PARIS

Au Centquatre, artistes et scientifiques réunis pour la défense des océans

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Publié le , mis à jour le
Au Centquatre, une grande exposition fait dialoguer les artistes et scientifiques partis en expédition ces 20 dernières années sur le voilier de la fondation Tara créée par agnès b. et son fils Étienne Bourgois. Ce parcours d’une centaine d’œuvres, mêlant peintures, sculptures, photographies et installations immersives, révèle la beauté et la fragilité du monde marin menacé par le réchauffement climatique. Une plongée captivante.
Cécile Fouillade, Un monde sculptural et translucide, Siqou à “La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS”
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Cécile Fouillade, Un monde sculptural et translucide, Siqou à “La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS”, 2024

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Sculptures en porcelaine • © Quentin Chevrier

« Nous sommes l’océan, nés de l’océan », écrit l’artiste japonaise Maki Ohkojima sous l’une de fresques présentées dans la halle du Centquatre. Portant la voix des pieuvres, baleines, méduses et autres créatures marines, elle annonce la couleur de la nouvelle exposition du centre d’art parisien : une merveilleuse déferlante de bleu !

Pour mettre en lumière ce précieux écosystème, gravement menacé par le réchauffement climatique, une quarantaine d’artistes ont été réunis par le Centquatre et la fondation Tara Océan.

Des résidences sur les océans à bord d’une goélette

Ellie Ga, Fissure 7, 74°N, 12°W
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Ellie Ga, Fissure 7, 74°N, 12°W, 2008–2011

Cette organisation fondée en 2003 par Agnès Troublé, mieux connue sous le nom d’agnès b., et par son fils Étienne Bourgois, s’est donné pour mission d’étudier la biodiversité des fonds marins et de sensibiliser le public aux enjeux environnementaux. Ce, notamment, par le biais de l’art, la célèbre créatrice de mode étant une grande collectionneuse et mécène. Au cœur de ce projet, un bateau : la goélette Tara, sorte de laboratoire scientifique à bord duquel ont embarqué des artistes, invités dès 2005 à retranscrire à leur manière cette aventure hors norme. Les œuvres produites au cours des 13 expéditions organisées ces 20 dernières années, de la Méditerranée à l’Arctique, sont ainsi rassemblées au Centquatre dans un parcours explorant les thématiques des paysages, du vivant, des pollutions et du sensible dans les fonds marins.

Bleue mais aussi jaune, verte, marron… L’eau révèle ses mille et une teintes à travers la série du photographe Nicolas Floc’h « La Couleur de l’eau, La Seine » (2024). Son nuancier composé de 144 tirages pigmentaires, comme autant de monochromes, fait office de bilan de santé du fleuve parisien et des organismes vivants qui le peuplent… D’ailleurs, connaissez-vous bien ces mystérieux habitants subaquatiques ? Le biologiste Christian Sardet les a observés de près en s’associant au collectif d’artistes multimédia des Macronautes. Ensemble, ils ont tiré le portrait du plancton. En photos et vidéo, le projet « Chroniques du plancton » nous fait ainsi évoluer aux côtés de ces microscopiques êtres vivants luminescents. Une splendide petite galaxie.

Nicolas Floc’h, La Couleur de l’eau, La Seine à « La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS »
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Nicolas Floc’h, La Couleur de l’eau, La Seine à « La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS », 2024

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144 tirages pigmentaires, collage aluminium • © Quentin Chevrier

Pour Laure Winants, ses œuvres sont des « fossiles du futur », témoins du massacre en cours de la biodiversité marine.

De son côté, Antoine Bertin fait parler le phytoplancton. À partir de données scientifiques, l’artiste a créé un objet sonore unique, qui donne à entendre l’activité de ces micro-organismes végétaux. Au Centquatre, l’expérience se fait au travers d’une installation, Conversation Métabolite (2022), composée d’un haut-parleur et d’une « flaque de verre » dans laquelle apparaissent des images de l’océan. Comme si l’on se trouvait derrière le hublot d’un sous-marin…

L’union de l’art et de la science

Cette ambition de cartographier l’insaisissable grâce aux outils de la science est partagée par d’autres artistes. Avec « Regnum Marine », l’artiste et médecin Lara Tabet a ainsi réalisé un répertoire d’espèces marines invisibles. En utilisant l’eau des échantillons qu’elle a collectés, elle imprime leur image qui apparaissent tels des hiéroglyphes. Quant à l’artiste-chercheuse Laure Winants, elle rend perceptible l’impact de la pollution sur les fonds marins en capturant l’empreinte des polluants, à bord du voilier de la fondation Tara, selon une technique qu’elle nomme « synesthésie océanique ». Pour elle, ses œuvres sont des « fossiles du futur », témoins du massacre en cours de la biodiversité marine.

Elsa Guillaume, Fins & Slices à « La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS »
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Elsa Guillaume, Fins & Slices à « La Grande expédition, CENTQUATRE-PARIS », 2016–2022

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Installation, céramique, néoprène, rivets • © Quentin Chevrier

Un carnage plus crûment exposé chez Elsa Guillaume. Sac à dos-branchies, lunettes-yeux de poissons, palmes-nageoires… Drôlement macabre, son installation en céramique Fins et Slices (2016–2022) montre la chair morcelée des espèces marines en proie à la pêche intensive. Une œuvre réalisée grâce à ses notes et dessins récoltés à bord de Tara. Car ces résidences artistiques en plein mer ont souvent été l’occasion de tenir des carnets de bord, dont certains sont présentés en toute fin d’accrochage.

« Les artistes nous aident à comprendre que l’océan est vivant et qu’il nous rend vivants », explique José-Manuel Gonçalvès. Le directeur du Centquatre entend prolonger ainsi l’engagement du centre d’art sur les questions écologiques, deux ans après « Graines, l’exposition ! », qui mêlait déjà art et science. L’intérêt de faire cohabiter artistes et scientifiques dans un même environnement ? Pour Myriam Thomas, de la fondation Tara, l’enjeu est simple : « ce sont deux mondes qui observent chacun la réalité et convergent vers le même désir : une prise de conscience du rôle vital de l’océan. »

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La Grande expédition. Tara, l’art et la science pour révéler l’Océan

Du 16 novembre 2024 au 2 mars 2025

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