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TOULOUSE

À Toulouse, une expo plonge dans la fabrique du mythe Giacometti

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Publié le , mis à jour le
Après Niki de Saint Phalle, ce sont les figures intemporelles d’Alberto Giacometti qui investissent le musée des Abattoirs à Toulouse dans une rétrospective des dernières années de l’artiste (1946–1966). L’occasion d’explorer le contexte qui a vu naître le mythe (pas tout à fait vrai) du sculpteur solitaire de la rue Hippolyte-Maindron.
Vue de l’exposition “Le Temps de Giacometti (1946-1966)” aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse. Au premier plan, “Grande tête”, puis “L’Homme qui marche II” et au fond, “Grande Femme I”
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Vue de l’exposition “Le Temps de Giacometti (1946-1966)” aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse. Au premier plan, “Grande tête”, puis “L’Homme qui marche II” et au fond, “Grande Femme I”, 2023

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© Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris, 2023 / Photo Cyril Boixel

Que dire de nouveau sur Giacometti ? On ne compte plus ses expositions et on arriverait presque à saturation de ses sculptures filiformes… Des œuvres iconiques comme Homme qui marche, Grande femme ou Grande tête, ces trois mêmes figures de 1960 habitant la nef des Abattoirs sont ancrées dans l’imaginaire collectif. Mais qui sait vraiment comprendre ces formes, leur genèse, les idées et l’homme qui se cache derrière elles ?

« Le temps de Giacometti (1946–1966) » n’est pas une exposition de plus : il s’agit d’explorer le climat intellectuel, les amitiés dans lesquels évolue le sculpteur, comme le rappelle Audrey Palacin, attachée de recherche aux Abattoirs : « Giacometti a l’image de l’artiste solitaire dans l’atelier, mais il est en réalité ouvert sur son époque, sociable, attentif à l’évolution de l’art et des idées. » Ces années sont précisément celles où Giacometti devient un mythe vivant. Un mythe qu’il convient d’expliquer pour le déconstruire.

« Un sculpteur existentialiste »

Alberto Giacometti, Simone de Beauvoir
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Alberto Giacometti, Simone de Beauvoir, 1946

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bronze • 13,5 × 4,1 × 4,1 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti /Adagp, Paris 2023

En 1945, Giacometti revient à Paris après avoir passé quelques années de la Guerre en Suisse. Il retrouve en France Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qu’il avait rencontrés en 1941, ainsi que Georges Bataille. Giacometti collecte leurs revues respectives Les Temps modernes et Critique mais aussi Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, à contre-courant des hommes de son temps. Mais il ne se contente pas de les lire. Il noircit les pages de têtes et de bustes griffonnés. À travers une préface qu’il lui dédie en 1948, Sartre porte aux nues son ami en qui il voit un « sculpteur existentialiste ».

L’artiste est d’abord un regardeur infatigable, travaillant d’après modèle, ce qui lui valut l’exclusion du groupe surréaliste en 1935. À la fin des années 1940, Giacometti réalise des portraits comme ceux de Diane Bataille et Marie-Laure de Noailles où il aboutit à des profils tranchants à force de tailler le plâtre : « Ce ne sont pas des portraits psychologiques, mais des existences, des portraits essayant de retranscrire l’apparence des choses au moment où l’artiste voyait le modèle », pour Audrey Palacin. Giacometti retranche tout aussi frénétiquement la matière dans ses figures en pied. Femme de Venise I, figurant Annette, prend la dimension d’une statue égyptienne : une nouvelle déesse !

Alberto Giacometti, À gauche, « Grande femme I » de 1960. À droite, « Grande tête » de 1960 (état de 1966)
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Alberto Giacometti, À gauche, « Grande femme I » de 1960. À droite, « Grande tête » de 1960 (état de 1966)

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bronze / plâtre • 272 × 34,9 × 54 cm / 100,5 × 31,7 × 43,1 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2023

À Toulouse, une salle immersive réactive cette manifestation en présentant les œuvres alors inédites telles que La Forêt ou Le Chat.

C’est l’heure de la consécration, avec une exposition chez Pierre Matisse à New York en 1948 et une autre à Paris à la galerie Maeght trois ans plus tard. À Toulouse, une salle immersive réactive cette manifestation en présentant les œuvres alors inédites telles que La Forêt ou Le Chat. Filiformes, les plâtres sont fragiles à l’instar d’un cheval disparu et révélé par les photographies de l’exposition de 1951. Aux murs de cette dernière, Giacometti avait mis un point d’honneur à accrocher des tableaux, car il ne voulait pas être reconnu uniquement comme sculpteur, prêt à refuser le Grand Prix de la sculpture à la Biennale de Venise de 1962 si l’on y accolait pas le prix de la peinture – il acceptera finalement l’honneur.

Henri Cartier-Bresson, Alberto Giacometti installant l’exposition « Alberto Giacometti. Œuvres récentes », galerie Maeght, Paris
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Henri Cartier-Bresson, Alberto Giacometti installant l’exposition « Alberto Giacometti. Œuvres récentes », galerie Maeght, Paris, 1961

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photographie • Coll. Archives Fondation Giacometti, Paris • © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos 2023

La légende de Giacometti tient surtout de son atelier mythifié par l’écrivain Jean Genet en 1957. Un lieu photogénique qui attire les objectifs de Sabine Weiss et Jack Nisberg comme la caméra d’Ernst Scheidegger. Cet espace de la rue Hippolyte-Maindron que Giacometti n’a jamais voulu quitter, quand bien même il était exigu, poussiéreux et saturé au point que l’on y marche sur les sculptures. Devenu un colosse de l’art contemporain, « il a pourtant gardé un style de vie modeste, travaillant chaque jour dans le même atelier de 1926 jusqu’à son décès, dans la même routine et dans le même costume blanc de plâtre jusque tard dans la nuit », comme l’explique Audrey Palacin.

« Il n’y a en la réussite que la mesure de l’échec »

Alberto Giacometti, Isaku Yanaihara
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Alberto Giacometti, Isaku Yanaihara

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Huile sur toile • 81,4 × 65,2 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti /Adagp, Paris 2023

Le poète japonais Isaku Yanaihara (1918–1989) se souvient des longues séances de pose pour ses portraits peints entre 1956 et 1961. L’artiste est capable à la tombée de la nuit de défaire l’ouvrage d’une journée intense pour mieux le reprendre le lendemain : « Il n’y a en la réussite que la mesure de l’échec ». Des mots de Giacometti qui résonnent avec ceux de Samuel Beckett : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. » De l’espace des Cages [sculptures de Giacometti intégrées à un cube matérialisé] à celui de la scène, il n’y a qu’un pas. Les deux hommes devaient être amis. Pour la reprise d’En attendant Godot par Jean-Marie Serreau au théâtre de l’Odéon en 1961, le dramaturge irlandais commande au sculpteur l’unique décor : un arbre blanc, rachitique, dépouillé. Cet arbre est perdu aujourd’hui mais l’exposition intègre sa réinterprétation de 2006 par l’artiste Gerard Byrne.

Vue de l’exposition “Le Temps de Giacometti (1946-1966)” aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse
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Vue de l’exposition “Le Temps de Giacometti (1946-1966)” aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

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© Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris, 2023 / Photo Cyril Boixel

Annette et Alberto Giacometti forment un couple libre : lui accepte la liaison qu’elle vit avec Isaku et elle s’accommode de sa fréquentation de Caroline durant ses dernières années, juste avant sa mort subite en janvier 1966. C’était peu après le retour de son unique voyage à New York. Dans la salle Picasso, au sous-sol des Abattoirs, le projet qui occupait ses derniers mois est exposé sous forme de grande frise mise en regard de vidéos d’artistes actuels sur le thème de la marche. Paris sans fin devait être un livre avec 150 lithographies prises sur le vif lors des pérégrinations de Giacometti dans la capitale, aussi bien dans les rues que dans les brasseries. Une quête impossible poursuivie jusqu’au dernier souffle : dessiner ce que l’on voit. Un absolu qui se résume dans les deux actions les plus simples de l’homme : marcher et regarder.

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Le temps de Giacometti (1946-1966)

Du 22 septembre 2023 au 21 janvier 2024

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E.R.O.S (1959) Histoire d’une exposition surréaliste à travers la collection Daniel Cordier

En prolongement de l’exposition consacrée à Giacometti, les Abattoirs plongent dans le dépôt permanent rassemblant la collection de Daniel Cordier pour extirper l’esprit de la huitième exposition surréaliste de 1959 : “Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme (E.R.O.S.)” dédiée à l’érotisme et aux pulsions sexuelles. Conçue par André Breton et Marcel Duchamp, la manifestation accueille exceptionnellement le retour d’œuvres de Giacometti dans le cadre surréaliste. Pour l’exposition aux Abattoirs, des œuvres contemporaines sont ajoutées à celles historiques et présentes en 1959.

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Daniel Cordier, 100 ans d'agitation, la guerre, l'art, l'histoire

Du 30 juin 2023 au 4 novembre 2023

Retrouvez dans l’Encyclo : Alberto Giacometti

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