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MAMAC – Villa Arson

5 surprenants artistes italiens contemporains à découvrir à Nice

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À Nice, le MAMAC et la Villa Arson unissent leurs forces pour offrir à l’art contemporain italien une double vitrine. Le premier met en lumière 55 artistes ayant travaillé et exposé entre 1960 et 1975, et la deuxième poursuit l’histoire à partir des années 90 avec une vingtaine de noms. Traversés de questionnements sur la société italienne, la nature, le corps, le travail et même sur Internet, les deux accrochages offrent surtout l’occasion de découvrir des artistes méconnus du grand public. Cinq d’entre eux nous ont tapé dans l’œil.

1. Avec les travestis : Lisetta Carmi

D’emblée, une émotion. Lisetta Carmi (1924–2022), impressionnante de tendresse avec ses portraits de travestis, vient tout juste de disparaître, le 5 juillet 2022, à l’âge de 98 ans – un mois et demi après l’ouverture de l’exposition du MAMAC. Elle résonne d’ailleurs particulièrement bien avec la figure tutélaire de l’exposition, Pier Paolo Pasolini. Engagée comme lui, l’Italienne a commencé sa vie artistique en pianiste virtuose, quoiqu’empêchée dans ses études par les lois raciales fascistes de 1938, qui restreignaient alors l’accès d’une jeune fille juive au savoir. En 1960, tout change. Le sixième congrès du Mouvement social italien, parti néofasciste, la pousse à s’intéresser à ses opposants. Elle délaisse les touches blanches et noires pour les rues de Gênes, où elle photographie en autodidacte les travestis et transsexuels. Valérie Da Costa, commissaire de l’exposition, souligne : « Lisetta Carmi pose un regard précurseur sur la question du genre et de la prostitution en Italie ; le thème reste totalement novateur dans un pays dominé par la religion catholique et le poids de la papauté. »

Lisetta Carmi, I Travestiti
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Lisetta Carmi, I Travestiti, 1965–1970

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impression digitale (2017) • 40 × 30 cm • Courtesy Ciaccia Levi, Paris / © Lisetta Carmi et Martini & Ronchetti

2. Contre les modernistes : le groupe Archizoom

Aux lignes trop strictes et austères des architectes modernistes, le groupe Archizoom tire la langue – et semble bien s’amuser. Fondé à Florence en 1966 puis dissout en 1974, il se compose d’architectes nés au début des années 40 (Andrea Branzi, Gilberto Corretti, Paolo Deganello, Massimo Morozzi, Dario et Lucia Bartolini), désireux de ramener de la vie et de la joie dans le sujet de l’habitat. Andrea Branzi : « Faire de l’architecture ne voulait pas dire uniquement faire des maisons ou, de façon plus générale, construire des choses utiles ; c’était s’exprimer, communiquer, débattre, créer librement son propre espace culturel, en fonction du droit de chaque individu à réaliser son propre environnement. » Sur cette photographie de 1967, assortie dans l’exposition de ces mêmes assises sur lesquelles on meurt d’envie de s’alanguir, on devine à la fois l’influence des courbes naturelles de la nature sur le mobilier, une envie de légèreté et de confort… et surtout une certaine facétie anti-bon goût, caractéristique de ce groupe nettement moins célèbre que Memphis (apparu en 1980 à Milan).

Archizoom Associati, Superonda Sofa in Villa Strozzi Gardens
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Archizoom Associati, Superonda Sofa in Villa Strozzi Gardens, 1967

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Sofa découpé dans un bloc de polyuréthane et recouvert de simili-cuir brillant, reproduction photographique • 240 × 100 × 38 cm • Courtesy Centro Studi Poltronova / Photo Dario Bartolini

3. Giorgio Griffa, une redécouverte française

Avec ses expositions au LaM de Villeneuve-d’Ascq et au Centre Pompidou, Giorgio Griffa (né en 1936) a la cote en France. Réjouissons-nous ! Le peintre abstrait, qui déclare : « Je ne représente rien, je peins », est d’une liberté qui fait plaisir à voir. Ses toiles restent sans châssis, et sont rangées pliées, comme des draps, dans les réserves des musées. Une volonté de cet artiste originaire de Turin, qui travaille avec une simplicité radicale. Il applique de simples bandes de couleurs du bout du pinceau, travaille les lignes obliques, horizontales, verticales, en de subtiles nuances colorées… Il n’y rien à comprendre, mais tout à voir dans cet art désarmant, où apparaît en filigrane le geste de l’artiste, son corps tout entier investi dans l’acte de peindre.

Giorgio Griffa, Linee orizzontali
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Giorgio Griffa, Linee orizzontali, 1974

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acrylique sur toile • 68 × 160 cm • Courtesy de l’artiste et de l’Archivio Giorgio Griffa / Photo Giulio Caresio / © Adagp, Paris, 2022

4. Marisa Merz, l’épouse merveilleuse de l’Arte Povera

Seule femme de l’iconique groupe de l’Arte Povera, Marisa Merz (1926–2019) est présente au MAMAC à travers une œuvre bouleversante : une petite paire de chaussons tissés en fils de cuivre. L’artiste est elle aussi bien connue pour la modestie de son approche plastique : dans sa vidéo La Conta (1967), elle se filme en train de compter et d’aligner sur un plat des petits pois sortis d’une conserve. Selon la commissaire, son exploration de gestes humbles traduit son envie de sortir des gestes codifiés de la sculpture, censée dompter la matière à force de virtuosité. « L’œuvre Scarpette, ajoute-t-elle, crée une convergence entre le corps comme mesure, l’habit et le travail manuel. Dans cette dimension, le travail échappe à la définition d’œuvre pour devenir une situation plus ouverte et horizontale. Il assume un statut plus hybride et revendiqué de travail et tire l’œuvre vers l’action selon l’acception d’Hannah Arendt, c’est-à-dire condition de l’ « être au monde ». »

Marisa Merz, Senza Titolo (Scarpette)
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Marisa Merz, Senza Titolo (Scarpette), 1975

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fil de cuivre • 4 × 23 × 9 cm / chaque • Collection Mario Merz, Turin • © Renato Ghiazza / © Adagp, Paris, 2022

5. Hacker les GAFA avec Paolo Cirio

Des silhouettes à taille humaine traversent la Villa Arson. Seule anomalie : elles sont un peu floues, comme capturées sur un écran. Militant et hacker bien connu, le Turinois Paolo Cirio (né en 1979) les a trouvées et prélevées à l’endroit précis de la Villa Arson sur Google Street View, cette application qui photographie la moindre rue du monde… et capture au passage quelques passants. C’est justement ce qui pose problème à l’artiste, soucieux de la préservation de l’anonymat. Luttant avec acharnement contre la reconnaissance faciale, Paolo Cirio s’est fait connaître en France en affichant dans les rues parisiennes les images de visages de policiers trouvées en ligne. L’homme multiplie depuis le début des années 2000 les interventions pirates, se plaçant à la frontière entre activisme et performance plastique. Et s’empare de l’art comme révélateur, et comme acteur – non sans une certaine violence.

Vue d’une œuvre de Paolo Cirio dans l’exposition « Le futur derrière nous, l’art italien depuis les années 1990 : le contemporain face au passé »
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Vue d’une œuvre de Paolo Cirio dans l’exposition « Le futur derrière nous, l’art italien depuis les années 1990 : le contemporain face au passé », 2022

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© Jean-Christophe Lett

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Vita Nuova. Nouveaux enjeux de l’art en Italie. 1960-1975

Du 14 mai 2022 au 2 octobre 2022

www.mamac-nice.org

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Le futur derrière nous. L'art italien depuis les années 1990 : le contemporain face au passé

Du 12 juin 2022 au 28 août 2022

villa-arson.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Arte povera Marisa Merz

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