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Lucie Douriaud, Le Lendemain, 2013
Photographie • Courtesy Lucie Douriaud
« La terre va s’acidifier. La planète est en surchauffe – maintenant je scrute la luminosité d’une étoile brillante avec espoir », entend-on dans une salle de l’exposition. Au centre, un tronc d’arbre fabriqué en résine par Virginie Yassef, d’où semble provenir cette voix, parfois menaçante, parfois légère, nous dit l’état du monde.
Les arbres, souvent centenaires, regorgent-ils de sagesse ? Ont-ils des choses à nous apprendre, à nous confier ? Les onze artistes invités en sont certains et tentent de défendre une nature en souffrance, sans cesse exploitée par l’homme, menacée par la crise écologique.
Leur pratique relève parfois du soin lorsque, par exemple, le Néerlandais Herman de Vries, ancien naturaliste, collait en 2020 une bannière « I am » sur un tronc d’arbre avant de le photographier, réaffirmant le statut de l’arbre comme être vivant. Dans une série de clichés sur bois brûlé, Lucie Douriaud, qui a grandi en moyenne montagne, montre des sapins abandonnés sur les trottoirs après les fêtes, éveillant chez le visiteur un sentiment d’empathie. Derrière, un sapin – réel cette fois – déraciné, disperse ses aiguilles au sol à mesure que les visiteurs marchent dessus et les promènent dans le parcours.
Ache C. Wang et Ix Dartayre, L’écorcé·e nº 1, 2021
Transfert sur tissu • Courtesy Ache C. Wang et Ix Dartayre
Plus poétiques, les œuvres textiles d’Ix Dartayre et Ache C. Wang (tout juste diplômés de l’école Duperré, à Paris) tricotées à partir de rebuts de vêtements, imitent à merveille des écorces d’arbre, leurs teintes, leur relief et ce que l’humain y a inscrit sur son passage (symboles, mots…). De véritables reliques qui nous rappellent ce que l’art doit à la nature — la plupart des médiums, du papier aux pigments, sans parler d’inspiration.
« La forêt n’est pas qu’une, elle est multiple », nous souffle poétiquement la commissaire et directrice du centre d’art Caroline Cournède au téléphone. Son intention ici était de « prendre la température de cet écosystème fragile et ressentir ce qui nous (re)lie, les uns et les autres, les uns aux autres. »
Stéphanie Lagarde et Constantin Jopeck, Images de recherche, Plateau de Millevaches, 2021–2023
Courtesy Stéphanie Lagarde et Constantin Jopeck
C’est chose faite grâce aux artistes Stéphanie Lagarde et Constantin Jopeck qui ont filmé une forêt menacée sur le plateau de Millevaches. Ses occupants — homoptères, lichen ou micro-organismes interconnectés en passe de subir l’effondrement – y apparaissent en gros plan, dans des cadrages incongrus et des coloris saturés. Voilà l’écosystème comme notre œil ne peut l’appréhender, celui que l’on sent grouiller en pleine forêt.
Toutes ces œuvres, jusqu’au film Être Forêts (2021) de Nefeli Papadimouli, dans lequel des individus vêtus de costumes futuristes font un rituel pour rentrer en symbiose avec la forêt, nous exhortent à sortir de nous-même, à écouter l’autre, de l’humain au végétal, sans distinction. La MABA, collée à une maison de retraite pour artistes, dotée d’un immense parc à l’anglaise de dix hectares, semble l’endroit idéal pour prendre ainsi le pouls de notre environnement.
Météo des forêts
Du 18 janvier 2024 au 7 avril 2024
MABA - Maison d'Art Bernard Anthonioz • 16 rue Charles VII • 94130 Nogent-sur-Marne
www.fondationdesartistes.fr
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