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Frida Kahlo, Autoportrait à la robe de velours, 1926
Huile sur toile • 79,7 x 60 cm • Coll. privée • © Banco de México Diego Rivera & Frida Kahlo Museums Trust, México D.F. / 2021, ProLitteris, Zurich / Photo: © akg-images / Erich Lessing
Gros plan, cadrage photographique ou filmique resserré, idéal pour le portrait. En anglais, close-up dénote la proximité, voire l’intimité avec le sujet. « Dans une période de distanciation sociale, où beaucoup de gens regrettent d’être proches les uns des autres et où les visages sont cachés sous des masques, une exposition de portraits est particulièrement significative et intéressante. », selon Theodora Vischer, commissaire de cette exposition qui zoome sur neuf destins de femmes, des années 1870 à 2020. Des noms déjà reconnus, et auxquels il n’est pas question, à Bâle, de consacrer des rétrospectives, mais plutôt d’offrir au spectateur le soin d’effectuer des rapprochements en une seule salle où sont exposées une dizaine d’œuvres – des portraits essentiellement – pour chacune des neuf artistes. Elles auraient pu être dix : la Russe Marie Bashkirtseff, morte à 26 ans, eut un destin trop court et seules deux de ses œuvres sont présentées à part, dans une dernière salle.
Berthe Morisot, Jeune femme cousant dans le jardin, 1883
huile sur toile • 50,2 × 60 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
Pour ouvrir le bal, deux championnes de l’Impressionnisme : Berthe Morisot et Mary Cassatt, toutes deux injustement sous-estimées jusqu’il y a une trentaine d’années. Elles illustrent bien le combat que représente la peinture pour une femme à la fin du XIXe siècle. Le foyer et l’univers de la maternité auxquels elles sont assignées deviennent alors des sujets de prédilection, même si l’Américaine se distingue aussi par l’effervescence des loges de théâtre qu’elle saisit avec vivacité. Chez Morisot comme chez Cassatt, c’est d’abord le naturel des poses qui retient l’attention. Qu’on ne s’y méprenne pas : ces tableaux intimistes étaient comme des pavés dans la mare, façon pour leurs autrices d’affirmer qu’elles étaient partie prenante de la révolution picturale en cours.
Paula Modersohn-Becker, Portrait of a girl with her hand spread across her chest, 1905
Tempera sur carton • 41 × 33 cm • Coll. musée Von der Heydt, Wuppertal
Marquée par ses passages à Paris au début des années 1900, Paula Modersohn-Becker livre quant à elle des autoportraits influencés par Gauguin et Rousseau. Étoile filante, l’artiste est morte en couche à 31 ans en 1907, ce qui n’enlève rien à son rôle – sous-évalué – dans la genèse de l’Expressionnisme. Même si elle vivra plus vieille, Lotte Laserstein a une carrière tout aussi éphémère : elle portraiture la femme allemande de l’entre-deux-guerres avec un réalisme photographique saisissant. Hélas, poursuivie par les nazis, elle devra s’exiler en Suède en 1933, d’où elle ne peindra plus d’œuvres marquantes jusqu’à sa mort en 1993…
L’Américaine Alice Neel est au contraire restée active tout au long de sa vie. Elle aussi se fait chroniqueuse de la société dont elle tire des portraits, approchant les plus grands comme Andy Warhol et Harold Cruse, capturés en toute intimité. Son environnement immédiat lui sert aussi de modèle, par exemple son fils de quatre ans représenté sur un cheval à bascule dans un style presque enfantin. Star entre toutes, Frida Kahlo ne pouvait être omise : on remarque notamment à Bâle un Autoportrait dans une robe de velours de 1926 [Ill. en une], conservé habituellement en collection privée.
Alice Neel, Hartley on Rocking Horse, 1943
Huile sur Toile • 76 × 86 cm • Coll. privée
Si l’exposition fait la part belle aux artistes historiques, trois artistes vivantes font aussi partie de ce prestigieux florilège féminin, avec en commun une forte empreinte des médias et de l’image télévisuelle. Sud-Africaine établie aux Pays-Bas depuis 1976, Marlene Dumas ne peint pas d’après des modèles vivants mais d’après des photographies des œuvres aux couleurs explosives et à la charge émotionnelle puissante influencées par Alice Neel. Reine de la photographie et de l’exploration de l’identité féminine, Cindy Sherman se joue de l’histoire de l’art à travers de grands autoportraits grimés. Plus inédit, une tapisserie monumentale la représentant au naturel en 2019 domine l’espace qui lui est dédié. Enfin, Elizabeth Peyton représente le renouveau actuel de la peinture figurative, avec son panthéon féminin personnel, de Camille Claudel à Greta Thunberg.
Lotte Laserstein, Girl lying on Blue, 1931
Huile de toile • 69 x 93 cm • Coll. privée / Courtesy Musée Das Verborgene, Berlin
Une exposition féministe ? « Non. Ce ne sont pas neuf femmes artistes que nous voulons réduire à leur condition de femme qui sont présentées, mais tout simplement neuf grandes artistes », souligne Theodora Vischer. Cindy Sherman comme Elizabeth Peyton se gardent d’ailleurs d’affirmer quelque message militant… On notera toutefois que le seul fait d’exister par la peinture est un acte féministe au temps de Berthe Morisot qui déplorait ainsi : « Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé, car je sais que je les vaux. »
De l’investissement de Laserstein dans le mouvement des Neue Frau [Nouvelles femmes] à l’Atlas féministe de Marlene Dumas – non-exposé ici – la cause est trop présente pour qu’on puisse en faire abstraction. Outre le portrait et la figuration, difficile malheureusement de percevoir le fil conducteur entre ces neuf portraits, même si en dernière salle les commentaires et lectures projetés ainsi que les extraits du journal de Marie Bashkirtseff, véritable source d’inspiration de générations de femmes, apportent des lumières salutaires. L’exposition « CLOSE-UP » parle d’abord aux sens et en termes d’émotions fortes, le visiteur ne sera pas déçu !
CLOSE-UP
Du 19 octobre 2021 au 2 janvier 2022
Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton.
Fondation Beyeler • 101 Baselstrasse • 4125 Riehen
www.fondationbeyeler.ch
À lire :
Le catalogue de l'exposition
Éd. Fondation Beyeler • 344 p. • 58 €
Disponible en anglais et en allemand.
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