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Albrecht Dürer, Autoportait à l’âge de treize ans, 1484
Dessin à la pointe d'argent • 27,5 × 19,6 cm • Coll. & © Albertina, Vienne
Albrecht Dürer, Le Lièvre, 1502
Un trompe-l’œil poilu
Œuvre mythique d’Albrecht Dürer, Le Lièvre, peint en 1502, a essaimé à travers des copies dans toute l’Europe depuis le XVIIe siècle. Mais l’original, détenu par l’Albertina de Vienne, est reconnaissable entre mille : il se tient sagement accroupi, les oreilles levées. Chaque poil semble finement observé, chaque ton grisâtre et brunâtre minutieusement retranscrit. L’animal est si bien rendu que le spectateur serait tenté de le caresser ! On raconte même que le peintre vénitien Giovanni Bellini, fasciné par le réalisme avec lequel Dürer a retranscrit le pelage, aurait demandé à l’artiste de lui offrir le pinceau permettant une telle prouesse. Le virtuose se serait alors emparé du premier pinceau qu’il avait sous la main et, avec une dextérité exemplaire, aurait tracé de longs et crépus poils épatants de naturel…
Aquarelle et gouache sur papier • 25,1 × 22,9 cm • Coll. & © Albertina, Vienne
Albrecht Dürer, Melencolia I, 1514
Mélancolie, quand tu nous tiens…
Quelle étrange gravure ! Une femme ailée, assise sur une marche, tient pensivement dans ses mains un compas. Autour d’elle, des ustensiles et des instruments médicaux jonchent le sol. Sur cette impressionnante gravure intitulée Melencolia I, le moindre détail fascine, de l’enfant assoupi au sablier qui symbolise le temps qui passe. Pour saisir le propos de cette œuvre, il faut littéralement la déchiffrer ! Car sous la cloche se trouve un carré magique (modèle mathématique) : en juxtaposant les chiffres du milieu de la dernière rangée (15/14), c’est la date de la réalisation de l’œuvre et du décès de la mère de Dürer qui apparaît (1514)… Non seulement cette image est un hommage personnel, mais elle semble aussi symboliser la morosité intérieure du graveur.
Burin sur cuivre • 23,9 × 16,8 cm • Coll. The Metropolitan museum, New York
Albrecht Dürer, Aile de rollier bleu, vers 1500
Voler de ses propres ailes
Ce rollier – petit passereau au plumage bleu-vert visible en Europe centrale – ne pourra plus voler. Son aile sert désormais de sujet d’analyse pour le fin observateur qu’est Albrecht Dürer. Sur une feuille de parchemin presque carrée, elle occupe tout l’espace, puisqu’elle n’aura jamais fini de déployer ses sublimes coloris : reflet rouge-orangé, teinte cannelle près de la déchirure, plumes outremer et turquoises, scintillement vert pâle, dégradé d’un bleu intense au noir bleuâtre… Aucune subtilité n’échappe à l’œil aguerri de l’artiste, qui n’hésite pas à signer fièrement de son monogramme AD, à la manière d’un entrepreneur !
Aquarelle sur parchemin, couleurs opaques, rehaussées de blanc • 19,6 x 20 cm • Coll. & © Albertina, Vienne
Albrecht Dürer, Martyre des dix mille chrétiens, 1508
Dix mille horreurs
Ils ont été poussés du haut d’une falaise, décapités, fouettés, crucifiés, poignardés… Les milliers de soldats romains qui se sont convertis au christianisme contre la volonté de l’Empereur ont été sauvagement assassinés par des alliés venus d’Orient : si la légende est cruelle, elle devient abominable sous le brutal coup de pinceau de Dürer. Commandé par Frédéric III en 1507 pour décorer l’autel de l’église de la Toussaint, au château de Wittenberg, ce panneau du Martyre des dix mille chrétiens dresse un panorama des pires crimes imaginables… Au centre de cette morbide composition se trouve le peintre lui-même, vêtu d’un vêtement noir facilement repérable. Il est accompagné de son ami et conseiller humaniste Konrad Celtis, qui semble expliquer l’importance d’une foi inébranlable en dépit des sacrifices. Ironie du sort, ce dernier décèdera durant la réalisation du panneau…
Huile sur bois transférée sur toile au début du XIXe siècle • 99 × 87 cm • Coll. Kunshistorisches museum, Vienne
Albrecht Dürer, Mains en prière, 1508
Prière d’esquisser
Encre noire et grise sur papier bleu et rehauts de blanc : cette technique est souvent utilisée par le dessinateur pour ses esquisses préparatoires aux retables peints. Mais ce croquis figurant les Mains en prière – œuvre préliminaire du triptyque commandé par le marchand allemand Jakob Heller – demeure le plus célèbre de tous. Sans doute en raison du symbole de la prière, de la délicatesse d’exécution et surtout de la position étudiée de ces mains d’homme âgé. La lumière est subtilement suggérée, effleurant les veines qui ressortent à peine… Ce formidable dessin, avec une étude pour la tête et le vêtement du même apôtre, sera malheureusement la seule trace visible du tableau de Dürer, qui fut accidentellement détruit dans un incendie en 1729.
Pinceau, encre grise et blanche, lavis gris, sur papier bleu • 29 x 19 cm • Coll. & © Albertina, Vienne
Albrecht Dürer, Grande touffe d’herbes, 1503
Exquise végétation
Certains critiques parlent d’un « véritable miracle de l’art sur papier », et il est difficile de leur donner tord… Cette Grande touffe d’herbes peinte à l’aquarelle est l’illustration parfaite du grand talent d’observateur d’Albrecht Dürer et de cette déclaration qu’il fera plus tard : « L’art est dans la nature, et celui qui parvient à l’en extraire, celui-là est un maître ». Sur un petit terrain marécageux brossé rapidement, des brins d’herbe sont minutieusement dessinés. Quelques pissenlits se signalent au premier plan, de la racine au bourgeon, mais c’est bien l’ensemble de la composition qui dépeint un microcosme vivant. L’œil du regardeur s’agite tel un insecte survolant le sol boueux, sentant la brise agiter les hautes tiges et la fraîche odeur de terre humide.
Aquarelle sur papier • 41 x 31,5 cm • Coll. & © Albertina, Vienne
Albrecht Dürer, Rhinocéros, 1515
Cadeau papal
« Il a la couleur d’une tortue tachetée, et est presque entièrement couvert d’épaisses écailles. (..) Le rhinocéros court la tête baissée entre ses pattes avant et éventre fatalement son adversaire incapable de se défendre. » Lorsque Dürer lit la description et observe le croquis d’un rhinocéros venu d’Inde sur ordre du roi du Portugal, il choisit de le représenter à nouveau, mais cette fois en monstre de guerre imposant, doté de plaques d’une terrifiante armure. Une imagination qui porte ses fruits : plus de quatre mille impressions de cette gravure auraient été vendues du vivant de l’artiste ! Son modèle se serait, en revanche, noyé suite au naufrage du navire qui le transportait pour Rome, alors qu’il s’apprêtait à être offert au Pape. Fort heureusement, il subsiste désormais sous le prodigieux trait (quelque peu fantasmé) de Dürer.
Gravure sur bois • 21,4 x 29,8 cm
Retrouvez toute l'histoire d'Albrecht Dürer dans le numéro de Beaux Arts Magazine de décembre, en kiosque et sur notre site le 22 novembre.
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Mémoire d’un jeune orfèvre appliqué
La première œuvre connue d’Albrecht Dürer (1471 – 1528) est ce saisissant autoportrait réalisé, selon ses dires, « à partir d’un miroir… quand j’étais encore un enfant ». S’il sait si bien dessiner à l’âge de 13 ans, c’est parce que son père lui a transmis les bases afin qu’il devienne à son tour orfèvre à Nuremberg. Mais l’adolescent révèle très tôt l’ampleur de son talent en utilisant une technique ardue, que seuls quelques maîtres de la Renaissance – tels que Léonard de Vinci – ont eu la patience de maîtriser : la pointe d’argent, un outil qui ne permet aucune correction une fois que le tracé s’est oxydé. Deux ans plus tard, le jeune prodige troquera tout naturellement son savoir-faire d’orfèvre pour celui d’artiste, en s’initiant dans l’atelier du peintre Michael Wolgemut (1434 – 1519)…