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Art contemporain

À Bruxelles, la peinture tout en plis et replis d’Emmanuelle Castellan

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Publié le , mis à jour le
Elle s’est emparée avec grâce de la Verrière, espace d’exposition de la fondation Hermès à Bruxelles, où elle a vécu, travaillé et expérimenté. Emmanuelle Castellan peint, efface, repeint, plie et déplie la toile en éventail, l’installe sur de grands pans de murs ou au sol… Le résultat (bluffant) se découvre gratuitement aux côtés d’autres peintres, d’un céramiste et d’une poète dans un accrochage d’une grande beauté.
Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière (Like an open book, 2022)
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Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière (Like an open book, 2022), 2024

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

On dirait, et pourtant non : la Verrière n’est pas un cube parfait. Malgré son apparente orthogonalité, l’espace est plus déroutant qu’il n’y paraît, avec ses murs légèrement obliques. Joël Riff, commissaire de l’exposition d’Emmanuelle Castellan (née en 1972), a voulu en jouer, en accrochant par exemple deux miroirs de Dagobert Peche (1887–1923), chacun au milieu de son mur. La magie de ce non cube fait ainsi qu’ils ne sont pas face à face, que les reflets se perdent.

Le geste en dit long sur l’approche singulière de ce curateur : d’abord, lorsque Joël Riff propose une exposition monographique à un artiste, il aime ne pas le laisser seul, et le faire dialoguer avec d’autres, mettre en évidence des affinités.

Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière
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Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière, 2024

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Ici, avec le designer Dagobert Peche, donc, mais aussi avec le céramiste Johannes Nagel (né en 1979), qui crée ses vases à partir du vide que produit son bras en creusant dans le sable (le moulage fait le reste), et les extraordinaires quoique discrets peintres Norbert Schwontkowski (1949–2013) et Walter Swennen (né en 1946), dont les recherches délicates entrent en résonance avec Emmanuelle Castellan.

Le moindre détail a été soigneusement choisi

Portrait d’Emmanuelle Castellan
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Portrait d’Emmanuelle Castellan

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© Emmanuelle Castellan

Et puis Joël Riff est un fidèle des arts dits décoratifs, arts de mains, compagnons du quotidien. Au point de suggérer aux artistes d’amener dans l’espace d’exposition du mobilier venu de leur atelier ; cette fois-ci, Emmanuelle Castellan y a installé sa table et ses chaises, où reposent les prospectus et où s’assoit le médiateur.

Leçon : regardez bien, regardez tout, car le moindre détail a été soigneusement choisi. Même la rédaction du texte du livret a été confiée à la poète Muriel Pic (née en 1974), qui révèle l’onirisme paysagers des « plis » et « replis » de la peinture ici dévoilée.

Peinture qu’Emmanuelle Castellan a découverte enfant, à petits pas. D’abord, avec des illustrations, des copies que son père réalisait d’après Van Gogh, un peu naïvement dit-elle. « J’étais aussi fascinée par les images de cinéma que je collectionnais petite » ; et l’on reconnaîtra dans cette inspiration venue de l’enfance la suspension narrative de ses toiles, dont les figures apparaissent saisies dans un instant énigmatique, dont on ne sait rien. Elle cite encore la bande dessinée, les caricatures de presse, Honoré Daumier, par exemple.

Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière
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Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

« Je me suis mise à dessiner dans les marges de mes cahiers d’école. » Le tout l’a menée jusqu’aux bancs des Beaux-arts de Clermont-Ferrand ; dix ans après l’obtention de son diplôme, en 2009, elle déménage en Allemagne. C’est là, à Berlin, qu’elle vit et travaille désormais.

Pliures et superpositions

« Je ne voulais pas produire quelque chose qui ne me serve pas plus tard ou qui ne soit pas recyclable. »

À Bruxelles, elle a passé 15 jours sur place – ce qui est plutôt long pour un montage d’exposition. Elle a travaillé à partir de toiles libres, qui sont d’ailleurs appelées à être réutilisées – en réponse, détaille-t-elle, aux peintures murales éphémères qu’elle faisait auparavant et qui ont fait sa renommée. « J’ai pensé à une économie circulaire ; je ne voulais pas produire quelque chose qui ne me serve pas plus tard ou qui ne soit pas recyclable, et ça m’a donné envie d’intervenir dans l’espace avec des toiles qui peuvent ensuite être pliées, empaquetées et potentiellement réutilisées pour des peintures futures. »

Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière (Sleep song, 2024 et reverse, 2018)
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Vue de l’exposition d’Emmanuelle Castellan, « Spektrum », La Verrière (Sleep song, 2024 et reverse, 2018)

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Ses grands pans de toiles peintes, sans châssis, sont animés de pliures, de superpositions, de peinture appliquée puis retirée – une peinture du temps long. « Tout est parti d’un travail au sol et au mur que j’ai déployé en partant des angles de la Verrière », nous explique-t-elle. « Je voulais orienter le regard dès qu’on entre vers les deux angles de part et d’autre, et déployer une peinture dans le dos du visiteur. J’ai pensé à une sorte de feuilletage de l’espace, qui devient une forme enveloppante pour les œuvres comme pour le visiteur, à mi-chemin entre des fonds picturaux et des fonds de théâtre, comme une mise en scène. »

Il est vrai qu’en observant ses œuvres, on entendrait presque des frôlements de rideaux, des pas qui s’échappent, une page tournée furtivement. Une histoire surprise entre deux portes, mais finalement une histoire de peinture, de pigments, de toile. Une peinture de matière, plus que d’image.

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Emmanuelle Castellan. Spektrum

Du 16 mai 2024 au 27 juillet 2024

www.visit.brussels

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