Art contemporain

À la fondation Giacometti, le dessin d’enfant élevé en monument par Petrit Halilaj

Par

Publié le , mis à jour le
Petrit Halilaj, Vue d’exposition à la Fondation Giacometti
voir toutes les images

Petrit Halilaj, Vue d’exposition à la Fondation Giacometti, 2025

i

© Succession Alberto Giacometti © ADAGP

En 1932, Alberto Giacometti (1901–1966) sort de son atelier du 14e arrondissement de Paris et s’arrête, stupéfait, sur des dessins d’enfants tracés à la craie sur le trottoir. Il sort son crayon, son carnet, et se met à les copier, aussi soigneusement et avec le même sens du détail « qu’il le fit avec les gravures d’Albrecht Dürer ou les peintures de Paul Cezanne », raconte Hugo Daniel, commissaire de la nouvelle exposition de la fondation Giacometti.

Intitulée « Alberto Giacometti / Petrit Halilaj. Nous construisons un fantastique palais la nuit… », celle-ci met en dialogue les études de dessins d’enfants du maître avec un artiste contemporain encore méconnu en France malgré son succès international, Petrit Halilaj (né en 1986). D’origine kosovare, l’homme a appris le dessin lorsqu’il était enfant, pendant les années de guerre, et parce qu’il fallait bien passer le temps dans le camp de réfugiés où il devait alors vivre.

Artistes et enfants mêlés

Lorsqu’il évoque les enfants, Giacometti ne parle pas de naïveté mais d’« assurance », une qualité qui selon lui se perd à l’âge adulte

Ses premières feuilles, précieuses, ont été conservées par l’artiste devenu adulte, et sont montrées dans le cabinet d’arts graphiques de la fondation. Elles dialoguent avec d’autres, signées de la nièce de Petrit, Luna, six ans, qui a accepté d’en faire le prêt. Mais aussi avec celles de Silvio, neveu de Giacometti, avec qui ce dernier a passé une partie de la guerre et dessiné, aussi. En considérant ainsi au même niveau les enfants et les artistes, le commissaire fait le choix de la tendresse, certes, mais met aussi en avant les réflexions des deux plasticiens autour du dessin d’enfant comme « registre de pensée » à part entière, nous dit-il.

Alberto Giacometti, Copie d’après des dessins d’enfants faits à la craie sur le trottoir du Boulevard Villemain
voir toutes les images

Alberto Giacometti, Copie d’après des dessins d’enfants faits à la craie sur le trottoir du Boulevard Villemain, 1932

i

Encre noire et crayon graphite sur page de carnet détachée • 17,2 × 22,6 cm

D’ailleurs, lorsqu’il évoque les enfants, Giacometti ne parle pas de naïveté mais d’« assurance », une qualité qui selon lui se perd à l’âge adulte. Petrit Halilaj, lui aussi, est fasciné par les productions spontanées des plus jeunes : revenu, adulte, au Kosovo, il récolte comme des trésors de témoignage des dessins trouvés dans une école désertée. Fidèlement imités, ceux-ci lui ont inspiré des sculptures de grande taille, exposées un peu partout (jusqu’au plafond !) dans la fondation.

De la feuille au monument

Alberto Giacometti, Transformation des dessins en construction en bronze
voir toutes les images

Alberto Giacometti, Transformation des dessins en construction en bronze, 2025

i

Bronze • © Succession Alberto Giacometti © ADAGP

Petrit Halilaj a aussi repris les copies de dessins d’enfant de Giacometti pour en faire une architecture monumentale, bâtie à partie de simples traits noirs. Ce palais rêveur, onirique, invite à une passionnante réflexion sur la taille des œuvres : avec de toutes petites choses, comme une sculpture aussi fine qu’un fil de fer et aussi haute qu’un timbre, le commissaire met en évidence l’intérêt de Giacometti pour le petit format (et même son aversion pour les sculptures monumentales, lui qui a renoncé à signer un monument pour la ville de New York).

Pourtant, il y a déjà « dans ce presque rien » dans cette minuscule ligne, « la présence affirmée d’un être », s’enthousiasme le commissaire. Il y a aussi de cela chez Petrit Halilaj, qui donne vie à d’improbables oiseaux en plantant simplement une plume sur deux pattes élancées. L’ultime salle du parcours est ainsi peuplée de maigres « armatures, pas encore des sculptures » de Giacometti, et des volatiles filiformes de Halilaj. Sous nos yeux, très peu de matière donc, mais un effet d’une beauté immense qui nous laisse absolument bouleversés. Vraiment, un dialogue magnifique.

Arrow

Alberto Giacometti / Petrit Halilaj. Nous construisons un fantastique palais la nuit…

Du 14 mars 2025 au 8 juin 2025

www.fondation-giacometti.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Alberto Giacometti

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi