Albert Harlingue, Bouquinistes sur le Quai Saint-Michel, Paris, vers 1914
© Albert Harlingue / Roger-Viollet
« Arrachez-moi le cœur vous y verrez Paris. » Louis Aragon est loin d’être le seul à avoir consacré à la Ville lumière de nombreux et brûlants poèmes d’amour. Charles Baudelaire, Victor Hugo, Patrick Modiano, Émile Zola, Virginie Despentes : tous ont consacré à Paris des textes devenus culte, dont la force peuple encore aujourd’hui les rues, les places, les ponts et les monuments.
Récemment, les éditions Autrement ont publié un fascinant atlas dédié aux trajectoires et lieux fétiches des personnages de romans dans la capitale (c’est d’ailleurs une excellente idée de cadeau de Noël : À Paris. Sur les pas des personnages de romans, Ismaël Jude, 2024). Pour compléter cette lecture, on pourra se rendre à la galerie Roger-Viollet, qui a ouvert il y a peu une exposition autour des écrivains dans la ville, qu’ils y soient nés (Gérard de Nerval) ou qu’ils s’y soient exilés (Eugène Ionesco, Joseph Kessel, Oscar Wilde).
Riche d’un fonds de plus de 200 000 images, elle réunit ainsi un « Un abécédaire littéraire parisien, d’Aragon à Zola » des plus plaisants. Où l’on croise de superbes clichés urbains, comme la composition spontanée et rêveuse de Janine Niépce Promeneurs au square du Vert-Galant sur l’ile Saint-Louis (1983), associés à des citations et des portraits d’écrivains – Raymond Queneau saisi en 1954 par Boris Lipnitzki, Paul Verlaine par Léopold Poiré, Léon-Paul Fargue par Henri Martinie…
Albert Harlingue, Equilibriste à Montmartre, Paris, vers 1930
© Albert Harlingue / Roger-Viollet
On s’arrête au passage devant des visions singulières qui disent le charme insolite de Paris, comme ce drôle de Buveur d’absinthe (1911) au bras levé photographié par Jacques Boyer, cet équilibriste planant au-dessus de la foule montmartroise vu par Albert Harlingue, ou encore ces enfants, immortalisés par Gaston Paris, qui semblent explorer la cime d’une montagne, mais qui jouent en réalité au parc des Buttes-Chaumont.
Cette exposition s’envisage comme une traversée du XXe siècle littéraire, celui d’un Paris habité de grands esprits, où le visage concentré de Marguerite Duras penché sur sa machine à écrire (en 1955, Studio Lipnitzki) donne à lire l’intelligence d’une ville. Quant au regard inquisiteur d’un Ernest Hemingway « admirant un trophée de pêche », il dit aussi la fantaisie douce et fertile de cette cité hantée d’artistes…
Studio Lipnitzki, Marguerite Duras, écrivaine française, 1955
© Studio Lipnitzki / Roger-Viollet
Fantaisie qui s’exprime d’ailleurs avec jubilation dans un cliché montrant les comédiens Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud au côté de Boris Vian s’amuser dans un joyeux gala d’artistes, en 1949. Alors décidément, Paris est une fête, ça a été dit en mots, c’est illustré ici en images ! Une très jolie exposition où, comme toujours chez Roger-Viollet, des reproductions des clichés sont à vendre à bas prix (135 euros en format A4).
Un abécédaire littéraire parisien, d'Aragon à Zola
Du 21 novembre 2024 au 1 mars 2025
Galerie Roger-Viollet • 6 Rue de Seine • 75006 Paris
www.roger-viollet.fr
Un abécédaire littéraire parisien, d'Aragon à Zola
Livre accompagnant l'exposition / Par Jean-Noël Mouret
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