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À la galerie Perrotin, comment l’artiste Oli Epp « efface l’historique » et fait parler le présent

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Publié le , mis à jour le
Sous le titre ambivalent « Clear History », le jeune peintre londonien Oli Epp orchestre une fantasque exposition collective à la galerie Perrotin. Sur les murs, 19 artistes dont le travail interroge la place de l’intime, de la mémoire et de la technologie dans un monde tiraillé par ses contradictions.
Matthew Hansel, The Hermit and The Muse (détail)
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Matthew Hansel, The Hermit and The Muse (détail), 2024

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© Hugard & Vanoverschelde Courtesy de l'artiste et Perrotin

Pour présenter son exposition au public parisien, Oli Epp (né en 1994) a préparé un texte. « Je vais vous guider à travers l’exposition, partager avec vous quelques histoires, nous dit-il en introduction, tout sourire. Cela va prendre 16 minutes. » Chronométré à la façon de ces sites d’informations qui annoncent le temps de lecture d’un article, le déroulé du parcours est précis, et chaque œuvre apparaît comme la clé de lecture d’une époque, la nôtre. En somme, l’ambition est grande – et pourtant, Oli Epp lit son texte sur l’écran réduit de son téléphone.

C’est toute la dualité de son projet. Affichant un goût gourmand pour la culture Internet et pour l’esthétique de la technologie, les artistes réunis entendent aussi en dépasser la superficialité pop pour porter un discours sur l’intime, les relations humaines, la politique, l’histoire et la mémoire. Chaque œuvre, indique Oli Epp, est « prise dans un bras de fer entre le passé et le présent, l’ancien et le tout nouveau ». D’où le choix de ce titre ambivalent, qui veut aussi bien dire « effacer l’historique » qu’« histoire claire ». Il poursuit : « C’est aussi un peu un oxymore. L’histoire n’est jamais claire. »

Derrière les apparences

Tammi Campbell, Flower with Bubble Rap and Packing Tape
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Tammi Campbell, Flower with Bubble Rap and Packing Tape, 2023

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Photo: Claire Dorn. Courtesy de l’artiste et Perrotin

On entre dans la première salle. Là, la copie d’une œuvre d’Andy Warhol, un portrait d’Elvis, étouffe sous du papier bulle, attendant son déménagement. Il s’agit d’une copie réalisée par Tammi Campbell (née en 1974). Mais il y a « un twist », nous indique Oli Epp : « Le papier bulle n’est pas réel ! Il s’agit d’une peinture transparente, méticuleusement moulée pour ressembler à du papier bulle, une extension intelligente de l’acte de peindre lui-même. » L’artiste canadienne questionne ainsi la « culture des célébrités », dont la légende peut cacher des vies fragiles, brisées sous l’aspect brillant des pages de magazine.

Illusionniste, cette première réflexion fait face à une peinture signée Christopher Hartmann (né en 1993), qui représente un homme dormant dans un lit froissé. La vision est intime, amoureuse, délicate… Mais, d’emblée, presque spectrale : les moments heureux disparaîtront, semble affirmer cette mise en scène presque trop douce. « Les draps ébouriffés deviennent un souvenir éphémère, éthéré et presque sacré », analyse Oli Epp. Avant d’exploser de rire : l’un des artistes de l’exposition a fait remarquer que l’homme dans les draps « ressemblait à Elon Musk »… Le milliardaire surpuissant s’inviterait-il jusque dans nos souvenirs les plus secrets ?

Des œuvres troublantes

« En effaçant, on se confronte. En effaçant, on révèle. »

Avant de passer à la deuxième salle, on s’arrête devant une toute petite peinture de Cary Kwok (né en 1975) figurant un homme sur une trottinette. Naturellement, on s’approche… Pour découvrir qu’en réalité, l’homme ne porte pas de pantalon, et que son sexe pénètre une excroissance de la trottinette. Obscène et naïve à la fois, la composition apparaît à Oli Epp comme « une comédie tragique de nos vies cachées », faisant la lumière sur nos tabous. Encore une fois, il sourit joyeusement, rappelant que le geste d’effacer l’historique, qui a donné son titre à l’exposition, est un geste que nous connaissons tous, et qui révèle une ambivalence : « En effaçant, on se confronte. En effaçant, on révèle. »

 

À gauche : “Man Powered”, Cary Kwok, 2020 ; À droite : “Tender Residue #1”, Liao Wen, 2024
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À gauche : “Man Powered”, Cary Kwok, 2020 ; À droite : “Tender Residue #1”, Liao Wen, 2024

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À gauche : © Cary Kwok. Courtesy de l'artiste et Herald St, Londres. Photo de Andy Keate ; À droite : MC Zhang Courtesy de l'artiste et Perrotin

La deuxième salle laisse place à un combat, celui de la technologie contre la biologie. Qui débute avec une sculpture de Liao Wen (née en 1994), évocation précieuse d’un vagin conçu comme un bijou, étrange et captivant à la fois, monstrueux et séduisant. Non loin, une éruption étonnante de Salomé Chatriot (née en 1995) explose sur le mur : « L’œuvre est réalisée en émail et huile sur aluminium, détaille Oli Epp. Imaginez une fleur de cyborg sous stéroïdes ou le début d’un tsunami… C’est séduisant, troublant et totalement inoubliable. » On s’arrête aussi devant une tapisserie de Ry David Bradley (né en 1979), composition complexe qui imite l’aspect de la quadrichromie : « Les pixels deviennent textiles et la technologie redevient artisanale. »

Trump et Poutine dialoguant en peignoirs

C’est dans le troisième et dernier chapitre que l’on découvre enfin une peinture d’Oli Epp lui-même, le portrait d’un ancien ami (enfin, plus qu’un ami mais moins qu’un amant, prend-il soin de préciser) sans corps et sans visage, mais avec ses vêtements et ses accessoires, dont ceux de son chien. « Le tableau explore une question obsédante : que se passe-t-il lorsqu’une personne devient air ? Lorsque quelqu’un cesse de répondre à vos appels et à vos messages, il disparaît et sa présence se dissout en quelque chose d’insaisissable : un fantôme. »

À gauche : « Toast – Stufe 1-5 » ; À droite : « Toast Stufe 6-10 », Frank Brechter, 2024
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À gauche : « Toast – Stufe 1–5 » ; À droite : « Toast Stufe 6–10 », Frank Brechter, 2024

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Courtesy de l’artiste et Perrotin

Puissamment mélancolique, la toile côtoie deux toasts géants de l’Allemand Frank Brechter (né en 1981), dont l’un est manifestement trop grillé. Témoins ironiques d’une vie domestique pavée d’échecs, ils terminent l’exposition sur un éclat de rire au goût amer, comme l’effrayante photographie de Trump dialoguant avec Poutine en peignoirs dans une chambre d’hôtel. « Ces photographies ne sont pas retouchées numériquement, mais mettent en scène des sosies de célébrités. » Entre réel et imaginaire, passé et présent, techniques artisanales et culture numérique, les artistes de l’exposition dessinent ainsi un chemin d’illusions… et de désillusions.

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Clear History

Du 1 février 2025 au 1 mars 2025

leaflet.perrotin.com

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