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Une passionnante enquête déshabille le Balzac en robe de chambre de Rodin

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Publié le , mis à jour le
À Paris, le musée Rodin met en lumière le « chef-d’œuvre inconnu » de ses collections, l’Étude de robe de chambre pour Balzac et dévoile la longue quête du sculpteur pour retrouver le corps de l’immense écrivain lors de la commande de son célèbre monument. Un propos captivant, croisant couture et sculpture.
Vue de l’exposition « Corps In-visible » au musée Rodin. Au premier plan,  « l’Étude de robe de chambre pour Balzac », au second plan  « Monument à Balzac », plâtre de Rodin de 1898
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Vue de l’exposition « Corps In-visible » au musée Rodin. Au premier plan, « l’Étude de robe de chambre pour Balzac », au second plan « Monument à Balzac », plâtre de Rodin de 1898, 2024

C’est l’histoire d’un fantôme. D’un corps absent qu’il a fallu retrouver pour en faire un monument. Quand Auguste Rodin (1840–1917) se voit commander par la Société des gens de Lettres en 1891 une statue destinée à l’espace public en hommage à Balzac, le grand écrivain est déjà mort depuis quarante ans.

La proposition est brute, le « grand homme » est « gros ». À quoi ressemble son enveloppe ? À une robe de chambre. « J’ai fait Balzac comme je l’ai compris, comme je l’ai senti », se défendra Rodin qui s’est inspiré de la robe de bure des chartreux dont s’habillait Balzac, « bourreau de travail » de son propre aveu. Labeur mal récompensé… De polémiques en critiques, son monument, « choquant, difforme », est refusé par les commanditaires, horrifiés.

La robe de chambre fait l’écrivain

Présentée par ses commissaires Marine Kisiel (du Palais Galliera) et Isabelle Collet comme une « enquête » en même temps qu’une « réflexion très actuelle sur les enjeux du corps dans l’espace public – à savoir, ce qui est montrable ou pas », l’exposition « Corps In·visibles » du musée Rodin, à Paris, brosse de manière passionnante l’histoire du fameux Monument à Balzac.

Dominique Brisset et Bruno Maloberti, mouleurs. Projet d’archéologie  expérimentale  en sculpture, reconstitution de l’Étude de robe de chambre pour Balzac
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Dominique Brisset et Bruno Maloberti, mouleurs. Projet d’archéologie expérimentale en sculpture, reconstitution de l’Étude de robe de chambre pour Balzac, 2024

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© agence photographique du musée Rodin, Jérome Manoukian

Le propos est brillant, croisant la couture et la sculpture, et se cristallise dans la fascinante Étude de robe de chambre pour Balzac, clou du parcours. Moulée en 1897, à partir d’une vraie robe de chambre trempée dans un bain de plâtre, cette épreuve, dont le statut aurait dû la conduire à disparaître, a été au contraire précieusement conservée par Rodin. Les manches vides disent à la fois l’absence et la présence ; le drapé traduit les nuits insomniaques du père de La Comédie humaine.

L’art de tailler Balzac, le « pot à tabac »

Pour Rodin, Balzac doit être « immense, dominateur, vraiment créateur d’un monde. »

L’exposition plonge dans les tâtonnements du sculpteur. Rodin cherche d’abord le visage de Balzac, lit toutes les descriptions, chasse toutes les images, gravures, sculptures, miniatures… En Belgique, le vicomte Charles de Spœlberch de Lovenjoul, monomaniaque balzacien qui possède 90 % des artefacts liés à l’écrivain, lui ouvre sa collection.

Ce corps n’est pas une mince affaire. Le bedonnant Balzac toise 1,68 mètre – « petit, mais dans la moyenne de l’époque », souligne la commissaire Marine Kisiel. Pour retrouver cette carrure, le sculpteur se rend en Touraine, patrie de l’écrivain. Il y trouve son « type Balzac » en un charretier, nommé Estager, qui lui sert de modèle vivant pour tirer les études d’un corps ventripotent et musculeux.

Vue de l’exposition « Corps In-visible » au musée Rodin. Au premier plan, « Balzac, étude de nu au gros ventre, sans tête », plâtre de Rodin de 1894
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Vue de l’exposition « Corps In-visible » au musée Rodin. Au premier plan, « Balzac, étude de nu au gros ventre, sans tête », plâtre de Rodin de 1894, 2024

Rodin ne s’arrête pas là. Il retrouve à Tours le tailleur du romancier, René Pion, et lui fait retailler un costume aux dimensions du disparu. Les patrons, récemment remis au jour, ont permis à la maison Dormeuil de restituer une redingote aux mesures de l’écrivain, lui donnant l’allure d’un « pot à tabac », comme raillait jadis le journaliste Adolphe Brisson.

Un monument fondu 22 ans après la mort de Rodin

Pour le manteau, Rodin fait plusieurs essais. Pour lui, Balzac doit être « immense, dominateur, vraiment créateur d’un monde. » Il prend du retard, il irrite les Gens de lettres. Au bout de trois ans d’un projet qui devait durer 18 mois, il doit rembourser l’avance qu’il avait reçue pour sa commande. Finalement, en plongeant une robe de chambre dans du plâtre, il capture l’écrivain sur le vif. Jamais on n’avait vu de tels volumes.

Auguste Rodin, Balzac en robe de moine
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Auguste Rodin, Balzac en robe de moine, 1891–1892

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Plâtre • Coll. musée Rodin, Paris • © musée Rodin / Photo Christian Baraja

Le sculpteur ne verra jamais son œuvre érigée. Il faudra attendre 22 ans après sa disparition pour que son bronze soit enfin fondu et inauguré, carrefour Vavin, à l’angle des boulevards Raspail et Montparnasse, le 1er juillet 1939.

En écho au Monument à Balzac, le parcours s’achève avec une sculpture monumentale de l’artiste contemporain Thomas J. Price, Reaching Out : une jeune femme noire habillée en jogging et la tête penchée sur son téléphone portable. Aujourd’hui encore, dans l’espace public, il est des corps qui dérangent…

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Corps In•visibles. Une enquête autour de la Robe de chambre du Balzac

Du 15 octobre 2024 au 2 mars 2025

www.musee-rodin.fr

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À lire

Dérobades. Rodin et Balzac en robe de chambre

Retrouvez dans l’Encyclo : Auguste Rodin
Retrouvez l'article dans la sélection Les meilleures expos du moment à voir à Paris

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