Giovanni Battista Caracciolo, Saint Jean Baptiste enfant, vers 1622
Huile sur toile • 62,5 x 50 cm • © Fondazione De Vito, Vaglia à Florence
Certains collectionneurs sont monomaniaques. C’était le cas de l’historien de l’art, ingénieur et entrepreneur italien Giuseppe De Vito (1924–2015) qui, à partir de la fin des années 1960, a rassemblé uniquement des peintures napolitaines du XVIIe siècle – et pas des moindres ! En 2011, cet érudit crée la fondation De Vito, qu’il domicilie dans sa dernière demeure : la villa toscane d’Olmo, près de Florence, qui abrite toujours la totalité de ces peintures, dont quarante ont été prêtées pour cette exposition.
Jusepe de Ribera, Saint Antoine abbé, 1638
Huile sur toile • 71,5 × 65,5 cm • Vaglia, Fondazione De Vito • © Fondazione De Vito, Vaglia à Florence
Si De Vito s’est tant passionné pour l’art napolitain du XVIIe siècle, c’est parce que cette ville était à cette époque l’un des centres artistiques les plus bouillonnants d’Europe. La cause ? La présence des vice-rois espagnols, alors dirigeants du royaume, qui ne cessaient d’y solliciter des artistes, mais aussi une grande ferveur religieuse, renforcée par les épidémies de peste et plusieurs éruptions du Vésuve. Ainsi, en 1631, le volcan tue 4 000 personnes, mais la lave s’arrête aux portes de la ville grâce à, dit-on, l’intercession de Saint Janvier (San Gennaro en italien), à qui seront dédiés en retour de nombreux chars décorés, processions et tableaux.
L’art napolitain de l’époque est également marqué par le passage de Caravage qui, bien qu’il n’y ait séjourné que brièvement (de 1606 à 1607, puis de 1609 à 1610), y laisse durablement son empreinte. Son naturalisme étrange baigné d’un puissant clair-obscur influence de nombreux artistes comme José de Ribera, dont on admire ici un Saint Antoine abbé au regard intense et aux rides profondes à moitié mangées par l’obscurité, détaillé jusqu’au moindre poil de barbe. Pour son Saint Jean Baptiste enfant (vers 1622), Giovanni Battista Caracciolo, dit Battistello, s’inspire autant des contrastes théâtraux d’ombre et de lumière de Caravage que de son réalisme prosaïque en mettant en avant les mains du garçon, sales et brûlées par le soleil. Des préceptes que suit également son élève Massimo Stanzione avec son remarquable Saint Jean Baptiste dans le désert (vers 1630).
Massimo Stanzione, Saint Jean Baptiste dans le désert, vers 1630
Huile sur toile • 180 x 151,5 cm • Fondazione De Vito, Vaglia (Firenze) • © Fondazione De Vito, Vaglia (Firenze) Photo Claudio Giustiweb
Giovanni Ricca, Le Martyre de sainte Ursule, vers 1634–1636
Huile sur toile • 123 × 155 cm • Vaglia, Fondazione De Vito • © Fondazione De Vito, Vaglia à Florence
Mais les Napolitains ont leur propre style. « Chez ces peintres, les traits des personnages, les formes et les contrastes d’ombres et de lumière sont légèrement adoucis par rapport au Caravage », précisent les commissaires. En témoignent, plus loin, Le Mariage mystique de sainte Catherine de Paolo Finoglia (1635), une scène pleine de douceur et de tendresse malgré ses contrastes caravagesques, ou encore Le Martyre de sainte Ursule de Giovanni Ricca (vers 1634–1636), où la figure de la sainte est si apaisée qu’on ne comprend pas tout de suite qu’il s’agit d’une scène de mise à mort. Loin des fontaines de sang de Caravage, il faut scruter la toile pour y dénicher la pointe rougie d’une flèche…
Dans ce tableau éclate aussi le goût des peintres napolitains pour les étoffes et les coloris précieux. À cette suppliciée vêtue de vert émeraude, de rose et de jaune, répondent deux toiles de Massimo Stanzione, Judith tenant la tête d’Holopherne [ill. en Une], et Salomé portant la tête de saint Jean Baptiste (vers 1645) [ill. ci-dessous]. La première est richement drapée de jaune et de rouge, la seconde vêtue d’une robe bleue à motifs dorés assortie d’une cape d’un jaune éclatant, et coiffée d’une élégante aigrette blanche – une tenue merveilleuse qui contraste fortement avec la sinistre tête coupée qu’elle porte sur un plateau ! De même, la gravité se mêle à l’éclat dans Sainte Lucie de Bernardo Cavallino, où la violence du sujet (la sainte s’est arraché les yeux, posés sur la table) est contrebalancée par la vivacité des coloris et la pose, raffinée jusqu’au bout des doigts.
Bernardo Cavallino, Sainte Lucie, vers 1645–1648
Huile sur toile • 129,5 × 103 cm • Vaglia, Fondazione De Vito • © Fondazione De Vito, Vaglia à Florence
Qui sont ces personnages ? S’agit-il de représentations de l’odorat et de la vue ? Mystère…
Autre moment fort, la salle consacrée au Maître de l’Annonce aux bergers, peintre anonyme actif à Naples entre 1625 et 1650. Cet héritier de Ribera, lui-même inspiré par Caravage, fascinait De Vito qui possédait de lui quatre œuvres dont une Figure juvénile humant une rose et un superbe Homme méditant devant un miroir qui, les yeux baissés, observe son reflet dans un miroir qu’il tient entre ses mains… Qui sont ces personnages ? S’agit-il de représentations de l’odorat et de la vue ? Mystère… De Vito semblait amateur d’énigmes, car d’autres artistes étranges figurent dans la collection, comme Antonio de Bellis, Giovanni Battista Spinelli ou Francesco Fracanzano, qui surprend avec ses personnages massifs.
Vue de l’exposition “Naples pour passion. Chefs-d’œuvre de la collection De Vito”
Scénographie Camargo A&D • Musée Magnin • © Rmn-Grand Palais, 2023
Mattia Preti, La Déposition du Christ, vers 1675
Huile sur toile • 179 × 128 cm • Vaglia, Fondazione De Vito • © Fondazione De Vito, Vaglia à Florence
Dans les dernières salles, de nouveaux chefs-d’œuvre attendent le visiteur, dont une superbe Tête de Saint Jean Baptiste de Luca Giordano et une extraordinaire Déposition du Christ de Mattia Preti (vers 1675), d’une modernité photographique saisissante, au centre duquel le sommet du crâne luisant de l’un des personnages semble se renverser vers nous, emporté par le poids du corps du Christ qu’il tient dans ses bras. L’exposition se clôt enfin sur d’impressionnantes natures mortes de Luca Forte, Giovanni Recco et Giuseppe Ruoppolo, qui, sur un fond noir, font surgir des amoncellements de fleurs, citrons, anguilles, huîtres et aras au plumage rouge vif… Le foisonnement artistique napolitain servi sur un plateau d’argent !
Naples pour passion. Chefs-d’œuvre de la collection De Vito • Musée Magnin
Du 25 mars 2023 au 25 juin 2023
Musée Magnin • 4, rue des Bons Enfants • 21000 Dijon
musee-magnin.fr
Naples pour passion. Chefs-d’œuvre de la collection De Vito • Musée Granet
Du 15 juillet 2023 au 29 octobre 2023
www.museegranet-aixenprovence.fr
Musée Granet • Place Saint-Jean de Malte • 13080 Aix-en-Provence
www.museegranet-aixenprovence.fr
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