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Au Jeu de Paume, un face-à-face fascinant avec Chantal Akerman

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Publié le , mis à jour le
La réalisatrice de Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, sacré meilleur film de tous les temps en 2022 par la revue Sight and Sound, est à l’honneur d’une exposition au Jeu de Paume cet automne. Dix ans après sa disparition, Chantal Akerman se dévoile sous toutes ses facettes dans une fascinante exploration.
Philippe Chancel, Chantal [détail]
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Philippe Chancel, Chantal [détail]

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Photographie • © Adagp, Paris 2024

Une femme est assise à une table, faisant face au spectateur sans le regarder. Ce même plan fixe diffusé simultanément sur sept écrans forme une installation dont le titre, Woman Sitting after Killing, nous apprend que cette femme vient de tuer, d’où le sang sur sa main. On aura reconnu l’actrice Delphine Seyrig, interprète de la mythique Jeanne Dielman. Ce plan est le dernier du film éponyme réalisé en 1975, si emblématique de l’œuvre de Chantal Akerman (1950–2015). C’est donc en toute logique que s’ouvre ainsi l’exposition consacrée à la cinéaste belge au Jeu de Paume.

En écho à Jeanne Dielman, de l’autre côté de la salle, une jeune femme fait face à un miroir : elle se regarde et décrit les différentes parties de son corps. Une scène qui témoigne là encore du rapport intime avec lequel Akerman filmait les femmes.

Vue de l’installation In the Mirror (2007) lors de l’exposition « Chantal Akerman. Travelling » au musée Bozar à Bruxelles, 2024
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Vue de l’installation In the Mirror (2007) lors de l’exposition « Chantal Akerman. Travelling » au musée Bozar à Bruxelles, 2024

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Coll. CINEMATEK & Fondation Chantal Akerman • © Julie Pollet / © Adagp, Paris, 2024

Cette installation raconte aussi son processus de création entre cinéma et travail plastique : d’un court-métrage qu’elle considérait raté, L’Enfant aimé ou Je joue à être une femme mariée (1971), elle a extrait cette séquence pour en faire une œuvre à part, beaucoup plus forte.

À la frontière

Celle qui se rêvait d’abord écrivaine avant de débuter au cinéma à la fin des années 1960, entre Bruxelles, New York et Paris, sous l’influence de Jean-Luc Godard mais aussi du vidéaste expérimental Michael Snow, s’est lancée au cours des années 1990 dans une carrière de plasticienne. Alors qu’elle part en Europe de l’Est filmer les pays soviétiques au lendemain de la chute du mur de Berlin, Akerman réalise un documentaire, D’est (1993), mais aussi une première installation vertigineuse. Diffusées sur une vingtaine de moniteurs, ces images des villes, de leurs rues, de leurs habitants, offrent une véritable immersion dans cette Europe de l’Est aujourd’hui disparue.

Chantal Akerman, D’Est
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Chantal Akerman, D’Est, 1993

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Photogramme original du film • Coll. Fondation Chantal Akerman, Bruxelles • © Capricci / © Adagp, Paris, 2024

Marquée par les frontières, symboliques comme réelles, Akerman tournera dix ans plus tard au Mexique le documentaire De l’autre côté (2002), filmant les migrants qui tentent d’entrer aux États-Unis. Parallèlement, elle réalise pour la Documenta de Cassel une œuvre en triptyque, dont la dernière partie, l’émouvante vidéo A Voice in the Desert, est présentée au Jeu de Paume. Sur un écran installé à la frontière des États-Unis et du Mexique, est projetée une séquence du film dans laquelle Chantal Akerman raconte en voix off l’histoire d’une immigrée mexicaine. Une mise en abyme poignante qui se révèle particulièrement déterminante pour l’artiste : « C’est avec cette installation que je me suis prise au jeu de l’art. Pour la première fois, j’ai eu l’idée de l’installation avant le film », révélait-elle alors.

Un dialogue entre les œuvres d’Akerman

Mais la raison de cette exposition tient également dans la volonté de dévoiler les archives de la cinéaste rassemblées par la fondation Chantal Akerman, fondée deux ans après sa mort. « Se posait la question de comment montrer ces archives ? », confie Marta Ponsa, co-commisaire de l’exposition. Un défi relevé, au cœur du parcours, à travers une salle riche en documents, pour certains exposés aux murs, d’autres consultables sous la forme d’épais classeurs ou sur des écrans – du scénario de son premier long-métrage Je, tu, il, elle (1974) aux planches-contacts de News From Home (1977), en passant par les Polaroid réalisés en préparation de son étonnante comédie musicale Golden Eighties (1986).

Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles
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Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, 1975

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Long métrage • 3 h 18min • Coll. Fondation Chantal Akerman, Bruxelles • © Capricci / © Adagp, Paris, 2024

La meilleure manière d’unir les nombreuses facettes d’Akerman se révèle néanmoins dans l’ultime installation du parcours. Une œuvre autoportrait où sont diffusés sur plusieurs écrans des extraits de ses films tandis que la voix de la cinéaste récite son texte Une famille à Bruxelles. On peut alors se plonger dans chacun des films ou, au contraire, embrasser l’ensemble hétéroclite d’un seul regard. Fascinant.

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Chantal Akerman. Travelling

Du 28 septembre 2024 au 19 janvier 2025

jeudepaume.org

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