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Il est le premier peintre à se peindre sous les traits du Christ, l’un des plus grands graveurs de son temps, et sans aucun doute le plus célèbre artiste de la haute Renaissance allemande. Albrecht Dürer (1471–1528) a esquissé l’une des premières synthèses entre le gothique germano-flamand et l’influence de l’art italien. Dessinateur d’une précision exceptionnelle, il s’est surtout illustré en pratiquant la gravure, art du multiple qui lui a assuré une grande notoriété et la diffusion de son œuvre à travers l’Europe entière.
Albrecht Dürer, Autoportrait de l’artiste au chardon, 1493
Parchemin collé sur toile • 56 × 44 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Luisa Ricciarini/Leemage
« Une peinture fait plus de bien que de tort, lorsqu’elle est bien exécutée, avec art et probité. »
Dürer est né à Nuremberg, ville devenue le creuset de l’humanisme allemand. Il est le fils d’un couple d’orfèvres productifs (qui n’ont eu pas moins de 18 enfants !). C’est donc tout naturellement que le jeune garçon se destine à cette profession. L’apprentissage de ce travail très technique révèle chez lui des qualités de dessinateur et de graveur. Son père, qui l’a observé, lui permet d’entrer dans l’atelier d’un peintre.
Quitté son apprentissage, Dürer se lance sur les routes aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie. Le jeune homme d’une vingtaine d’années découvre à Venise et à Florence les maîtres de l’art italien affranchis du gothique international. Le voilà de plain-pied dans la Renaissance !
En 1512, il entame sa carrière officielle en devenant peintre de la cour de Maximilien Ier de Habsbourg. Comme souvent pour les artistes de cour à cette époque, il s’acquitte aussi de missions diplomatiques.
Passionné par les lois de la perspective qu’il maîtrise en étudiant les mathématiques et les traités antiques et italiens, Dürer l’est aussi par la représentation du corps, ce « canon » idéal qu’il a appris à connaître en Italie. Il est d’ailleurs l’auteur d’un Traité des proportions humaines en 1525. C’est aussi un inconditionnel de l’art de l’autoportrait.
Dürer est un graveur accompli, et cela dès sa jeunesse. En ce domaine, il est un admirateur d’Andrea Mantegna. La gravure est un art du trait, basé sur la maîtrise du dessin. Avec lui, elle prend des lettres de noblesse qu’elle n’avait pas encore tout à fait dans la tradition allemande, passant de l’illustration imprimée à une véritable œuvre d’art. Dürer a du succès, ses qualités sont reconnues dans l’Europe entière. On estime qu’il a produit environ 300 gravures !
L’artiste est enterré à Nuremberg dans le cimetière de l’église Saint-Jean, église qu’il avait représentée dans une aquarelle durant sa jeunesse.
Albrecht Dürer, Autoportrait à 28 ans, 1500
Huile sur panneau de bois • 67 × 49 cm • Coll. Alte Pinakothek, Munich • © Bridgeman Images
Autoportrait à 28 ans, 1500
Dürer s’est auto-portraituré à de multiples reprises, mais il s’agit le plus souvent de dessins. Ici, il se représente à la manière du Christ, regardant le spectateur droit dans les yeux. C’est une manière pour le peintre d’affirmer sa position, et le rôle divin de l’artiste. L’axialité, si elle existe dans des images christiques antérieures, est rare à cette époque dans le portrait profane. Dürer apparaît sûr de lui, digne, et ne laissant pas transparaître ses émotions.
Albrecht Dürer, Adam et Ève, 1507
Huile sur panneau de bois • 209 × 81 cm • Coll. musée du Prado, Madrid • © Bridgeman Images
Adam et Ève, 1507
Ce célèbre diptyque représente le couple originel dans sa nudité, à l’exception des parties intimes masquées par des feuillages. Peint peu de temps après son retour d’Italie, il montre que Dürer s’interrogeait sur l’image idéalisée du corps humain, qui plus est grandeur nature. À côté d’Ève, se trouve le serpent, perché sur l’arbre de la Connaissance. Elle tient le fruit défendu, qu’elle n’a pas encore goûté. C’est donc une image de l’Homme avant la chute.
Albrecht Dürer, La Mélancolie, 1514
Gravure sur cuivre • 23,9 × 16,8 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York • © Bridgeman Images
La Mélancolie, 1514
Il s’agit peut-être de la plus célèbre gravure de l’histoire de l’art, et l’une des plus complexes réalisées par Dürer. Cette allégorie est porteuse de nombreuses énigmes, mêlant une profusion de symboles. Il est certain que l’artiste magnifie dans cette gravure sa maîtrise des lois de la perspective et de la géométrie, en faisant notamment figurer le « carré magique », symbole planétaire et image de la perfection.
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