Patricia Reed, Perfect Present, 2013
Horloge industrielle modifiée • Coll. Patricia Reed • © Patricia Reed / Photo Cassander Eeftinck Schattenkerk / Courtesy Witte de With Center for Contemporary Art
Le saviez-vous ? La Poste française occupe une place déterminante dans notre rapport au temps. En 1839, c’est elle qui saisit le ministère de l’Intérieur pour que les communes harmonisent leurs horloges, jusqu’alors réglées pour chacune d’entre elles sur une heure différente, ce qui perturbait la distribution du courrier.
En 1864, les bureaux de poste se décident à aligner leurs cadrans sur ceux des gares ferroviaires, eux-mêmes réglés sur le méridien de Paris. C’est grâce aux lignes télégraphiques postales que les horloges publiques peuvent être synchronisées… Avant que l’année 1933 soit marquée par l’invention de l’horloge parlante !
Boîtes aux lettres, Paris 18e, années 1940
Tirage argentique • Albin Salaün Documentation française • Coll. musée de La Poste, Paris • © musée de La Poste – La Poste / Albin Salaün, 2025
Au musée de la Poste, « La Fabrique du temps » explore cette relation entre courrier, télécommunications et perception du temps. « C’est une exposition dédiée à la mesure du temps, un thème qui fait directement écho à l’histoire de La Poste, mais aussi aux fondamentaux de l’activité postale, explique la commissaire Céline Neveux : engagement sur le respect des délais d’acheminement et des horaires de livraison, jusqu’au recours aux nouvelles technologies pour sans cesse offrir un service plus rapide et plus efficace. »
Divisé en trois chapitres, le parcours réunit une centaine d’œuvres et d’objets, dont de très nombreuses horloges, montres et almanachs, ainsi qu’une cinquantaine de photographies de bureaux de poste, datant de 1886 à aujourd’hui. L’ensemble serait peut-être un peu austère s’il ne dialoguait avec d’intéressantes œuvres contemporaines, qui enrichissent ces archives de réflexions existentielles – et d’humour grinçant.
Keith Robinson, Maquette originale du timbre-poste des 150 ans des Aventures d’Alice au pays des merveilles, 2015
Aquarelle, gouache et stylo de couleur • Coll. Keith Robinson • © Guernsey Post Ltd
Parmi elles, on s’arrêtera devant l’ahurissante horloge de la plasticienne Patricia Reed, Perfect Present (2013), dont les aiguilles démultipliées donnent le tournis [ill. en Une] – métaphore heureuse d’un monde utopique où l’on est toujours à l’heure, quelle qu’elle soit. De son côté, le lapin d’Alice au pays des merveilles est en retard, lui, cela est certain, comme en témoigne l’amusant timbre conçu par l’illustrateur britannique Keith Robinson en 2015, à l’occasion du 150e anniversaire de l’ouvrage de Lewis Carroll.
Susanna Hertrich, Chrono-Shredder IV, 2015
Acier peint par poudrage, moteur et engrenages, capteur, commande électronique, papier et unité de broyage • Coll. & © Susanna Hertrich
Sans pitié, Susanna Hertrich met en scène le passage déchirant du temps qui ne revient jamais, avec un calendrier éphéméride qui déchire à l’aide d’une déchiqueteuse chaque journée passée (Chrono-Shredder IV, 2015). L’angoisse monte…
Puis redescend, face à la déroutante expérience que propose la montre Black Watch (2010), conçue par Patrick Bernatchez en collaboration avec l’horloger Roman Winiger, et dont l’aiguille mettra mille ans exactement à faire le tour du cadran. Un objet hors norme, qui nous incite à prendre le temps de vivre – car que peut-on faire de mieux, quand un siècle tout entier se résume à un minuscule mouvement sur ce sobre cadran philosophique.
La Fabrique du temps
Du 26 mars 2025 au 3 novembre 2025
Musée de la Poste • 34 Boulevard de Vaugirard • 75015 Paris
www.museedelaposte.fr
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