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Espagnol devenu Napolitain, souvent rapproché de Caravage qui l’a inspiré, José de Ribera (1591–1652) ou Jusepe de Ribera (en italien), dit « lo Spagnoletto » (l’Espagnolet), est le peintre des infortunés, des martyres et des suppliciés. Artiste à l’âme brûlante, il était un apôtre du ténébrisme. Aux côtés de Diego Vélasquez, Bartolomé Murillo et Francisco de Zurbarán, Ribera incarne le réalisme espagnol du Siècle d’or, dans ce qu’il a de plus sanguinaire et de plus farouche.
D’après Giovanni Domenico Campiglia, Portrait de Jusepe de Ribera, 1754
Gravure • Coll. particulière • © Bridgeman Images
« Les vieillards croulant de caducité, les mendiants honteusement sordides, tels sont les sujets qu’affectionne Ribera, et qu’il revêt, malgré leur horreur, de la suprême beauté de l’art. » Théophile Gautier
Né en 1591 dans la province de Valence, Jusepe de Ribera est probablement issu d’une famille aisée. Le jeune garçon étudie les lettres (ses parents le destinaient certainement à une carrière libérale) mais préfère le monde des arts. Il entre donc dans l’atelier de Francisco Ribalta, peintre ayant une solide connaissance de l’art italien, en particulier vénitien. De nombreux peintres napolitains intervenaient alors à cette époque en Espagne, et plus spécialement à Valence. La peinture italienne était une référence !
Suivant l’exemple de quelques compatriotes, Ribera embarque pour l’Italie probablement en 1600. Sans même prévenir sa famille, sans ressources, il arrive à Rome, fiévreux de copier les maîtres et d’étudier l’antique. Très vite, il se fait connaître sous le surnom de « lo Spagnoletto » (« le petit Espagnol », peut-être en raison de sa taille). L’histoire raconte qu’il vivait dans des conditions misérables, couchant à la belle étoile et survivant grâce à l’aumône publique.
La découverte des toiles de Caravage a bouleversé l’intrépide artiste. Désireux de devenir son élève, il se met à courir l’Italie jusqu’au royaume de Naples. S’il semble que Ribera ait pu rencontrer Caravage, ce n’était que brièvement, suffisamment du moins pour qu’il s’inspire de sa manière et perce quelques-uns de ses secrets. Ribera reprend sa course à travers le pays. À Parme, il admire Le Corrège, pourtant si éloigné de son style.
Revenu à Naples, alors sous domination espagnole, l’artiste pensait y trouver un second foyer. Il parvient à s’y faire connaître et entre au service du vice-roi de Naples, ce qui lui attire d’importantes commandes auprès des plus riches familles d’aristocrate, jusqu’au Vatican. Il se marie, s’installe dans une vie confortable. Ne voulant pas perdre sa situation, Ribera renonce à retourner en Espagne, et cela bien que Naples était une ville des plus dangereuses…
Son déclin, Ribera le doit à une histoire d’amour. Non la sienne, mais au départ inopiné de sa fille avec un jeune prince. C’est de chagrin que le peintre serait mort, reclus dans sa propriété, en 1652.
Jusepe de Ribera, La Femme à barbe, 1631
Huile sur toile • 196 × 127 cm • Coll. musée de l’Hôpital de Tavera, Tolède • © akg-images / Joseph Martin
Ce tableau atypique représente la femme à barbe Magdalena Ventura donnant le sein à un bébé, accompagnée de son époux à l’arrière-plan. La scène, plongée dans une sourde obscurité, donne un sentiment de malaise et de promiscuité. Jusepe de Ribera est en plein caravagisme ! Comme Caravage, mais aussi Vélasquez, l’artiste s’est attaché aux renégats et aux personnages singuliers, aux scènes pittoresques de la société de son temps.
Jusepe de Ribera, Le Martyre de saint Philippe, 1639
Huile sur toile • 234 × 234 cm • Coll. musée du Prado, Madrid
Ribera est un inconditionnel des scènes de martyre, toutes d’une rare puissance dramatique. Les victimes agonisantes semblent avoir fait son bonheur ! En peignant ces scènes violentes, l’artiste entendait surtout perpétuer la tradition naturaliste du Caravage, dont il se sentait le légitime héritier. Il voulait aussi se différencier de l’élégance des peintres italiens et du maniérisme des suiveurs de Michel-Ange.
Jusepe de Ribera, Le Pied-bot, 1642
Huile sur toile • 164 × 93 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse/Leemage
Boiteux, effronté et canaille, ce jeune mendiant vêtu de laine brune rit de toutes ses dents. Simple d’esprit, peut-être, il semble nous dire que Dieu ne l’a pas oublié, malgré ses tares et sa pauvreté évidente. Ribera a souvent mis en scène l’image de la sainteté sous l’apparence de l’infirme, du nain ou de l’idiot. Bien que misérable, le mendiant pose avec fierté devant le peintre, comme s’il était un jeune prince. Datant de la maturité du peintre, la toile témoigne de l’éclaircissement de la palette de Ribera, éloignée du ténébrisme de ses débuts.
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