Article réservé aux abonnés
Le designer Fabien Cappello, l’architecte d’intérieur Marion Mailaender, l’artiste Jean-Charles de Castelbajac… Les jurés de ces deux concours qui ravissent la Côte d’Azur en proposant des parcours d’expositions tout l’été, ont rendu leur verdict le week-end dernier, devant un public passionné qui lui aussi, a pu voter pour son favori.
Car devant les projets riches de la Design Parade, les avis divergent, les pronostics vont bon train. Tous proposent une lecture poétique, émouvante, technique ou totalement fantaisiste de notre rapport à l’espace et à la matérialité. Rappelons que dans l’ancien évêché de Toulon, chacun des dix finalistes s’empare d’une salle qu’il aménage pendant deux semaines à un rythme effréné et sans aide (financière ou humaine), tandis qu’à la Villa Noailles, les finalistes présentent leurs œuvres au côté de leurs recherches et dessins. À ne surtout pas manquer !
À gauche, le portrait de Willie Morlon. À droite, la marqueterie de placo et le mobilier imaginé par l’artiste
© Villa Noailles / Photo Lila Venat Poimboeuf et Luc Bertrand
À l’image du Facteur Cheval qui a édifié son palais grâce à des matériaux de fortune, Willie Morlon, jeune plasticien diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, a recouvert son espace attribué de placo, ces plaques de plâtre coulé entre deux feuilles de carton qui servent de revêtement. L’originalité ? Il les a finement marquetées de motifs végétaux et géométriques. « En supprimant l’ornement dans l’architecture, ce matériau a détruit des métiers comme celui du plâtrier. J’ai voulu le lier à l’artisanat, lui redonner ses lettres de noblesse », nous confie-t-il sous des suspensions faites en sangles de chantier, aussi baroques que ses placo gris, bleus ou roses selon l’isolation, incrustés de losanges, arabesques, roses épineuses… Merveilleux !
À gauche, le portrait de Simon Stanislawsk. À droite, sa collection “Softy by the sea” réalisée à partir d’anciens matelas en mousse de polyuréthane
© Villa Noailles / Photo Luc Bertrand et Edward Greiner
Ce fauteuil rose bonbon et ce guéridon orange ont l’aspect de bois brut ciselé à la gouge. Mais en tâtant la matière, voilà qu’elle s’enfonce sous nos doigts, douce et moelleuse comme du beurre… Simon Stanislawski, designer allemand diplômé de la HFBK (École supérieure des beaux-arts) de Hambourg et de l’UdK (Université des arts) de Berlin, a récupéré de vieux matelas en mousse polyuréthane pour concevoir ces pièces fantaisistes dont les formes et les teintes rappellent l’esprit du groupe de designers Memphis, à l’esthétique pop et décalée. Alors qu’ils étaient bons pour la décharge, ces détritus désormais upcyclés répondront à d’autres usages – en plus d’être parfaitement décoratifs.
À gauche, le portrait d’Alice Roux & Mattia Listowski. À droite, leur projet « Piano Sano Lontano »
© Villa Noailles / Photo Luc Bertrand
Elle est architecte d’intérieur et lui sculpteur – Alice Roux & Mattia Listowski ont associé leur savoir-faire pour transformer une des salles de l’ancien évêché en wagon de train avec diorama de paysages. « On a gardé en mémoire tous ces voyages en train-couchette jusqu’en Italie que l’on faisait au début de notre histoire d’amour », nous racontent-ils. Dans cette atmosphère feutrée d’un bleu nuit, les idées poétiques nous attrapent l’œil, du plafond en couette brodée d’un grand soleil au bureau en résine peinte en passant par ce vitrail constructiviste qui orne la porte de la cabine… Un travail titanesque, digne d’un décor de film de Wes Anderson !
À gauche, le portrait de Sacha Parent & Valentine Tiraboschi. À droite, le miroir conçu selon leur technique du décor par le sable
© Villa Noailles / Photo Luc Bertrand
À bas l’épure longtemps dictée par le Bauhaus, place à l’ornementation. Les lauréates de la compétition de design à Hyères, Sacha Parent & Valentine Tiraboschi, proposent une toute nouvelle grammaire de formes à partir d’écoulement de sable qu’elles dévoilent à travers d’étonnants chapiteaux comme des colonnes corinthiennes revisitées, au toucher doux et granuleux. Grâce à un procédé tenu secret, elles parviennent à créer un moulage à partir des motifs générés par les grains de sable. Celui-ci peut ensuite se transposer sur des bougeoirs, des miroirs ou de la vaisselle. En somme, nul besoin de sculpter pendant des heures à la main, le matériau minéral fait des merveilles. Ingénieux !
À gauche, le portrait de Romain Joly & Lisa Bravi. À droite, leur projet “Mistralou” composé de mobilier réalisé en boutons enfilés sur des tiges et de tissu recyclé
© Villa Noailles / Photo Luc Bertrand
« On a imaginé qu’un coup de mistral venait de casser les carreaux et envoler les objets dans ce salon de lecture. » Le duo de créateurs évoque ainsi sa pièce post-apocalyptique où tout (ou presque) est réalisé en textile : sur les murs, de grands pans de velours reprennent des motifs de moulures et retiennent des pages de livres imprimées sur tissu qui oscillent au gré de la brise ; certains paysages comme aquarellés sur de l’organza multiplient les effets de moirure. Au sol, trainent des pages envolées près d’assises en boutons, enfilés comme des perles à la structure. Rafraîchis, on se laisse gagner par cette poésie du désordre un brin rétro.
Design Parade Hyères - 18e Festival International de Design
Expositions ouvertes jusqu’au 1er septembre 2024
Les projets des 10 finalistes du concours
Scénographie : Paul Emilieu Marchesseau (finaliste Design Parade Toulon 2016)
Salles vo.t.es, galerie 1 et atelier de peinture
Design Parade Toulon - 8e Festival International d’Architecture d’Intérieur
Expositions ouvertes jusqu’au 3 novembre 2024
Les projets des 10 finalistes du Concours Design Parade Toulon.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi