » [ill. plus bas]. Désormais, l’artiste participe à tous les Salons de l’Académie où ses œuvres sont toujours extrêmement bien reçues. Il devient le portraitiste privilégié de la cour, du monde des lettres et des arts. Ses œuvres sont parfois très ambitieuses, et de grand format, comme en témoigne le Portrait du président de Rieux, de plus de deux mètres de haut. La Tour affirme de cette manière que le pastel rivalise pleinement avec la peinture à l’huile. En 1746, l’artiste est reçu à l’Académie puis est honoré du titre de peintre du roi en 1750. Sa réputation est alors totalement établie.
Les commandes royales
À partir de 1745, La Tour devient un portraitiste de la cour et obtient des commandes royales. Il réalise deux portraits de Louis XV, un portrait du comte de Saxe, et un grand portrait en pied de la marquise de Pompadour. L’artiste aime représenter ses modèles dans des poses naturelles, dans leur univers quotidien, en portant l’accent sur le visage, saisissant de vie. Maurice-Quentin de La Tour mène d’ailleurs une existence mondaine, fréquente le salon de Madame Geoffrin et entretient une liaison avec la célèbre cantatrice Marie Fel. Dans son atelier, défile tout le beau monde.
La fin de vie de Maurice-Quentin de La Tour
Perfectionniste, l’artiste finit par s’abîmer dans une quête sans fin. Il cherche notamment à inventer un fixatif, permettant de préserver ses fragiles pastels des avaries du temps, mais finit par endommager certaines de ses œuvres. Un échec qui le pousse à développer une profonde amertume. La Tour endure, à la fin de sa vie, des troubles mentaux. Ne pouvant plus vivre seul à Paris, il rejoint sa famille à Saint-Quentin en 1784 et y décède quatre ans plus tard. Une grande partie de sa production est conservée dans le musée de sa ville natale.
Maurice-Quentin de La Tour, Portrait de Louis XV en buste, 1748
Pastel sur papier • 60 × 54 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Portrait de Louis XV en buste, 1748
Le monarque Louis XV est portraituré à l’âge de 38 ans et apparaît comme un bel homme, noble et sensuel. Son regard est rendu avec une grande expressivité, et il porte les cordons des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d’or. Maurice-Quentin de La Tour n’a eu le privilège de faire poser le roi de France que durant quelques séances. Ce portrait, alliant naturel et prestance, fut abondamment copié par des contemporains du peintre tant il connut de succès.
Maurice-Quentin de La Tour, Portrait en pied de la marquise de Pompadour, 1752–1755
pastel et rehauts de gouache sur un assemblage de huit feuilles de papier bleu • 177,5 × 131 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Portait en pied de la marquise de Pompadour, 1752–1755
Présenté au Salon de 1755, ce grand portrait en pied représente un jalon essentiel dans la carrière de Maurice-Quentin de La Tour. Cette œuvre monumentale demande une immense maîtrise technique. La marquise, à cette époque, est l’orchestratrice des plaisirs de Louis XV. Elle est saisie dans son univers quotidien, de manière naturelle et élégante, entourée d’attributs symbolisant son attachement à la littérature, la musique, l’astronomie et la gravure. Elle apparaît comme la protectrice des sciences et des arts.
Maurice-Quentin de La Tour, Autoportrait à l’index
Pastel sur papier • 59 × 49 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Autoportrait à l’index, Exposé au Salon de 1737
Dans cet Autoportrait à l’index, dit aussi Autoportrait en rieur, Maurice-Quentin de La Tour nous regarde avec malice. Sans perruque, mais coiffé d’un bonnet noir, habillé d’une simple veste, il révèle sa personnalité libre et spontanée. Avec une certaine ironie, il semble se moquer de lui-même et cultive une posture critique digne d’un philosophe. Maurice-Quentin de La Tour réalise plusieurs autoportraits tout au long de sa carrière, tout comme son contemporain Jean Siméon Chardin.
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