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Jean Dewasne, La Grande ourse, 1958
Laque sur isorel • 122 x 183 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Bertrand Prévost/Dist. RMN-GP © Adagp, Paris, 2022
Ground control to Major Tom. Cet été, la fondation Vasarely embarque les visiteurs dans une épopée interstellaire, vers l’infini et l’au-delà ! Une space odyssée aux confins de la modernité et de l’univers, des avant-gardes et du cosmos. Il faut dire que le lieu aux allures de vaisseau spatial, imaginé au début des seventies par le père de l’Op Art, plante d’emblée le décor de cette exposition estivale présentée en partenariat avec le Centre Pompidou. Lui-même passionné par la conquête spatiale, Vasarely, à qui l’on doit aussi la pochette culte de Space Oddity de David Bowie, avait pour coutume de donner à ses œuvres des noms d’étoiles (Vega, Beltegeuse…). C’est lui qui, bien sûr, ouvre le bal avec Oerveng Cosmos, une sérigraphie éditée en 1982 à l’occasion du premier vol spatial habité franco-soviétique Saliout 7. Suivent František Kupka, Lucio Fontana, Anna-Eva Bergman, Max Ernst, Alain Jacquet ou encore Evariste Richer… Une galaxie d’artistes du début du XXe siècle à nos jours, rassemblés au fil d’un parcours qui, puisant dans les prémices de la modernité, s’achève sur les sombres incertitudes de notre monde.
František Kupka, Soleil, 1930–1935
Huile sur toile • 48,5 × 73 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais – © Jean-Claude Planchet © Adagp, Paris, 2022
Parce qu’il est synonyme de non-lieu sans limite, l’univers s’est imposé comme le berceau idéal des utopies modernistes. Tout au long du siècle passé, les avant-gardes ont multiplié les références au cosmos, usant à l’envi de motifs qui, à l’image du cercle, évoquent tantôt le disque solaire, tantôt des planètes en mouvement. De son Premier pas (1909), probablement peint à partir d’une photographie scientifique, à ses Printemps cosmiques, Kupka fait partie de ces artistes qui, pionniers de l’abstraction, ont témoigné d’un intérêt durable pour le cosmos. En témoigne, au cœur de l’exposition, Soleils (1930–1935), une petite toile tardive représentant des disques concentriques colorés, comme autant d’astres rayonnant au beau milieu du vide.
Max Ernst, La Comète, 1959
Tapisserie, laine • 214,5 x 169,5 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais - © image Centre Pompidou, MNAM-CCI © Adagp, Paris, 2022
Cette inclinaison des artistes de la modernité pour les cosmos est aussi évoquée à travers l’œuvre de Lucio Fontana, dont les Concetto Spaziale perforés de petits trous évoquent une constellation de petites étoiles. « Quand je veux faire un tableau, je veux ouvrir l’espace, créer pour l’art une nouvelle dimension, le rattacher au cosmos tel qu’il s’étend, infini, au-delà de la surface plate de l’image » expliquera-t-il au sujet de sa série Tagli (1958–1968). C’est cet imaginaire qui anime aussi pendant plusieurs décennies Antoine Pevsner – qui réalise à trente ans d’écart Naissance de l’Univers (1933) puis Rencontre des planètes (1961) –, ou encore Max Ernst avec ses « Tableaux-planètes ».
Alain Jacquet, Reflexion of a Golden Egg, 1988
Pigments synthétiques sur toile de lin • 282 × 253,5 cm • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais – © Philippe Migeat © Adagp, Paris, 2022
Photographiée par la NASA, la Terre devient à partir des années 1970 l’écran de projection de nos fantasmes. Une image que, comme Warhol avant lui avec Marilyn ou La Joconde, le Français Alain Jacquet va démultiplier à l’infini avec sa série Visions (1978–1988). Et le cosmique devint pop ! L’avènement de la science-fiction façonne de nouveaux imaginaires para-scientifiques qui inspirent les artistes contemporains comme Hugues Reip. Son petit film d’animation Overdrive (2001) montre un ballet hypnotique de petits points semblables à des planètes en rotation. Plus loin, l’inquiétant Principe d’incertitude (2003) d’Evariste Richer présente, sur six grandes plaques métalliques, le nom et la date de lancement de tous les satellites mis en orbite entre octobre 1957 et août 2003. L’inventaire glaçant d’une menace silencieuse et mortifère, qui envisage l’espace comme un vaste cimetière de ferraille. Tandis qu’à quelques pas, les Spaceships (2018) de Caroline Mesquita, tels des carcasses de vaisseaux spatiaux défoncés, semblent s’être écrasés là, au beau milieu de l’exposition… Où le rêve a fait place à la ruine.
Modernités cosmiques
Du 18 juin 2022 au 16 octobre 2022
Fondation Vasarely • 1 avenue Marcel Pagnol • 13090 Aix-en-Provence
www.fondationvasarely.org
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